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Hossegor, coeur d’été

Longtemps à Hossegor, je suis partie de relatif bon matin marcher le long de la côte, au plus près de la ligne blanche et écumeuse où le déferlement des vagues s’épuise. Magnétophone en main, je marchais sans effort, mue à la fois par la beauté des lieux et une réserve d’énergie qui s’écoulait naturellement au fil de la marche/promenade.

Je marchais pour écrire, j’écrivais parce que je marchais. Dans le vent certes et de nombreuses cassettes restent sans avoir été réécoutées et traduite en vraie écriture. Aujourd’hui, la marche n’est plus si aisée mais surtout le moteur énergétique s’épuise. Je m’assois sur le lit, fenêtre ouverte aux bruits comme au vent, ordinateur ouvert sur mes jambes repliées.

J’écris, certes, mais j’écris pour ne pas rien faire. L’écriture n’a ni but, ni projet, elle occupe les lignes pour ne pas laisser l’écran sans traces.

Dépression, vieillissement, épuisement de l’imaginaire, je ne sais. Les trois sans doute se rencontrent comme des complices qui attendaient leur heure.

Premier jour de grand beau pourtant. Le monde extérieur, vagues, cris d’enfants, lumière violente, rien n’a changé de ce que je retrouvais comme un décor fidèle que rien n’a jamais décoloré. La maison, reblanchie est au mieux de ce qu’elle a jamais été. Je n’ai pas violemment vieilli, comme après une maladie grave ou une épreuve insurmontable. Je sens seulement une sorte d’usure, d’indifférence à soi et aux autres, d’indéfinissable lassitude.

La blessure d’avant l’arrivée ici a sa part. La perspective d’une rentrée sans objet aussi. Aucun livre possible, capable de trouver un écho, ne se dessine. Tout est vague et vacant.

Messi ou Messie ?

Non, il ne s’agit pas d’écriture inclusive -ou pas- mais d’un simple commentaire après l’écoute des informations de 13 heures sur FranceInfo. La disproportion m’a choquée entre la place donnée à l’arrivée du footballeur Messi à l’aéroport de Paris et « le Messie » qui a inspiré le père Olivier Maire lorsqu’il a accueilli son futur assassin m tout en le sachant suspect et malade mental. J’en conviens : le jeu de mot est à la fois faible et facile..

Pour le premier, la majeure partie du journal d’informations, pour le second, le bref rappel du crime et ce commentaire lapidaire « il devrait y avoir une messe sur les lieux ».

La sobriété des commentaires de ce drame abject ne manque pas d’interroger. Le propos d’Emmanuel Macron lui-même a été succinct. Nulle annonce d’un hommage national, pas d’avantage d’une minute de silence, bref, « passons à autre chose » était le noyau du propos.

Interrogeant aussi, l’absence de tout détail sur les circonstances du meurtre. En général, en trouvant un corps, on sait au premier coup d’oeil s’il a été tué par arme blanche ou par balles, assommé, roué de coups et, au moindre doute, une autopsie fait la preuve des faits.

Est-ce le contexte religieux qui tient les politiques à distance ? Il en allait de même s’agissant Samuel Paty , une religion était en cause mais elle guidait le meurtrier et non la victime. Identiques par contre, la personnalité des victimes : les deux étaient ce que j’ose appeler des hommes « majuscules », soucieux d’accomplir leur mission et assassinés pour cela.

Pour ma part, je considère que la puissance symbolique et morale des deux crimes est également forte et ceci pour la raison exprimée plus haut : les deux victimes accomplissaient leur mission humaine et rien que cela.

Je plaide, de mon petit strapontin médiatique, pour qu’une cérémonie nationale ait lieu. Que l’inspiration de ce prêtre ait été religieuse est probable et j’imagine que l’on redoute « en haut lieu » qu’un lien puisse être fait entre les assassins des journalistes de Charlie Hebdo, par des religieux fanatiques qui ne concevaient pas que l’on pût caricaturer le Prophète. Il n’est pas certain que ce soit le cas du meurtrier du père Olivier, dont on sait qu’il était mentalement fragile.

La différence, ô combien fondamentale, est que le père Olivier (il l’a démontré par son accueil fraternel) n’avait aucun rejet d’aucune religion qui ne fût pas la sienne. Pas d’avantage la communauté auquel il appartenait. Ce crime ne concerne pas que les Chrétiens, mais l’ensemble des Français sans exception, et c’est à ce titre que doit s’exprimer leur plus haut représentant.

Avons nous perdu tout sens du sacré?

J’ai gâté ce matin presque une demi-journée à la découverte d’un tweet issu d’un « antivax/antipass » , et illustré de l’image d’un manifestant à longs cheveux, portant une lourde croix de bois à la manière dont est figuré Jésus portant sa croix.

La barre horizontale de la croix portait ce message, assez peu charismatique « le vaccin tue votre immunité naturelle ».

Le lien avec l’image de Jésus portant sa croix et ce qu’elle représente pour quelques millions d’humains croyants ou non croyants, était évident, comme le sont la porte du camp d’Auschwitz  et la dérision de son avertissement* et/ou le port d’une étoile jaune, odieusement utilisé pour témoigner de la « dictature sanitaire » où nous serions désormais condamnés. Des centaines de tweets avaient à leur tour condamné cette utilisation indigne de l’Histoire. J’ai pensé immédiatement que cette image soulèverait le même opprobre. 

L’histoire de Jésus n’est pas véritablement un fait historique, bien que nombreux soient les témoignages de son existence et, probablement, de sa mise à mort par crucifixion comme tant de condamnés sous l’empire romain le laissent à croire. Peu à voir en effet sur le plan strictement historique avec les millions de juifs massacrés au temps du nazisme.

Le rapprochement est pourtant évident quand on se situe au niveau de la conscience humaine. L’une et l’autre image font partie de ce que l’on peut appeler « le sacré laïc »* auquel nul ne saurait toucher par respect de tous les autres ; par respect de la souffrance, par respect même de l’espérance que ces images inspirent : espérance que cela ne se reproduise jamais, espérance d’un monde meilleur, sur la terre ou ailleurs, preuve dans tous les cas de notre spiritualité.

L’étoile jaune, comme les chaînes des esclaves, comme l’image d’un homme crucifié sont des références qu’un usage médiocre ne devrait jamais atteindre. Et pourtant cette image d’un homme portant sa croix, cette croix elle-même qui par sa forme est celle de la crucifixion, n’a éveillé pratiquement aucun blâme..

*je souscris à ce « sacré laïc » à l’exemple de Régis Debray et de bien d’autres

** « Arbeit macht frei » : « le travail rend libre »

5 aout

5 aout. J’étais assise au bord de son lit, suivant sa respiration difficile. Et puis, le hoquet final dont je recueille la mousse dans un mouchoir. Papa. il y a 23 ans.

5 aout encore. Une bande de jeunes dans le jardin de L’arrayade, criant, hurlant en plus de la musique au plus fort.

Le monde a changé. Ces maisons d’été, en front de mer, étaient louées par des familles traditionnelles. Ce sont aujourd’hui des bandes de jeunes, ou beaucoup mieux, une colonie de surfeurs. On comprend au passage que les parents aient préféré contribuer pour s’en débarrasser.

L’incapacité à ne rien faire

Les années passant je me vois chaque année confirmée dans une certitude : la race humaine comporte deux espèces : les incapables de ne rien faire, et les réticents à faire. Pour les seconds, j’ai modéré mon vocabulaire : certes ils ne sont pas vraiment incapables de faire (ils peuvent au contraire être talentueux, mais il n’aiment rien tant que de ne pas faire.

Les deux espèces peuvent être également exaspérantes quand elles vont au fond de leur nature. L’incapable de ne pas faire est considéré comme ayant la bougeotte, le tracassin et autres vocables plus ou moins régionaux. Bien sûr, on qualifie les réticents à faire de paresseux ou de flemmards, mais globalement une aménité plus grande les accompagne. Certes, ils sont rêveurs, posés, tranquilles et ceci peut être porté à leur actif. Dans des situations où l’action semble urgente et nécessaire, l’exaspération peut cependant monter et confiner à la crise. Les vacances ou leur préparation en est souvent l’occasion.

Il y a dans ces deux grandes espèces, des sous espèces. Les incapables de ne rien faire peuvent être à leur meilleur dans l’action concrète, ou au contraire dans la réflexion active qui mène à l’écriture ou à d’autres formes d’exercices intellectuels.

Mon père et ma mère représentaient ces sous espèces mais de manière hybride. Ami régulier de l’écriture, mon père savait pouvait s’adonner au delà de ses forces au travaux du jardin. Ma mère qui a condamné ses deux filles dès l’arrivée dans la maison des vacances à la peinture de volets, de tables et de mobilier de jardin, ne passait pas un jour sans gratter quelques lettres ou des feuilles d’agenda. Le repos bête et vulgaire lui était étranger.

J’ai hérité des deux tendances de manière cumulative et j’exaspère ma meilleure moitié qui aspire à la lecture, au repos, à l’écoute de la musique, dédaignant volontiers tout travail de bricolage dont on sait pourtant qu’il vaut beaucoup d’admiration de la part de leurs conjointes.

Bref, rien n’est simple. Les Boomeuses, ont eu l’opportunité -car c’est une chance- de cumuler en grand nombre exercice d’un métier et travail de la maison. On se souvient de la double, voir triple journée qui leur permit l’accès à l’indépendance financier et aussi du titre d’un livre qui a marqué « les héroïnes sont fatiguées ».

Qu’en est-il aujourd’hui ? Je suis mal placée pour en parler n’étant pas dans la proximité de jeunes familles. Les femmes sont-elles plus souvent des abeilles ouvrières que les garçons des frelons agités ? Je n’en sais rien. Je connais quelques exemplaires des deux espèces et de leurs deux variétés… et je ne tire d’autres conclusions de mes travaux zoologie-éthologiques que de m’apercevoir que la période des vacances exacerbe curieusement la franche opposition des cigales et des fourmis, mâles ou femelles..

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