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Tourmente sur twitter

Un « tire bouchon » du journal Sud Ouest titré « Delaunay dans la tourmente » est consacré au déchainement qui a suivi un de mes tweets. Ce tweet qui venait après la publication du livre de Camille Kouchner* sur l’inceste subi par son frère dans l’enfance a bien déclenché de multiples critiques et insultes. Mais ayant l’habitude de préciser et de soutenir mes opinions, j’ai expliqué la nature de mon tweet en posant plusieurs questions

– l’inceste qui est dénoncé (à raison) n’aurait-il pas dû faire l’objet d’une plainte dans la période de trente années où cela était possible ?

– si le livre ne citait pas nommément une famille dont de nombreux membres ont une grande notorieté, aurait-il eu le même écho ou – plus grave encore- aurait-il même été publié ? Aurait-il aussi soulevé un appétit aussi grand ?

– la jeune victime d’alors (aujourd’hui adulte) se sent elle «libérée », «apaisée » depuis la mise en lumiere des faits ? Voir toute sa famille au pilori, qu’on l’aime ou qu’on en déteste certains membres, constitue difficilement un sujet d’apaisement.

– enfin, l’on m’a accusée de « défendre ma caste », de participer de l’ « entre soi d’une bourgeoisie dépravée ». Cela m’a gravement blessée, pour moi même et mes parents, si éloignés que possible de ce milieu. Je ne connais personnellement aucun des membres de la famille qui est dénoncée, ni ne veux connaître leurs drames.

J’ai tiré plusieurs leçons de ce tollé : la première, il est toujours risqué de ne pas hurler avec les loups surtout sur Twitter. La deuxième leçon est seulement la confirmation du fait que je préfère de beaucoup le tribunal de la justice au tribunal populaire qui enfle et prend feu bien souvent jusqu’à tuer ceux qu’il vise.

* »la granda familia » éditions Gallimard

« Notre destin est d’abord en Europe »

Décisives, incontestables, ce sont les paroles les plus importantes des voeux du Président de la République. Mais que faisons-nous pour les concrétiser et les rendre évidentes, familières et désirables ?

La génération d’après-guerre l’avait perçu comme une évidence : allions-nous tous les 20 ans nous battre et nous détruire ? Le beau projet de l’Europe s’est imposé, pas à tous, mais à ceux qui avaient la vision du lendemain. Le temps n’est plus à ce type de bataille, mais la vision est toujours nécessaire : les dangers ne sont pas moins grands qu’hier. Ils sont plus insidieux, géographiquement plus éloignés, mais pas moins conquérants, ni moins destructeurs.

Le départ de l’Union européenne du Royaume-Uni, la volonté des Etats- Unis de n’être plus le gendarme du monde mais de se concentrer sur l’ « America first » peuvent curieusement être un atout. La guerre qui nous liait à eux est loin aujourd’hui. L’enjeu, pour nous aussi, est sur le continent.

Le premier et sans doute le plus bel outil est linguistique. Que faisons-nous pour que de plus en plus d’enfants et de jeunes parlent les « langues voisines » comme les nommait le linguiste Claude Hagège. Erasmus y a beaucoup contribué mais trop souvent au profit de l’anglais. Il faut aujourd’hui introduire plus tôt dans la scolarité l’apprentissage d’une des langues européennes majeures et le poursuivre à l’université et dans l’emploi. Tous les pays reconnaissent qu’Erasmus a été le succès majeur de l’Europe, facilitant l’accès à l’emploi y compris à l’étranger, facilitant des carrières internationales … En outre, il est à l’origine d’un million de bébés européens qui le resteront toute leur vie.

J’attendais à la suite de la phrase d’Emmanuel Macron, l’annonce d’une initiative ou d’une innovation. Il n’en a rien été. Et pourtant, le terrain est favorable : les chefs d’Etat des deux pays les plus puissants et les plus peuplés sont d’authentiques européens. Laisserons-nous partir dans quelques mois la chancelière Angela Merkel sans marquer ensemble son engagement européen d’une initiative puissante aussi forte que, très récemment, le plan de relance européen et les emprunts européens ?

L’environnement est une autre opportunité forte : on ne le voit jamais sous ce jour. La bataille qu’il suppose est obligatoirement européenne, sinon mondiale, mais commençons par le possible. Comme le nuage de Tchernobyl, le réchauffement climatique ne connait pas les frontières. Là peuvent naître des initiatives qui seront partagées et applaudies par tous les pays. Le mot « Europe » n’a jamais été prononcé; au cours ni après la convention citoyenne pour le climat. L’engagement des jeunes dans ce domaine est un facteur incroyablement positif et nous avons un magnifique enjeu de joindre les deux enjeux : se battre pour l’écologie mais pas à l’échelle de son jardin. Je voudrais par exemple que les jeunes Bordelais germanophones ou désireux de le devenir aillent étudier à Munich les innovations qui y sont faites et les mesures qui y sont prises. Bordeaux et Munich sont villes jumelées et, même si je peux le regretter, les progrès environnementaux risquent de mobiliser davantage cette génération que la lecture de Goethe.

Bref, chacun de nous doit explorer le possible à dimension européenne. Des transports à l’énergie, de la culture à.. l’agriculture: notre destin, en effet est d’abord européen.

Fin d’année

Combien d’années nouvelles ai-je déjà salué, mon stylo dans la main, souhaitant que l’écriture, une année encore, ne me quitte pas tout à fait ?

Mais cette année (nous sommes encore en 2020), c’est bien sa fin que nous sommes nombreux à saluer. Pandémie, morts en série, crises diverses, l’année 20/20 n’a pas répondu aux pouvoirs particuliers qu’on voulait bien lui attribuer. Mon souhait demeurera le même et j’espère lui préparer le terrain en retrouvant mon blog, jamais totalement abandonné mais si souvent, si longtemps délaissé.

Les blogs ont presque tous disparus. Il ont pourtant mille avantages, dont celui de ne pas dépendre des Gafa(s). Ce sont aujourd’hui des chemins de traverse, où tels le petit poucet, les plus résistants sèment des cailloux blancs. Pour quoi, pour qui, pour le plaisir de marcher encore et d’en prendre conscience.

Temps gris, humide et froid, rien ne dispose à d’autres marches. Bordeaux, au delà des fenêtres, garde le silence du confinement. Mon chien me rejoint sur le lit sans que je sache jamais de quoi il est conscient. Il est là, important, conciliant, silencieux lui aussi, sans inquiétude, ni certitude, il respire, il attend, il entend, le temps qui passe.

C’est sur un autre chien que je voudrais écrire : un chien abandonné deux fois : la première par la mort de celle que je ne sais pas nommer : propriétaire, maîtresse, rien n’est probablement juste. La seconde est la narratrice, qui l’a elle aussi abandonnée, mais parce qu’au contraire elle avait sa vie à faire. L’histoire est si triste, si culpabilisante, que je répugne chaque fois à la poursuivre.

Ce « post », je dis plus volontiers le « billet » est le 3825ème ; pourtant il est comme un brouillon, sans objet véritable sinon celui d’exister et de donner signe. Puisse-t-il être le premier d’un chapitre nouveau.

Emmanuelle

C’est à l’issue d’une maladie d’évolution très rapide et incontrôlable qu’est survenue le14 décembre, la mort d’Emmanuelle Ajon. Elle a été suivie, traitée et accompagnée dans le service d’oncologie de l’hôpital Saint André. Que l’ensemble de ce service qui fut le mien soit remercié pour sa grande compétence et son attention de tous les instants.

Je connais Emmanuelle depuis 2001 et nous avons cheminé ensemble dans une amitié et une concorde que chaque action consolidait. Elle a su répondre à des enjeux très difficiles dans ses derniers mandats et elle s’y est dévouée avec une humanité qui lui a valu l’admiration des instances décisionnaires nationales et territoriales, comme de tous ceux qu’elle a aidés et soutenus.

Le résultat de la dernière élection municipale a été pour elle une grande joie et l’occasion d’un épanouissement qui est allé de pair avec un tournant très heureux de sa vie personnelle. Emmanuelle rayonnait à l’idée de voir bientôt se concrétiser des projets que nous avions soutenus au conseil municipal et au conseil métropolitain.

La foudre s’est abattue sur elle, et tout autant sur sa famille, ses amis, ses coéquipiers et nous en restons tous sidérés.

Mon affection va à ses parents, son époux et ses enfants. Ma pensée aussi à tous ceux qui croient en la politique et l’action sociale : qu’elle leur soit un modèle.

Je ne mets ici que mon communiqué de presse officiel, volontairement très bref. Mais pour que ces hommages ne soient pas qu’un feu de paille, je reparlerai d’Emmanuelle autour d’images de nos belles aventures)

« Responsables, forcément responsables »

Lors du procès Villemin*, Marguerite Duras avait utilisé une formule qui a fait date « coupables, forcément coupables ». C’est aujourd’hui à chacun de nous –et non au seul Gouvernement- d’être responsable qu’il s’agit. Sachons même dire qu’il faut aujourd’hui avoir le service de l’Etat chevillé au corps pour gérer la crise du covid et décider au fil des jours des mesures à prendre.  

Pour autant, je regrette la suppression d’un bilan régulier et précis. Qu’il ne soit plus télévisé peut-être, au moins doit-il être écrit et ses données principales présentées sous forme de tableaux que l’on puisse comparer de semaine en semaine. La belle institution qu’est « Santé publique France » est là pour cela. Hélàs, consigne lui a sans doute été donnée de présenter les courbes et chiffres de manière si dense et obscure pour le plus grand nombre que nous ne pouvons faire aucune comparaison comme c’était le cas lors de la première vague. Une déclinaison territoriale doit également être ouverte à la connaissance  des habitants des grandes régions.

Cette information est indispensable à la compréhension des mesures prises dont on sait qu’elles sont assurées de ne pas contenter tout le monde, voire de ne contenter personne.

Les Français seraient-ils devenus plus ardents à la critique qu’à l’adaptation au réel ?  C’est au contraire cette adaptation qui est indispensable aujourd’hui. Les restaurants voient baisser leur clientèle, que n’essayent-ils pas de compenser cette baisse par la mise à disposition de plats préparés à prix raisonnables. Nous serions nombreux à vouloir en profiter, ne serait-ce que pour les soutenir. Quant aux clients des bars et des brasseries, ne pourraient-ils avancer leurs horaires du soir sans trop rechigner ? 

La France ne se relèverait pas d’un confinement général tant soit peu durable et cet enjeu économique est tout aussi moniteur de désastre social et humain que l’épidémie elle-même. C’est la pauvreté qui deviendrait alors épidémique. La formule détestable qui prétend que les jeunes sont sacrifiés par les mesures qui les touchent (limitation des rassemblements festifs, horaires des bars…)  pour protéger les vieux est une contre-vérité, assez poisseuse. Non seulement, parce que les âgés sont moniteurs de consommation, mais parce qu’un pays touché par une forte létalité perdrait toute confiance en lui-même, et perdrait la confiance de ses voisins. 

La solution est d’abord en nous. Je sais, ça fait « préchi-précha » de formuler ainsi cette évidence : nous sommes tous responsables, et de contenir l’épidémie, et de maintenir l’activité. Nos déplacements, nos réunions, doivent être mesurés à leur degré de risque et aux possibilités de se protéger de ces risques.

Ce n’est pas très « fun », j’en conviens.  J’en reviens à la formule de Marguerite Duras  : « Coupables, forcément coupables ». Cette formule a marqué les esprits et elle retrouve toute son actualité. Nous sommes tous responsables de ne pas être demain forcément coupables.

*1993

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel