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Vieillir n’est pas une maladie

Vieillir, est-ce une maladie ? Voilà la question qui m’est posée dans la perspective du festival de la longévité de Marseille. Parlons-en d’abord sérieusement, comme le bon docteur que je suis.

Par définition, ça ne l’est pas. Vieillir, c’est entrer dans un processus de sénescence, processus hélàs physiologique, normal, débutant dès l’enfance, et donc à l’inverse du « pathologique » qui définit l’état de maladie. Mais reconnaissons, dans le même esprit médical, que vieillir s’accompagne plus qu’on ne le voudrait de « maux » et de maladies, ce qui amène à poser la question.

Une maladie, c’est un trouble bien défini par un certain nombre de signes. Il porte souvent un nom, quelquefois celui de l’auteur qui l’a décrit (maladie de Basedow), ou celui de l’organe qui est le principal responsable : maladie du foie, de la thyroïde… Les maladies peuvent etre aigues ou chroniques, lentes ou fulgurantes, ce qui détermine souvent leur pronostic. A ces maladies, correspond en règle un traitement. Pour ce dernier point on accepterait volontiers que le vieillissement soit une maladie, à condition que ce traitement soit radical.

Si l’on devait se rapprocher de références médicales, vieillir pourrait être un « syndrome », c’est à dire un ensemble de signes, qui, réunis en plus ou moins grand nombre, définissent un « état ». Cela colle pour la vieillesse qui réunit de manière plus ou moins marquée, sensation de fatigue ou de faiblesse, douleurs, mauvais équilibre, marche lente …

Le médecin donc refuse le terme de maladie. Sauf que…. La vieillesse augmentant le risque d’une maladie spécifique, la maladie d’Alzheimer (et états apparentés), laquelle porte bien logiquement le terme de maladie puisqu’elle a un auteur, un organe cible (le cerveau), un ensemble de signes bien connus, des lésions spécifiques et une évolution gravative puisqu’elle ne connaît pas de traitement. 

Sauf que… La maladie d’Alzheimer n’est-elle pas que l’expression d’une sénescence du cerveau, survenant plus ou moins tardivement et, en quelque sorte, non strictement pathologique. On revient au point de départ… Le débat n’est pas négligeable : si Alzheimer est une maladie, cela signifie qu’elle n’est pas inéluctable et ne surviendrait pas chez tout le monde même si l’espérance de vie était prolongée de manière importante. Cela suppose qu’elle réponde à un processus spécifique (ce que laissent penser le caractère spécifique des lésions cérabrales) et permettrait d’envisager la découverte d’un traitement qui au passage serait remboursé.

Si Alzheimer n’est pas une maladie, eh bien asseyons nous sur le bord de la route : même les plus résistants finiront par en pâtir ; tout au plus, essayons de la retarder comme on retarde l’atrophie des muscles en faisant de l’éxercice.

La médecine, pour l’instant ne répondra pas davantage. Qu’en est-il donc du simple bon sens et du vécu des « vieux » ? Eh bien, quant à moi, je ne me sens pas, je ne me vis pas comme malade. Même si j’ai bobo ici ou là, je refuse de faire partie des « tamalous » qui ne parlent que de cela. Et je m’encourage en pensant que les troubles qui sont à l’origine de ces douleurs ou de ces incapacités, sont pour leur grande majorité réparables ou substituables : j’y vois mal, je me fais opérer de la cataracte. J’entends mal, je m’équipe d’une aide auditive etc… Donc, je ne suis pas vraiment malade.

C’est moins facile, quand avec l’âge, on écope d’une maladie chronique, appelée pudiquement ainsi parce qu’on sait qu’on n’en vient pas vraiment à bout et qu’elle embêtera son porteur pendant un paquet d’années. L’arthritique ou le diabétique ont bien une maladie, facilitée par la vieillesse, et quand elle prend trop de place, se débrouille plus ou moins à ce qu’on la confonde avec la vieillesse.

Le langage joue des tours. Pour que cette maladie chronique ne finisse pas par occuper toute ma vieillesse, eh bien je n’ai qu’à « ne pas en faire une maladie ! », c’est à dire la traiter avec un maximum de mépris ou du moins de distance… J’ai écouté récemment « il est tombé vieux d’un coup », comme on dit « tomber malade » mais aussi « tomber enceinte » ou « tomber amoureux ». Au propre comme au figuré, je ne peux que recommander de ne pas « tomber »…

Mais on n’en a pas fini avec la maladie. L’âgisme compassionnel qui est un des pires car il fait semblant d’être prévenant ou attentionné se base sur l’idée que le vieux ou la vieille est forcément malade et qu’il faut l’empêcher de sortir le soir, lui conseiller de marcher lentement ou de ne pas se fatiguer, d’éviter les mets copieux ou les alcools, bref dans tous les domaines de se mettre plus ou moins au régime.

Bref, vieux ou vieille ou tout simplement âgée, refusons que vieillir soit une maladie et ne prêtons pas la main à cette idée. A quelqu’un qui vous dit d’un ton mielleux que vous n’avez pas bonne mine, que vous devez vous économiser, qu’à votre âge… Regardez le posément, attentivement, de manière un peu appuyée et dites lui seulement « Est ce que tu as eu un scanner depuis longtemps ?… « 

Vous le verrez dans l’instant, prendre un coup de vieux. L’âgisme compassionnel mérite quelque sanction…

Salut à vous, Philippe

Philippe Madrelle a touché mon cœur dès ses premières paroles. Je le rencontrais pour la première fois en tête à tête et il m’a cité les mots de mon père quand lui-même l’avait accueilli à la Préfecture en juin 68 comme tout jeune député : « Monsieur Madrelle, J’avais beaucoup d’amitié pour René Cassagne, je la reporterai sur vous ».

Le souvenir était si juste, les paroles si sobres et dites avec une évidente sincérité qu’ils ont scellé quelque chose dont nous n’avons plus jamais parlé. Son lien avec mon père était celui des « partis de rien » et le grand fauve qu’était Philippe était aussi un grand sensible qui jugeait très vite de la pâte dont les hommes sont faits. Cette pâte leur était commune.

Ce premier tête-à-tête entre lui et moi avait pour but de m’engager dans un combat électoral contre une députée dans un canton ingagnable. Une phrase de quelques mots en décida. Contrairement à beaucoup de jeunes et moins jeunes pousses socialistes, je n’ai pas fait mes classes politiques auprès de lui mais il m’a cependant appris « l’exigence de gagner ». Toutes mes campagnes ayant été difficiles ce n’était pas un faible secours. Je ne raconterai qu’un autre souvenir. Dans une autre bataille sur le même terrain où la réhabilitation de la salle des fêtes du Grand Parc était un enjeu majeur, nous avons convenu ensemble de proposer au Maire de Bordeaux que le Département acquière cette salle emblématique pour en faire le bateau amiral de l’action culturelle de la Gironde. Il était très réjoui à cette idée et me demanda de l’attendre quelques instants dans son bureau. Quand il revint la lettre officielle proposant l’acquisition était entre mes mains…

Avouons que lui comme moi savions qu’Alain Juppé n’accepterait la vente à aucune condition, ce qui fut le cas. Mais la démarche fit bon office et eût le résultat attendu …

Philippe porta mon admiration à son comble en face de la maladie. Il avait un cancer dont il savait tout, dont il supportait avec un infini courage les épreuves, celles de la maladie elle-même et celles des traitements pour le réduire. Devant un millier de personnes réunies pour célébrer ses cinquante ans de vie politique, il fit un discours où il ne fut question que de politique mais où tout le monde, dont lui, connaissait le vrai sens : celui du capitaine qui sait qu’il va quitter le bateau et ne veut pas le faire sans délivrer un viatique de courage à l’équipage.

L’émotion qui nous étreignait tous fut portée à son comble lors de la cérémonie funèbre de Michel Sainte-Marie, mort de la même maladie et avec le même courage. Philippe prononça son éloge, évoqua les moments forts qu’ils avaient partagés pendant leur longue trajectoire commune. Nous avions tous le cœur serré en pensant que les mêmes orateurs, sauf lui, évoqueraient dans quelques mois sa propre carrière et que lui-même y pensait.

Ce moment est venu. Philippe fut incroyablement résistant au mal et s’il ne l’a pas vaincu, il n’a à aucun moment quitté la bataille. C’est aussi cela que nous garderons de lui.

(le 29 aout 2019)

Se loger moins cher


C’est possible, et pourtant à Bordeaux rien n’est fait. Les difficultés et le coût du logement sont sans doute le problème numéro 1 de notre ville. On peut se réjouir de son attractivité mais à condition de tout mettre en œuvre pour qu’elle reste financièrement accessible aux Bordelais qui y travaillent.  Il y a en effet des solutions mais malgré nos demandes et nos propositions, rien ne bouge.

L’encadrement des loyersest à la fois la mesure la plus simple (toute ville peut le demander) et celle dont l’effet est le plus rapide. Les prix toujours croissants (+4% par an) pourraient  être limités par cette mesure que beaucoup de grandes villes ont appliqué. En Allemagne, ce sont 313 communes qui y ont recours. Dans les zones tendues, lors du 1erbail et à chaque nouvelle location ou renouvellement de bail, la marge d’augmentation des prix est limitée de manière à contenir les hausses déraisonnables. Bordeaux refuse même d’en faire l’expérimentation.

Aujourd’hui le prix de location au mètre carré dans notre ville varie de 11 à 18 euros par mois selon le quartier, l’état du logement et aussi le fait qu’il s’agisse d’un appartement ou d’une maison. Pour la taille de référence d’un appartement (60m2) cela correspond à un loyer moyen de 900 euros ce qui n’est pas accessible à la majorité des jeunes ménages. Les très petits appartements (T1) sont proportionnellement encore plus chers et excluent un grand nombre d’étudiants ; les plus grands appartements sont au-delà du budget des familles.

La faute originelle de notre ville est bien sûr dans son très faible nombre de logements à prix conventionnés (dit « logements sociaux ») au regard du fait qu’ils correspondent à la situation financière de 80% des Bordelais. Entre 2000 et 2018, le taux de logement social a progressé de 2 points, restant très au-dessous du taux exigible de 25% alors que dans le même temps, Paris, ville où l’urbanisme est le plus contraint, a progressé de 5 points et compte atteindre 30% en 2030 ; preuve qu’une volonté politique forte peut obtenir des résultats concrets permettant aux classes moyennes de continuer à vivre dans la ville au lieu de devoir s’en éloigner générant temps perdu et pollution.

Acheter est plus difficile encore, y compris dans le logement neuf.  Bordeaux a donné la préférence aux promoteurs immobiliers avec pour résultat des nouveaux quartiers dont l’urbanisme est médiocre mais où les prix atteignent plusieurs milliers d’euros par mètre carré. Quant aux prix de l’ancien, ils ont augmenté de 300% en 20 années faisant de Bordeaux la ville la plus chère après Paris. Il est grand temps de changer de conception et de ne plus repousser les Bordelais toujours loin en périphérie de leur ville.


C’est possible, et pourtant à Bordeaux rien n’est fait. Les difficultés et le coût du logement sont sans doute le problème numéro 1 de notre ville. On peut se réjouir de son attractivité mais à condition de tout mettre en œuvre pour qu’elle reste financièrement accessible aux Bordelais qui y travaillent.  Il y a en effet des solutions mais malgré nos demandes et nos propositions, rien ne bouge.

L’encadrement des loyersest à la fois la mesure la plus simple (toute ville peut le demander) et celle dont l’effet est le plus rapide. Les prix toujours croissants (+4% par an) pourraient  être limités par cette mesure que beaucoup de grandes villes ont appliqué. En Allemagne, ce sont 313 communes qui y ont recours. Dans les zones tendues, lors du 1erbail et à chaque nouvelle location ou renouvellement de bail, la marge d’augmentation des prix est limitée de manière à contenir les hausses déraisonnables. Bordeaux refuse même d’en faire l’expérimentation.

Aujourd’hui le prix de location au mètre carré dans notre ville varie de 11 à 18 euros par mois selon le quartier, l’état du logement et aussi le fait qu’il s’agisse d’un appartement ou d’une maison. Pour la taille de référence d’un appartement (60m2) cela correspond à un loyer moyen de 900 euros ce qui n’est pas accessible à la majorité des jeunes ménages. Les très petits appartements (T1) sont proportionnellement encore plus chers et excluent un grand nombre d’étudiants ; les plus grands appartements sont au-delà du budget des familles.

La faute originelle de notre ville est bien sûr dans son très faible nombre de logements à prix conventionnés (dit « logements sociaux ») au regard du fait qu’ils correspondent à la situation financière de 80% des Bordelais. Entre 2000 et 2018, le taux de logement social a progressé de 2 points, restant très au-dessous du taux exigible de 25% alors que dans le même temps, Paris, ville où l’urbanisme est le plus contraint, a progressé de 5 points et compte atteindre 30% en 2030 ; preuve qu’une volonté politique forte peut obtenir des résultats concrets permettant aux classes moyennes de continuer à vivre dans la ville au lieu de devoir s’en éloigner générant temps perdu et pollution.

Acheter est plus difficile encore, y compris dans le logement neuf.  Bordeaux a donné la préférence aux promoteurs immobiliers avec pour résultat des nouveaux quartiers dont l’urbanisme est médiocre mais où les prix atteignent plusieurs milliers d’euros par mètre carré. Quant aux prix de l’ancien, ils ont augmenté de 300% en 20 années faisant de Bordeaux la ville la plus chère après Paris. Il est grand temps de changer de conception et de ne plus repousser les Bordelais toujours loin en périphérie de leur ville.

Le péril gris

Le « péril gris » qui fait aujourd’hui la couverture du magazine « L’Express » est 2 fois discutable et 2 fois raciste, envers la chance que constitue la longévité et avec son relent de « péril jaune.

D’autant plus discutable que cette couverture de L’Express ne correspond que partiellement au contenu du dossier. Preuve une fois de plus qu’il est plus facile -et surtout plus rentable en termes de vente- de faire peur que de faire envie. Pourquoi vouloir transformer le plus beau cadeau qui jamais fait à ‘humanité, la longévité, en un péril ou en un risque. Alors qu’il est possible, du fait du meilleur état des âgés, d’en faire une révolution sociale incroyablement positive.

D’ores et déjà, les âgés, retraités ou pas, sont la colonne vertébrale de notre cohésion sociale. Au sein des familles, des associations, des municipalités et même dans les entreprises où les Américains ont compris que leur expérience et leur fiabilité était un atout … d’innovation.

Le poison de ce titre racoleur est de le voir s’insinuer dans l’esprit des plus jeunes et de remettre sur le devant de la scène « la guerre des générations ». Plus encore de faire que le grand âge soit vécu comme un poids insurmontable avec comme conséquence des campagnes pour l’arrêt de tout traitement après 85 ans et/ou pour l’euthanasie des malades d’Alzheimer. Je parle trop crûment ? Non, tout au contraire : c’est d’ores et déjà le cas en Belgique où la loi permet l’euthanasie avec comme conséquence que ce sont ces malades très âgés qui en sont les « bénéficiaires ».

Est-ce le monde que nous voulons ? Ou le contraire : valoriser le rôle et la place des âgés dans la société pour qu’elle devienne plus participative, plus sobre et plus solidaire .

Overlord

Le passé, et en l’occurrence l’histoire contemporaine, peut-il nous éclairer sur les non-sens de l’actualité ? On le voudrait et peut-être aurions-nous alors une chance de voir la menace du brexit et la construction d’un mur à la frontière des Etats-Unis se dissoudre dans la poussière épaisse des erreurs évitées.

Ces 5 et 6 juin 2019, nous célébrons les 75 ans d’un des événements les plus décisifs et les plus spectaculaires du XXème siècle : le débarquement allié sur les côtes normandes. Trente sept mille morts, 5000 disparus parmi les débarqués et les parachutés. Des jeunes gens de 20 ans auxquels ont été volés 60 ans de vie si l’on se fie à l’espérance de vie moyenne qui eût été la leur. Mais aussi, le glas de l’atrocité du régime nazi.

Américains, Australiens, Canadiens, Anglais, ils représentaient le monde libre. « Jamais l’Amérique n’est aussi grande que quand elle défend la liberté des autres », a dit fort opportunément Emmanuel Macron dans un très beau discours où chaque mot avait deux sens (passé et présent). Jamais, non plus, l’Angleterre n’a été aussi proche du continent mais aussi si dangereuse à relier à lui. Et pourtant, ils l’ont fait.

Cela s’appelait « le monde libre ». Peut-on imaginer plus beau qualificatif ? L’ ‘America first » de Donald Trump enverrait-elle aujourd’hui ses Boys se battre pour la liberté de l’Europe ? Elle veut au contraire l’affaiblir alors que le danger d’hégémonie se situe beaucoup plus loin. Le Royaume Uni oubliera t’il qu’il fut le refuge et la tête de pont des Européens qui voulaient rester libres ?

Les batailles d’aujourd’hui sont, pour l’instant, économiques et financières. Elles n’en sont pas moins décisives. Dans un monde interpellé par les dangers climatiques, est-ce de ses voisins qu’il faut s’éloigner ? Est-ce à l’intérieur même de ses limites territoriales (comme c’est à craindre en Irlande) qu’il faut rétablir des frontières et raviver les haines passées ? Est-ce que ce sont les Mexicains que l’Amérique a à craindre ou le continent asiatique ? Les réponses ne sont que trop évidentes.

Trois quarts de siècle sont passés et pourtant il s’agit bien d’histoire contemporaine dont la mémoire est vive, ceux qui l’ont vécu souvent encore présents. « Overlord », l’opération suzeraine, au dessus de toutes les autres, puisse-t-elle nous aider à mettra nos priorités en bon ordre.



Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel