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Caryl Chessman

Il y a 40 ans, Robert Badinter obtenait l’abolition de la peine de mort en France. En Il y a 60 ans, aux Etats Unis, Caryl Chessman, était exécuté.

Je m’en souviens avec précision. Dans mon lycée, j’avais soulevé les élèves de ma classe, peut-être un peu au delà, en faveur de Caryl Chessman qui se battait pour que sa peine ne soit pas exécutée. L’affaire, qui se discutait essentiellement dans les couloirs et les escaliers du lycée, parvint aux oreilles de la proviseure, honorable personne qui me paraissait très âgée et très revèche…

Convocation dans son bureau, semonce, menace de renvoi… Je pense d’ailleurs qui si mon père n’avais pas été préfet, le renvoi eût-il été rapidement exécutoire. Coup de téléphone sans doute de la directrice ou de la proviseure à ma famille pour l’informer de l’activisme politique de son rejeton. La réponse fût sans doute de l’ordre de « elle a raison » ou « c’est une juste cause ». Je suis en tout cas restée dans la place qui était le lycée Camille Jullian, qui poursuit aujourd’hui encore sous ce nom sa mission éducatrice.

L’attitude des autorités enseignantes serait-elle la même aujourd’hui si l’abolition n’avait pas eu lieu ? Le sujet préoccupe-t-il toujours les lycéen ?…  De tout cela, je ne sais rien…

Caryl Chessman fut exécuté, par chaise électrique, après plusieurs années de combat. La certitude de sa culpabilité n’est toujours pas établie. Et écrire son nom, m’émeut toujours. C’est aujourd’hui, l’abolition universelle de la peine de mort qu’il faut soutenir. De nombreux pays ont aboli, en particulier en Europe. Mais, en plus du Texas, une série de dictatures continuent de pratiquer ce « meurtre d’Etat ».

Fierté enfantine

Les médias s’émeuvent avec raison du malaise et de la honte d’un enfant dont la mère ne payait pas la cantine et qui en fut extrait et ramené à son domicile. Rien que de l’écrire j’en suis aussi émue.

Émue aussi de voir rappelé à mon souvenir, un sentiment semblable de ma mère enfant, dont je ne l’ai entendu parler qu’une seule fois.

Ma mère était pupille de la nation**. Son père avait été tué pendant la guerre de 14, alors qu’il était à la tête d’un régiment d’Annamites qui lui avait été confié parce qu’ayant fait en Annam 4 ans de service militaire, il parlait leur langue.

Elle avait 7 ans et connu assez peu son père pour les raisons précédemment évoquées. A ce titre de « pupille de la Nation », sa mère recevait des paquets de vêtements d’enfant déjà portés. Ma mère en conçut un sentiment de honte, d’être ainsi classée parmi les pauvres, ce qu’elle était. Je ne le sais pas assurément, mais je crois qu’elle n’a jamais voulu porter ces vêtements et sa maman, habile brodeuse et couturière s’arrangea en tout cas pour qu’ils paraissent des vêtements faits pour elle à la maison, comme c’était le cas pour tous les autres enfants.

Je suis sûre en tout cas que ce sentiment douloureux a beaucoup joué dans sa volonté de « s’en sortir ». Première à l’école, puis première à l’école normale d’instituteurs qui était la seule issue des bons élèves sans moyens financiers, elle y parvint tout au long de son chemin.

Je souhaite à cet enfant d’avoir au même point ce qu’on l’on appelle maintenant la « résilience ». Je préfère pourtant et de beaucoup, la simple expression de force de caractère.

·  Hugo : « la détresse est nourrice de fierté »

**à cause de ce souvenir, j’ai réagi négativement à la proposition du Président de la République de faire « pupilles de la nation » les enfants de victimes du terrorisme. c’est une aide significative mais ceci peut être le cas sans cette connotation qui marqua si fort ma maman. A l’époque que j’ai évoquée, tous les enfants des veuves de guerre devenaient « pupilles de la nation ».

C’est le troisième le meilleur..

32 ème anniversaire de mariage aujourd’hui. Klaus le mentionne dans la voiture au retour du marché plus ou moins hebdomadaire que nous faisons au super marché Leclerc. C’est dire le romantisme du moment…

Je n’y avais pas pensé, ni plus ni moins que lors de tous les anniversaires précédents. Je ne raconte guère, sinon pas du tout, le fil de mon privé, simple, banal et sans intérêt véritable. Je fais exception cependant car ce mariage eût son petit événement.

C’est Jacques Chaban Delmas qui officialisa le mariage, dans la grand salle de la mairie de Bordeaux consacrée à cet usage . Selon la coutume, il se lance dans un petit discours, ici principalement consacré à son amitié pour mes parents mais, se remémorant la nationalité allemande de Klaus, ne manquant pas d’ajouter un bref couplet sur l’amitié franco-allemande et le jumelage de la ville avec Münich.

Il peinait à ajouter une touche personnelle à propos des deux tourtereaux… l’inspiration lui vient tout à coup et il conclut son propos d’un émouvant : « Michèle et Klaus, je vous le dis : le meilleur mariage, c’est le troisième… »

Légère surprise dans l’auditoire, sourire général mais très retenu. Chaban parlait avec son coeur et sa troisième épouse*, présente, en a certainement été touchée…

A nous, il reste peu de temps pour vérifier son propos.

* Micheline Chaban-Delmas

Départ (1972)

Un départ, sans doute le plus marquant du cours de ma vie. J’avais 25 ans, ce qui n’est pas tout à fait jeune, mais qui allait devenir tout à fait nouveau. Une autre vie.

Mon père, préfet de région, avait atteint l’âge limite d’éxercice. Nous habitions jusque-là (et depuis 1958)* l’hôtel préfectoral de Bordeaux. Admirable maison qui avait traversé des épreuves et des gloires dont je ferai un jour le récit.

Le jour dit, je pris le volant de ma 2CV, déjà un peu âgée et, pour la dernière fois la lourde porte s’ouvrit sur la commande d’un officier de police qui saluait chaque entrée et chaque départ, et après ce salut, se referma derrière moi. Je garde très précisément en mémoire le lourd clic qui marquait le moment où le portail rentrait dans ses ferrures..

Seule toujours, je traversai Bordeaux pour atteindre une grande maison, presque vide, en état médiocre, que mes parents avaient acheté à mon intention. Le chauffage ne fonctionnait pas, les meubles étaient rares, l’atmosphère était celle d’un immense vide, silencieux et glacé.

J’avais bien sûr la chance d’avoir un domicile à moi, mais qui était à tout l’opposé d’un domicile accueillant et protecteur. J’ai mis plus de 20 ans à le rendre un peu moins rigoureux et je ne l’ai quitté qu’en 2006. Près d’un demi-siècle plus tard…

Ce départ de l’hôtel préfectoral, fut une arrivée dans une autre vie. J’étais désormais indépendante mais plus encore seule. Découvrant que tout dépendait désormais de moi : choisir un architecte pour étayer le maison qui n’avait pas de fondation et commençait de se fissurer, l’équiper de toutes les choses ordinaires qui permettent d’y faire un minimum de cuisine, d’y dormir…. Tout, mais absolument tout pour en faire un domicile.

En 72, j’étais dans mes dernières années de médecine. J’avais passé l’internat des hôpitaux en 69 et j’avais donc un salaire. Mais avouons le, je n’avais jamais habité jusque là qu’avec mes parents et dans des maisons qui ne nous appartenaient pas et où rien n’avait été choisi par nous ni n’était à nous que le contenu de quelques valises. Trois hôtels préfectoraux et un appartement au dernier étage de l’aile Colbert du château de Versailles où habitaient le conservateur du château et quelques rares hauts fonctionnaires. furent mes domici

Prestigieux, certes, vrais lieux de culture riches en souvenirs, mais surtout qui installaient dans la tête l’idée qu’on ne faisait partout que passer. Forte leçon mais qui était finalement plus rassurante que d’investir une maison vide de longue date et où l’on n’a pas le moindre souvenir.

Ma 2 CV et mon premier berger allemand, Pénélope, avaient avec moi fait le court voyage d’un rue de Bordeaux à une autre. Ils restèrent jusqu’à leur mort mes compagnons de route au sens le plus fort. Pénélope avait fait sien le siège arrière de la voiture mais dès que j’en descendais, elle m’accompagnait, sans jamais de laisse et sans s’éloigner d’un pas. Je commençais à faire des cours à la faculté : elle descendait avec moi marches des amphithéâtres et se tenait à mes pieds toute la durée du cours. Les étudiants les premières fois l’accueillirent bruyamment puis s’y habituèrent de manière assez sympathique. Elle le leur rendit…

  • ce délai de 14 ans demeure aujourd’hui le record de durée d’exercice préfectoral dans un même poste

Concorde nationale

Deuil de Jean Paul Belmondo (mort hier). Un jour entier de concorde nationale. Même la mort du Général de Gaulle n’a pas connu une telle unanimité dans les louanges et les regrets.

Un hommage national lui sera rendu dans la cour des invalides, sans précision jusqu’alors du protocole de cet hommage national réservé en règle à de très hautes personnalités.

A peine trop… Sans la proximité des élections, le Président de la République se serait sans doute abstenu.

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel