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Droits du Parlement contre obligation de silence des armées

Les commissions de la défense ne devraient plus être publiques (c’est à dire retransmises en direct). Un Général doit pouvoir s’y exprimer librement devant le Parlement, sinon point n’est besoin qu’il s’exprime. Mais on comprend que cette expression ne doit pas faire la Une des journaux. La « grande muette » n’a vocation qu’à s’exprimer dans un strict cadre républicain.

La réponse du Président de la République aux déclarations du Général de Villiers n’est en tout cas pas la bonne. Humilier ce haut gradé devant ses pairs (lors de la garden party du ministère de la Défense) et devant la France toute entière est malencontreux alors que notre armée est sollicitée sur et en dehors du territoire . Le Président de la République est le chef des armées et cette hiérarchie doit être respectée. Mais de la même manière, le Parlement est le Parlement et cette dyarchie doit aussi être respectée.

La solution la plus opportune eût donc été un strict l huis clos des commissions de la défense, permettant que les Parlementaires qui auront à voter le budget soient informés et que l’autorité du Chef de l’Etat sur les armées ne soit aucunement remise en cause.

Stabilité ou sécurité, faut-il choisir ?

« Le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ». C’est une des formules que l’on retiendra du grand discours de François Hollande, hier au Congrès de Versailles.

Elle venait après l’annonce d’un renforcement majeur des forces de sécurité intérieure, de renseignement et de douane, et en particulier la création de 5000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes, portant à 10 000 les créations de poste dans ce domaine durant le quinquennat. Avec un fil de malignité, on notera ce petit ajout en fin d’annonces « Nous retrouverons ainsi les chiffres de 2007 ». A bon entendeur..

Tout cela est aujourd’hui chiffré par les commentateurs à un milliard. Un milliard supplémentaire relativement à ce qui a déjà été fait.

L’ensemble de ce budget ne bénéficie-t-il pas à tous les Européens ? Renseignement et sécurité en Belgique ou ailleurs nous concernent autant que les Belges eux-mêmes. Ce qui compte n’est donc pas le choix entre sécurité et stabilité, mais l’exclusion du pacte de stabilité des frais de guerre et de Défense, de sécurité intérieure et de renseignement.

L’Europe se grandirait d’en décider rapidement, fermement et unanimement.

Les commentateurs qui, dès ce matin (Dominique Seux), bavardaient sur le laxisme financier de Hollande et la non tenue de « nos engagements » seraient bien inspirés d’y réfléchir. En intervenant au Mali, n’avons-nous défendu que le Mali ?

A votre avis ?

L’OTAN, un tigre de papier ? (L’invité du blog : Klaus Fuchs)

Allemand, né en 1939, j’ai encore quelques souvenirs d’enfance (la ville de Nuremberg à 90 % en ruines au moment de ma scolarisation, des années d’après-guerre de pauvreté générale…) ; des souvenirs de ce que le mot « guerre » signifie. Plus tard j’ai mieux compris ce qu’a signifié une guerre pour des millions d’être humains ; ceci m’a marqué comme la plupart de ceux de ma génération.

Ces souvenirs sont revenus ces dernier temps avec ce qui se passe en Ukraine, des événements qui provoquent en moi une crainte viscérale de voir se confronter par un enchainement irrésistible la Russie et les pays occidentaux. Poutine qui n’a pas digéré ce qui pour lui fut une humiliation insupportable : la dissolution de l’URSS et du Pacte de Varsovie et  l’indépendance de la plupart de ses anciens républiques, du Caucase jusqu’à la mer baltique. L’annexion de la Crimée, après celle (sous une autre forme) d’une partie de la Géorgie, sous prétexte de protéger les « frères russes » de ces pays, fait craindre que d’autres parties de l’ex-empire soviétique ne puissent être la cible d’une politique peu soucieuse  du droit international. De fortes minorités russes en Estonie, Lituanie et Lettonie  pourraient être manipulées pour appeler la Russie au secours sous prétexte d’être privées de leurs droits dans ces pays.

Or, ces pays sont membres de l’OTAN qu’ils ont rejointe en 2004 en faisant confiance à la promesse d’être protégés contre toute agression par l’article 5 du Traité de l’OTAN de 1949 selon lequel « les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. »

Pendant des années , cette éventualité n’était pas d’actualité, aucune menace émanant des gouvernements russes. Aujourd’hui la politique agressive de Poutine a créé une peur de plus en plus forte dans les pays baltes, mais aussi en Pologne, membre de l’OTAN depuis 1999: seront-ils vraiment protégés, le cas échéant, par leurs partenaires de l’OTAN ? La lecture d’un article du « SPIEGEL » du 19 mai 2014  évoque de sérieux  doutes que cette garantie soit suivie d’effet.  Le Ministère de la défense allemand explique dans un document  confidentiel cité par le SPIEGEL  que la capacité et l’intention de la Russie de déclencher sans préavis, à très court délai et à n’importe quel endroit d’importantes actions militaires constitue une menace pour la sécurité et stabilité de la zone euratlantique et en particulier pour ses voisins directs. Et le SPIEGEL enfonce le clou : actuellement l’Alliance serait incapable de défendre les pays baltes par des moyens conventionnels (tanks, avions, troupes terrestres). Tous les plans d’intervention ne seraient plus à jour. Pour pouvoir réagir de façon adéquate, il faudrait à l’OTAN environ 6 mois, « même trop tard pour participer aux festivités de la victoire de la Russie. »

Devant cette situation alarmante, il ne reste, dans la crise actuelle autour de l’Ukraine, que les moyens diplomatiques, une perspective peu rassurante face à un Poutine peu respectueux du jeu diplomatique et très motivé à effacer l’humiliation de la Russie que constitue pour lui l’éclatement de l’URSS après 1990 et la perte de son glacis. Cette faiblesse de l’OTAN, son incapacité de protéger efficacement ses pays membres pourrait bien sonner la fin de l’Alliance.

Quelle conclusion pour la France dans les débats actuels concernant le budget de la défense ? Voici un vrai casse-tête pour le Gouvernement et un appui pour ceux qui le mettent en garde contre tout affaiblissement des capacités d’intervention des forces armées déjà engagées dans plusieurs théâtres militaires. Et il se pose de façon aigüe la question d’une Europe de la défense disposant de moyens suffisants pour faire face aux nouveaux défis en ce début du XXIe siècle.

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel