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Petite politique

Il y a la Politique et le petite politique, celle du jour le jour, des petits événements que le plus souvent on oublie et qui quelquefois ressurgit plus ou moins sans raison.

François Hollande, homme unanimement considéré comme intègre, avait décidé qu’une transparence complète soit faite sur la situation patrimoniale et financière de ses Ministres. Je n’étais personnellement pas sûre que cela serait porté durablement à son crédit mais je n’y voyais qu’une volonté louable que j’ai bien sûr respectée.

Peu après la publication de mon patrimoine, j’ai été très largement sollicitée. Quelques ministres facétieux m’avaient proposé de m’épouser, d’autres, moins délicats, préféraient que je les adopte. Laurent Fabius avait conclu l’affaire avec humour sur un projet de mariage et d’adoption de tous les autres..

Dans l’important courrier qui m’est parvenu, une lettre inattendue m’est restée en mémoire..

Dans le grand bureau à Bordeaux que je partageais avec mes assistantes, un événement particulier a bousculé la matinée de travail. Marie et Marianne ouvraient le courrier du jour quand une missive particulière leur a fait un instant hésiter sur la manière de me la présenter…

Il s’agissait en effet d’une lettre assez « familière » au sens propre, puisque mon correspondant faisait état de l’histoire de sa mère, qui aurait été au service de ma famille comme femme de ménage à l’hôtel préfectoral.

Cette femme méritante aurait gagné la confiance de mon père (jusque là l’affaire était plausible) mais il se serait ensuite rapproché d’elle à ce point de permettre à ce correspondant de se dire son fils…

Il souhaitait donc me rencontrer et que nous « parlions » *. Contrôle fut fait par moi qu’aucune femme de ménage du nom évoqué n’avait travaillé dans aucune place de la résidence préfectorale non plus que dans les bureaux.

Marie et Marianne m’apportant la lettre étaient cependant un peu soucieuse de ma réaction. Elle fut simple et doit demeurer dans nos ordianateurs

J’expliquais à ce Monsieur que je me réjouirais de le rencontrer. Je l’assurais que possédant du matériel génétique de mon père (cheveux et mouchoir tâché de sang), nous pourrions savoir mutuellement si nous étions parents. Je lui donnais d’ailleurs quelques explications sur les lois de la génétique dont il semblait ne pas avoir clairement connaissance. Le tout sur un ton très cordial montrant que l’idée d’avoir un frère tel que lui ne pourrait que me réjouir… Mes gentilles partenaires furent au premier moment un peu sidérées de ce que je leur dictais et en conservent sans doute un souvenir amusé.

Làs, je n’ai jamais eu d’autres nouvelles de ce frère et j’ai du me résoudre à n’en avoir jamais. Nous avons beaucoup ri de sa démarche qui fut en effet une des plus saugrenues de la période en cause qui n’a pourtant pas manqué d’intérêt…

*Contrôle fut fait par moi ultérieurement qu’aucune femme de ménage du nom évoqué n’avait travaillé dans aucune place de la résidence préfectorale non plus que dans les bureaux. Point n’en était besoin dans mon esprit mais je tenais à ce que personne ne pût douter si mon correspondant avait perduré dans son besoin d’élargir sa famille

Maxime

Une lutte de pouvoir dans mon entourage social m’a brutalement rappelé une phrase d’un livre de mon père, livre que je ne saurais d’ailleurs pas nommer. Curieusement, elle s’est présentée sans crier gare, comme une phrase écrite dans ma tête que je lirais pour la première fois :

« Je méprise les hommes qui mettent toute leur énergie à empêcher les autres de faire ce qu’ils sont incapables d’entreprendre ».

Sans doute mon père a-t-il croisé dans sa longue carrière de nombreuses situations où il convenait de briser des obstacles. Cette phrase est implacable de justesse : les difficultés ne viennent pas majoritairement du plus haut. Hélas elles préoccupent davantage encore et j’ai envie d’ajouter à la phrase « et qui entravent la pensée de ceux qui tentent de réfléchir »

Car enfin, ces combatillons soucient, occupent, entravent. Cette fois au moins, ils me permettent de retrouver une phrase aide-à-vivre

Sans raison et sans titre

Les plus beaux mois de l’année passent à une vitesse vertigineuse et j’en ressens un certain désarroi. Le confinement a repoussé des déplacements et des rencontres qui s’accumulent en ce moment. Rien que d’intéressant, de positif et salutaire et pourtant l’inquiétude de voir bientôt les jours commencer de raccourcir s’insinue entre chaque évènement. Le Covid avait interrompu la course du temps, elle me rattrape.

C’est une vieille maladie que j’ai connu à tous les âges. Enfant, dans les longues vacances d’été d’alors, je calculais les jours qui restent sans raison compréhensible car j’aimais autant le temps d’école que celui où elle s’interrompait. De la même manière, je préfère les matins au soir, les réveils à la recherche du sommeil.

Sans raison et sans titre, sans non plus d’explication qu’un fond de noir, vague comme dans les poèmes, impossible à dissiper tout à fait et qu’on interrompt à peine en l’écrivant.

Qu’est ce que la silver économie ?

Un débat s’est récemment engagé autour de cette question. La réponse la plus certaine est celle qui permet de définir et de former une filière de cette forme particulière d’économie.

Alors que j’étais ministre des personnes âgées, nous avons lancé conjointement avec Arnaud Montebourg, Ministre de l’économie, la filière de la Silver Economie. Enorme succès, que nous attendions à peine : le 25 avril 2013 à Bercy, près de 800 personnes représentant des entreprises, étaient présentes et ont toutes souscrites au « contrat de filière » que les deux ministères avaient élaboré ensemble.

Tout à fait entre nous, si nous avions conservé le terme de « gérontechnologies », utilisé alors, le succès n’était pas attendre. En face d’une innovation, il faut un mot nouveau et attractif. Celui -ci contrariait l’usage strict du français dans des textes officiels. J’ai cependant obtenu de conserver « Silver » mais « économie » a légitimement remplacé le mot anglais « economy » dans les textes ultérieurs au lancement.

Par définition, une filière réunit des entreprises et non des structures publiques, comme les hôpitaux ou les EHPAD non commerciaux* (on disait alors « EHPAD lucratifs » et j’ai accédé à la demande de ce type d’entreprises de préférer dans les textes le terme de « commercial ». Reconnaissons que les deux termes ont été légitimés par leurs résultats.

Voici les premières lignes du texte officiel initial.

La Silver Economy regroupe toutes les entreprises agissant pour et/ou avec les personnes âgées. Création de services personnalisés, de technologies pour l’autonomie, ces biens et services seront bientôt indispensables et sont autant d’activités appelées à se développer fortement dans les prochaines années.

Au sens économique de constitution d’une filière, la définition est donc claire.

Récemment une définition plus large a été proposée : celui de système réunissant tout ce qui concerne le soin, la santé, l’alimentation, le mode de vie… des personnes âgées. Voilà qui est tout à fait acceptable et qui correspond à un objectif commun de contribuer au bien vieillir des âgés. Mais il n’est pas question alors d’une filière mais d’un système au service d’un objectif.

Le « lancement de filière » a été fort mal vécu par ma Ministre de tutelle, Mme Marisol Touraine, à laquelle il déplaisait que, même partiellement, mon « ministère délégué » travaille avec un autre Ministre qu’elle même et je me souviens d’un définitif « Occupe toi des ehpad ! » qui m’a laissé entrevoir que ma longévité ministérielle serait écourtée. Ce fut le cas et l’acte II de la loi d’adaptation de la société (« grand âge, autonomie) n’a pas eu lieu. Ce fut rès regrettable, car l’ensemble eût été le totem social du quinquennat de François Hollande.

Twitter s’est enflammé pour rien sur cette définition de la silver économie. Elle est au contraire aisée à comprendre : l’une (« filière ») est précisément définie, l’autre (« écosystème ») est plus large et accueillante et peut par exemple comprendre au moins sur le principe un service de gériatrie dans un hôpital public ..

Je remercie une fois encore, à l’occasion de ce texte, ma petite équipe ministérielle de son travail sur tous les sujets qu’en deux ans nous avons abordé et auxquels nous espérons avoir apporté quelque chose. ; En particulier pour la silver économie, mon remerciement va à M. Fabien Verdier.

Herbe à nigauds, herbe à Nicot (2*)

Un point réunit le tabac et le cannabis : l’échec relatif pour l’un, total pour l’autre des politiques appliquées qui fait de la France dans les deux cas le mauvais élève de l’Europe..

Un Français sur trois est fumeur, les femmes presque totalement épargnées jusqu’aux années quatre-vingt comptent aujourd’hui pour l’essentiel dans l’augmentation des cancers dus au tabac et c’est au total 73000 personnes* qui meurent chaque année du tabac. Le cancer pulmonaire de la femme est, de tous les cancers, celui dont la fréquents augmente le plus. Il tue aujourd’hui plus de femmes que le cancer du sein, pourtant beaucoup plus fréquent chez elles.

On n’est pas en mal non plus de chiffres inquiétants à propos du cannabis. Le nombre de personnes en ayant consommé dans l’année est de 8,64 % (population de 15 à 64 ans). Cette prévalence est une des plus élevées d’Europe et ce sont chaque jour 550 000 individus qui fument quotidiennement des joints. Les jeunes sont les premiers concernés par l’augmentation de la consommation et là est le drame.

Le cannabis n’est pas pour autant le « serial killer » qu’est le tabac et si les jeunes en étaient totalement épargnés, on pourrait le considérer comme modérément dangereux. Hélas consommé dès l’adolescence il réduit de 8 points le quotient intellectuel et est responsable de lésions cérébrales anatomiques et physiologiques en détruisant les transporteurs de dopamine. Les fumeurs précoces puis réguliers sont significativement atteints dans leur vie sociale et professionnelle.

Les deux produits sont addictogènes : loin devant, le tabac dont on considère qu’il dépasse l’héroïne pour le risque d’addiction (Inserm). Le cannabis compte pour un risque 6 fois moins important mais le problème est bien souvent plus complexe car addictions et risques sont souvent intriqués (qui fume l’un, fume souvent l’autre).  C’est au sommet le cas pour l’association cannabis et alcool (sous la forme du « binge drinking »), dévastatrice pour les jeunes cerveaux.

Tout cela est connu de plus ou moins longue date mais n’est en aucun cas une révélation. Pour autant, nos politiques demeurent frileuses, incables de remises en questions comme d’initiatives d’envergure. Une étude récente du groupe Terra Nova, venant à la suite du rapport Vaillant auquel je m’étais associée lors de la précédente législature, analyse les bénéfices et les effets de 3 scénarios faisant évoluer notre législation d’interdiction/ répression du cannabis. Ces 3 scénarios sont les suivants : dépénalisation de l’usage du cannabis, légalisation avec monopole public , légalisation concurrentielle. Dans les 3 cas, le nombre d’usagers quotidiens augmente, mais les dépenses publiques liées à l’arsenal répressif diminuent et en cas de monopole d’Etat, permettant une augmentation du prix elle même génératrice de fléchissement de la consommation, génèrent un bénéfice global pour l’Etat de 2 milliards. La question a été au moins posée.

En ce qui concerne le tabac, nous nous sommes privés à l’Assemblée en 2014 de l’arme majeure de diminution de la consommation en premier lieu chez les jeunes : l’augmentation du prix. Seul, le « paquet neutre » a été accepté par le Président de la République et votée. Celle ciest gelée pour deux ans. Heureusement, la ministre Agnes Buzyn, préalablement directrice de l’Institut National du Cancer a fixé l’objectif du paquet à 10 euros, que j’avais proposé à répétition à l’Assemblée et en tant que Présidente de l’Alliance contre le tabac.es chiffres de la consommation dans la population (prévalence) augmentent et on continue comme avant ou presque.

Pour le cannabis, c’est le risque politique qui freine toute avancée. Plusieurs personnalités (Duflot, Peillon…) en ont déjà fait les frais en recevant les foudres d’une partie de l’opinion en se limitant pourtant à s’interroger sur l’inefficacité de l’attitude actuelle.

Une politique européenne dans les deux cas permettrait d’avancer. Mais qui pour la porter ? Je plaide à répétition pour l’établissement d’un prix minimum européen de vente du tabac, ce qui diminuerait de beaucoup la contrebande. Ce petit pas serait un grand pas en terme de santé et de sécurité publique. publique etCelui-là pourtant marquerait l’histoire de ce petit continent et lui donnerait du sens.

Si la question, une sorte de « choix de Sophie » politique, vous était posée : « aujourd’hui, si aucun des deux produits n’était en vente légale, lequel légaliseriez vous ? » (Ma réponse dans un billet ultérieur)**

*un billet antérieur de 2014, paru sous le meme titre fait état de la situation à cette date. Seule l’augmentation du prix du tabac a marqué un progrès et obtenu une diminution de consommation, hélàs mise à mal dans la période de confinement.

** 79000 morts par an selon les chiffres réactualisés

** J’ai à plusieurs reprises depuis ce billet, pris position pour un assouplissement majeur de l’usage du cannabis thérapeutique . Il figurait dans mes propositions à l’occasion des législatives 2017

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel