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Faire parler les arbres (2)

Il y a 12 ans (déjà..) je proposais au Maire de Bordeaux, Alain Juppé, de faire parler les arbres et rendre l’écologie lisible c’est à dire de mentionner le nom de chaque espèce sur le tronc des éléments les plus spectaculaires de nos jardins publics, mais aussi d’ajouter sous les plaques des rues, cours ou allées, bordées d’une seule espèce, quelle était cette espèce. Ainsi les Bordelais sauraient qu’ils sont abrités par des hêtres, des micocouliers de Provence ou autres platanes et leurs noms leur deviendraient familiers comme les arbres eux-mêmes.

On n’aime et on ne connait vraiment que ce qu’on sait nommer. J’ai aimé bien davantage les micocouliers de mon voisinage en connaissant leur nom, ravissant au demeurant et en les reconnaissant en d’autres lieux. Ce principe est universel et c’est tant mieux : c’est une grand part de ce qui fait de nous des humains.

Que fit le Maire d’alors : il se pencha sans doute sans en rien dire sur la première partie de la proposition et, après quelques mois, afficha sous forme de QRcodes, lisible avec une téléphone portable, le nom des plus spectaculaires éléments de nos jardins publics. Sympathique et instructif mais malheureusement, sélectif, car le grand père qui se promène avec son petit fils n’a pas forcément son portable sur lui et pas d’avantage l’envie de déchiffrer ce qu’il pourrait lui apprendre. De même le gamin qui traverse le jardin avec son cartable ne jouera sans doute pas au détective, alors qu’il aurait sans effort enregistré le nom d’un platane ou d’un cèdre simplement et sobrement écrit.

Cher notre nouveau Maire, cher Pierre Hurmic, apprenons le nom des arbres et des plantes aux jeunes -et moins jeunes- Bordelais. Ce sera un trésor pour toute leur vie, enrichira leur vocabulaire et développera leur curiosité. Quand aux vieux Bordelais , ils seront réconfortés de découvrir qu’un cèdre a été planté il y a un siècle et demi et parait se bien porter.

Que du bonheur. Les plantes, les parfums, les couleurs, sont des amis que l’on apprivoise comme le petit Prince a apprivoisé sa rose.

Ca bouge pas mal à Bordeaux métropole

Aujourd’hui vient d’être élu à la présidence de @bxmetro Alain Anziani, Maire de Merignac, 2ème ville de la Gironde. Je ne mettrai pas en parallèle le fait que je n’y siège plus puisque je ne me suis présenté à aucun mandat électif mais avouons que c’est un moment un poiluchon désagréable et que j’aurais aimé voter pour Alain.

En 2001, quand Gilles Savary m’a choisie pour être la première femme de sa liste municipale (c’était le premier scrutin paritaire), il a souhaité que j’ai l’onction de Alain Anziani qui était alors premier Secrétaire fédéral du Parti Sociale. Telle une première communiante, je me suis exécutée, ai confessé que je n’appartenais à aucun parti, ni à aucun syndicat à l’exception de celui que j’avais créé, le syndicat des chefs de clinique hospitaliers. Ce ne fut pas un entretien, mais une rencontre véritable et depuis lors je partage avec lui une amitié solide, du moins je le pense, et une confiance que nous avons pu éprouver mutuellement. Alain une personnalité solide, mesurée et qui a la particularité relativement rare de ne pas penser qu’à la politique et de réfléchir à un truc bizarre : la condition de l’homme. A l’époque de ma confession, le journal Sud Ouest avait consacré une page à trois « jeunots » de la politique : Alain, Patrick Bobet et ma pomme. Les deux premiers ont été réunis aujourd’hui et se sont passés le flambo, la 3 ème s’était faite porter pâle…

La métropole est un enjeu majeur. L’air n’est pas plus pur d’un côté à l’autre de la rue qui sépare Bordeaux de Merignac ; il devrait en être de même d’une rive à l’autre de la Garonne et mes dernières interventions furent à ce sujet. Les difficultés sociales sont concentrées sur la rive droite, un meilleur équilibre social doit être trouvé pour que le « grand Bordeaux » soit aussi vigoureux que le Grand Lyon. Fine mouche, et même au delà, Jacques Chaban-Delmas avait « annexé » (mot affreux) Caudéran au détour d’un Conseil municipal, s’assurant une majorité de droite qui n’a cessé qu’après 73 ans. Le Bordeaux que j’aime doit trouver un autre équilibre. Rive droite et gauche doivent évoluer d’un même pas vers une métropole sociale et écologique.

Alain, Pierre, Jean François, Jean-Jacques, Jean … (Zut, il n’y a que des garçons), à vous de jouer ! Bords-d’eaux comme son nom l’indique a deux rives et un seul avenir. Mes voeux comme mon amitié vous accompagnent.

Interview présidentiel du 14 juillet

Une fin d’interview de Macron qui aurait pu avoir de la grandeur, si elle avait été entendue et… si elle avait été crédible.« Si elle évait été entendue », ou plutôt écoutée, car comme c’est désormais l’habitude, elle a été alourdie et retardée par des questions que personne n’aurait osé poser lors d’une conférence de presse du Général de Gaulle. « Si vous étiez atteint du Covid, prendriez-vous de la chloroquine ? ». Question sans objet par excellence, sinon parce qu’elle fut médiatique en son temps.Je reviens au sujet de cette fin d’interview : donner des chances de réussite aux enfants pauvres. J’ai choisi volontairement ce vocabulaire du siècle dernier et que plus personne n’utilise. En premier lieu, Macron n’était pas crédible même s’il faut lui reconnaître la volonté de transgresser les rails où sa famille aurait pu logiquement l’engager. Mais rien du monde actuel ne permet de faire un parallèle entre le « petit maçon creusois » de 1920 et le jeune des banlieues et même des campagnes oubliées. Et d’abord, l’enseignement : combien d’enfants pauvres sont-ils aujourd’hui repérés par leur instituteur, accueillis par lui les samedis après-midi pour compléter ce qu’ils ont appris pendant la semaine à l’école comme le faisait le père de Bernard Cazeneuve ? Je laisse la réponse ouverte. Si cette chance devait exister aujourd’hui dans les banlieues ou dans les « territoires », telles que l’ont illustrée des personnalités comme Pierre Bérégovoy, il faudrait aussi s’assurer que la République élimine –ou du moins contrôle- les voies parallèles qui détournent les jeunes des enseignements républicains et de leurs chances de réussite.Ce qu’après trois ans, Macron n’a pas réussi, c’est à redonner cette appétence et à la rendre réaliste. Lui-même n’est pas en mesure de la concrêtiser. La « start up nation » n’a convaincu ni les gilets jaunes, ni le 9.3. Ce n’est pas une critique, c’est un immense regret et je rejoindrais, quelle que soit son appartenance, celui qui y parviendrait.

Vous avez dit « révolution » ?

Le mot « révolution » n’est pas si facile à accompagner. Le plus simple est toujours de lui adjoindre un qualificatif : révolution industrielle, numérique, sexuelle…  toutes celles-ci sont faciles à qualifier et à comprendre.

Quelquefois, le qualificatif concerne la manière dont la révolution s’est déroulée (révolution de velours), ou le symbole qui l’a accompagnée (révolution des œillets). Quelquefois aussi il désigne le groupe social ou politique qui l’a menée (révolution bolchévique), ou tout simplement le lieu où elle s’est exercée (révolution russe).

Mais j’en arrive à mon interrogation : le choix entre « révolution de la longévité » et « révolution de l’âge ». Le premier implique une cause, qui est d’ailleurs loin d’être la seule dans le contenu de cette révolution. Si les âgés d’aujourd’hui veulent vieillir à leur domicile, ce n’est pas parce qu’ils vont vivre longtemps, mais parce qu’ils ont vécu dans un contexte de liberté et de responsabilité personnelle.

Révolution de l’âge (ou des âges) évoque davantage une conséquence : le mode de vie, les progrès sociaux et de santé font que l’âge a changé de visage et que l’on n’est plus, ni ne se comporte plus aujourd’hui à 60 ans qu’on l’aurait fait dans la première moitié du siècle dernier.

L’âge a changé non parce qu’il dure longtemps mais parce que son écosystème a changé et a permis qu’il dure longtemps. Je ne porte pas aujourd’hui une robe jaune parce que je compte vivre encore au moins 20 ans mais parce que j’évolue dans une société moins compassée, plus libre et sans doute plus gaie.

En écrivant mon « fabuleux destin des baby-boomers », je me suis posée cette question : « comment nommer cette révolution que les boomers ont à porter, cinquante ans après la révolution dite de « mai 68 » ? » La révolution en cours est liée à la longévité, mais n’en est pas l’unique conséquence. Le vrai changement, ce sont les mœurs autour d’elle, notre état de santé, le fait d’avoir fait des études plus longues que nos grand-parents et, s’agissant de moi, exercé un métier qui à l’époque aurait été qualifié de « métier d’homme ».

La deuxième révolution des boomers est le fruit de trois facteurs essentiels : le progrès social, l’émancipation des femmes, et les progrès médicaux responsables de la longévité. J’ai donc choisi « révolution de l’âge », mais quel que soit le nom qu’on lui préfère, l’important est de la réussir. Nous ne serons pas trop de tous pour y parvenir : les barrières sont encore bien vivaces.  

Devoir d’évaluation

Un amendement* dont je suis très fière permet à la cour des comptes de contrôler les établissements privés de santé à l’égal et selon les mêmes modalités que les établissements publics. Cela inclut les Ehpad quel que soit leur mode de gestion (public, associatif, commercial). Avouons que cet amendement m’avait été soufflé par le précédent président de la Cour, Philippe Seguin. Après la séance de présentation à l’Assemblée du rapport annuel de la Cour, j’étais allée le trouver et je l’avais interrogé sur l’intérêt qu’il y aurait à comparer les pratiques de soins et les coûts afférents entre les divers secteurs. Il m’avait répondu d’un air malicieux « mais Madame la députée, seul le Parlement peut nous en donner le pouvoir… et, plus malicieux encore, il avait ajouté « à vous de jouer… »

Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, une majorité n’avait aucune chance d’ouvrir cette possibilité. C’est donc à mon second mandat que je suis parvenue en 2015 à faire adopter mon amendement…

Au regard du projet de réforme du système de santé, la possibilité de comparaison des actes pratiqués, de leur coût et des résultats obtenus est essentielle. Il en va de même concernant les Ehpad et ils étaient inclus dans l’amendement. La mortalité considérable qui y a été dénombrée pendant l’épidémie de Covid-19 impose une analyse comparative entre des trois modes de gestion.

Je n’ai pour ma part, aucun a priori, mais comme beaucoup, je veux comprendre pour en tirer tous les enseignements pour demain. Les taux d’encadrement (nombre personnels/résidents) ne sont pas partout les mêmes, non plus que la composition de ces personnels (plus ou moins de soignants) ; les pratiques (mode de confection des repas, présence d’animateurs, kinésithérapie, téléconsultations…) sont multiples et variées. Des points sont particulièrement importants comme le temps de présence d’un médecin coordinateur, celle d’une infirmière de nuit, sur place ou mutualisée…

Tout cela a pu influer sur l’importance de la contamination comme sur la létalité liée au virus. On meurt en Ehpad (pas que..) plus souvent la nuit . Qui était présent pour décider du transfert à l’hôpital d’un malade atteint par la covid ? On imagine par exemple le désarroi d’une aide- soignante seule en face de cette interrogation qui suppose d’évaluer les chances de succès du transfert.

Tout cela doit être analysé et connu. Non pour dresser des procès, mais pour avancer dans l’indispensable évolution de l’Ehpad de demain et faire que l’incroyable drame de la mort à ce jour de plus de 15000 résidents d’Ehpad ne puisse jamais se renouveler.

*http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/2673/AN/2186.asp

http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/2673/AN/2186.asp
http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/2673/AN/2186.asp

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