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« Morne plaine »

Ce qui m’interroge et qui m’inquiète, c’est que dans les difficultés que nous traversons et que lui-même traverse, Emmanuel Macron ne trouve pas de voix fortes pour le soutenir. Ni en France, ni ce qui est plus grave encore, en Europe.

Où sont les Maréchaux de ce jeune général, prêts à monter au feu et à s’exposer ? Aucun fougueux bretteur sur les plateaux de télé ou dans les colonnes des journaux. Les plus inspirés le sont par la prudence (du genre « si Macron échoue, qui ? » *), Il y a de quoi inquiéter.

La classe politique, les intellectuels, sont-ils si dévitalisés qu’on n’en trouve aucun pour prendre des risques, ne serait-ce que celui de se tromper ? Qui pour aller au delà des habituels éléments de langage parmi ses troupes ? Qui pour fendre l’armure du minimum convenu ?

Cette interrogation vaut pour les leaders européens. En Allemagne, quelques voix ont appelé à la clémence sur le respect des critères de Maastricht au regard des françaises, mais d’appui véritable, point. L’Europe qui m’est chère et pour laquelle je m’engagerai toujours, est aujourd’hui tout sauf solidaire alors que c’est cela qui la rendrait attrayante.

J’écoute, j’entends, je lis.. Les éditorialistes eux-mêmes « voient venir ». « Morne plaine », dirait Hugo qui, lui, a pris le risque de la relégation. La postérité se mérite.

*la formule est d’Alain Juppé et a fait la Une du journal SudOuest.fr

Intervention en Conseil municipal du 17 décembre 2018

Monsieur le Maire, comme vous je pense que nous ne pouvons faire l’économie de réfléchir et de nous exprimer sur les événements survenus ces derniers dix jours

Tout d’abord les manifestations violentes de ces deux derniers samedis. Je n’évoquerai que notre ville où elles ont été particulièrement destructrices, semant saccages, blessures  et barricades au cœur meme de Bordeaux et réunissant ce dernier samedi plus de manifestants qu’à Paris. Ceci fait  de notre ville la première citée pour la mobilisation et les actes de violence après Paris.

Pourquoi Bordeaux, beaucoup plus que Lyon qui est restée paisible, Nantes … C’est une interrogation véritable et vous même vous etes posé la question.

Certes Bordeaux est une ville excluante, par le prix du foncier et des loyers d’abord, par le coût de la mobilité, qu’il s’agisse du stationnement et des parkings. J’étais vendredi dernier dans le service de soins palliatifs de l’hôpital Saint Andre. Une famille visitant un malade mesurait le temps de sa visite en heures de parkings et de ce fait l’a abrégé. Il s’agissait d’une famille rurale, sans doute modeste : cela fait mal à qui l’entend, mal certainement davantage à qui est obligé à ce calcul. Certes, celui ci ne peut éprouver qu’un sourd ressentiment envers la capitale de sa région.

Un deuxième exemple est le coût du logement pour les étudiants venus de l’ensemble de la région. Nous savons que cela est un frein pour tous ceux issus des zones rurales ou des petites villes qui ne peuvent compter sur une aide substantielle de leur famille. A Bordeaux au coût s’ajoute la rareté, et ceci pousse les étudiants soit à renoncer soit à se rabattre sur des villes moyennes pour poursuivre leurs études. Ce caractère dissuasif fait naitre chez eux un ressentissement envers la capitale de leur région

Ce n’est sans doute pas seulement les coûts qui entrent en jeu. Nous avons tous en mémoire le titre d’un film de Charlie Chaplin « les lumières de la ville ». Nous ne pretons pas suffisamment attention au luxe qui s’étale dans les manifestations de la cité du vin ou de nombreux événements. La distance entre cette richesse concentrée et les rues et places d’une petite ville, où de modestes magasins ferment les uns après les autres et où les seules panneaux publicitaires sont des panneaux « à vendre » est si considérable qu’elle en devient douloureuse. A force de passer pour une ville attractive, Bordeaux finit par paraître comme un eldorado pour touristes, à mille lieues du réel quotidien d’une majorité d’aquitains

Mes paroles ne sont pas des paroles d’opposante. Dans les difficultés, l’unité doit toujours l’emporter. Nous cherchons seulement à comprendre.

Je  tiens aussi à évoquer le 2 ème drame qu’a subi notre région : la trahison de Ford à l’égard des salariés comme des pouvoirs publics. Vous évoquez poliment, trop poliment la possibilité d’une nouvelle démarche avec des industriels que nous pouvons tous, unanimement qualifier de voyous. Vous avez ce matin avec les présidents de grandes collectivités de notre région exprimant que la dérobade de Ford était une insulte pour nos territoires.  Mais c’est aussi une insulte aux pouvoirs publics eux-mêmes qui ont investi 25 millions dans l’appui à cette entreprise et j’aurais aimé entendre que ceux ci ne resterons pas sans réaction.

Ford se retire de la France, la France doit se retire de Ford.N’est ce pas un devoir après la fermeture du dernier site industriel de Ford dans les conditions misérables que nous venons de connaitre, d’en tirer les conséquences en annulant toutes les commandes publiques à cette entreprise et aussi, dans les limites légales, de demander remboursement au maximum des 25 millions investis.

Je crois moi aussi qu’il faut savoir être en colère. Cette colère n’a de sens que quand elle est animée par l’intérêt collectif. Il s’agit ici de retrouver la maitrise de notre destin national.

 

NB : Le Maire de Bordeaux dénature régulièrement mes propos et les noie dans la dérision ou le mépris. Ceci m’oblige à écrire mes interventions et à les lire pour ne pas en déborder, ce que je déteste, la parole libre m’étant tellement plus naturelle. Il a affirmé cette fois que cette intervention « abaissait le débat »  citant des paroles que je n’avais pas prononcées. Cette attitude m’est devenue insupportable. Elle est indigne d’un homme d’Etat et je ne peux plus demeurer sans l’exprimer.

 

Instruire ET informer

Instruire est aujourd’hui plus indispensable encore qu’informer. Et plus indispensable encore, de le faire simultanément. Ce billet s’adresse à tous mais il concerne d’abord les médias et la profession de journaliste.

C’est le journaliste Brice Couturier qui, dans le contexte de la médiatisation des Gilets Jaunes, en a appelé à l’expertise de ses confrères et au travail préparatoire à leurs interviews. J’y ai ajouté sur twitter mon souhait que les journalistes politiques consolident leurs connaissances en histoire contemporaine et en sciences politiques pour sortir de la répétition pure et simple de ce que véhiculait le brouhaha médiatique. De même pour les journalistes santé, économie, travail, qui commenteront et interrogeront d’autant mieux que leur bagage sur ces sujets sera solide.

Faisons l’expérience : à l’issue de la lecture d’un article ou d’un interview, posons-nous la simple question: « ai-je appris quelque chose ? » . La réponse est rarement positive, à charge conjointe d’ailleurs concernant l’interview du journaliste et de l’interviewé. Les papiers des journaux, les informations en boucle, les interviews où l’on interrompt sans cesse les malheureux qui risquent une réponse dépassant dix mots, véhiculent, reproduisent, démultiplient, mais ils n’apportent pas de données nouvelles, ni de raisonnements fondés. Ils roulent une grosse boule de mots, qui s’épaissit sans cesse et s’alourdit en vrac de proclamations, d’invectives et de contre-vérités.

Des chaines dites culturelles, des journaux ou magazines spécialisés, instruisent, c’est vrai, mais qui regarde une émission sur Carthage, le front populaire, ou le tsar Nicolas II, qui ne soit déjà instruit ? Ces émissions sont fort intéressantes et ne renions aucunement leur utilité, mais l’instruction populaire, celle qui se fait sans avoir l’air, ou plutôt sans y prétendre de manière exclusive, est-elle assez présente ?

Les médias plus que l’école forment aujourd’hui le bagage des jeunes et sont pratiquement seuls dans cette « instruction tout au long de la vie » qui est si indispensable à la citoyenneté et au développement de la personnalité. Etre journaliste est une forte responsabilité et dans la déontologie de cette profession, cette mission a sa place. Je n’ai pas dit bien sûr que tous en étaient dépourvus, mais que trop nombreux étaient ceux pour lesquels cette dimension n’était ni évidente, ni même décelable. Plus de « pédagogie » (osons le mot, malgré l’abus qui en est fait actuellement) ne nuirait pas.

 

 

 

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel