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« Old lives matter »

A partir du mois de mai 2020, après la mort de George Floyd, nous est parvenu des USA un slogan ressemblant à un cri « black lives matter ! » (les vies noires comptent). Quand l’épidémie de Covid a commencé de décimer les grands âgés et en premier lieu les résidents d’EHPAD, j’ai été bouleversée (le mot n’est pas excessif) par l’émotion très tiède que ces morts ont soulevée. Imaginons qu’une école ou une résidence étudiante ait connu 25 morts en 3 jours, notre pays aurait été autrement secoué, l’école aussitôt vidée… etc

A ce moment, j’ai voulu lancer un appel, utilisant cette même forme de slogan « Old lives matter ! » . Que n’ai-je entendu sur les médias sociaux ? Ce n’était pas les mêmes causes, il ‘y avait pas de violence dans la mort des vieux, bref je faisais fausse route et détournait de manière coupable la cause du racisme..

Aujourd’hui et c’est une formidable nouvelle, à l’initiative des gériatres français, se développe un mouvement « Old live matters » qui réunit déjà plus de 50 000 personnes, médecins, soignants, ou simples citoyens, pour dire qu’en effet, la vie des âgés compte et qu’il faut en finir avec cette discrimination qui s’appelle l’âgisme et qui est la seule à n’être pas pénalisée.

La vie d’un grand âgé compte d’autant plus que ses années à vivre sont peu nombreuses. Plus elles sont incertaines, plus elles sont précieuses. Le dernier été d’un résident d’EHPAD, ses dernières rencontres avec sa famille, son dernier anniversaire sont des trésors qu’il ne faut pas lui voler…

Je me réjouis de ce mouvement. Puisse-t-il embraser nos pays jusqu’à installer une prise de conscience du respect et bien souvent de l’admiration dont il faut entourer les agés. Jamais, ils ne seront assez valorisés, protégés, salués, sauvés de la dépression, de l’isolement et bien trop souvent, du suicide.

« Un agenda, quelle merveille! »

Proche de sa fin* , François Mauriac, trouvant son grand âge un peu désert, écrit ces mots: « Un agenda, quelle merveille ! ». Parole qui n’est pas celle d’un écrivain mais d’un homme qui perçoit sa fragilité et mesure le vide relatif de sa vieillesse.

Mauriac ne consultait pas alors les prescriptions des psychologues ou des médecins en matière de longévité ; ils étaient d’ailleurs, les uns comme les autres, beaucoup moins nombreux qu’aujourd’hui à l’évoquer et à la mesurer. Ce n’est guère qu’à partir des années 2000 que cette formidable nouvelle qu’est le gain de 20 années d’espérance de vie en moins d’un demi-siècle a multiplié les prises de parole, les émissions et les livres. Ce serait la génération suivant celle de Mauriac qui en aurait tout le bénéfice.

Aujourd’hui, au contraire, l’exclamation de Mauriac a pris son plein sens. L’âge a besoin d’un programme et d’objectifs à l’égal de tous les autres temps de la vie. Les journées paraissent d’autant plus longues et vides que l’on ne fait qu’y répéter des actes automatiques, des rituels sans variété, et plus encore sans échanges avec d’autres personnes. La vie s’anime, les journées s’identifient quand on peut les marquer d’événements, petits ou grands, d’obligations et de l’exécution de quelques buts que l’on s’est proposé. Exactement ce que l’on note sur un agenda : réunion, prise de parole dans une assemblée, même réduite, mais que l’on doit préparer, déjeuner amical, réponse à un courrier, invitation… ». Ces « rendez-vous » sont d’autant plus moniteurs de prévention et de stimulation qu’ils s’accompagnent d’un effort quelconque et pas seulement d’une attitude passive. Les trois mots de Mauriac, sociologue de l’âge avant l’heure, contiennent tout cela.

Mon agenda, n’est dans cette rentrée que trop plein et les déplacements dans cette période épidémique me coûtent quelque peu. Et pourtant, je sais qu’il est un ami, non pas un maître à penser mais un maître à ne pas oublier : le cerveau est un muscle comme tous les autres : ils ne s’usent que si on ne s’en sert pas.

*il est mort à 85 ans le 1er septembre 1970

Cadeau !

« Au jour d’aujourd’hui », comme on disait et comme on dit sans doute encore, plus rien ne se donne : on vend, on loue, et des sites entiers dont le célèbre « Bon coin » se sont emparés avec succès de ce commerce. On ne donne plus qu’en catimini, en allant porter de gros sacs à des associations, ce que je ne saurais appeler vraiment des « cadeaux » puisqu’on n’en connait pas le bénéficiaire.

Je le regrette en réalité. Allant pour la première fois dans une boutique de « mode durable » (traduisez « friperie »), la maîtresse des lieux voyant mon intérêt pour un vêtement ancien dont le tissu était spectaculaire, m’a proposé de déposer dans sa boutique mes « belles pièces ». J’ai répondu que, belles ou moins belles, je les donnais par envois groupés à une association qui en faisait bon usage. Elle en a été aussi surprise que… choquée.

Cette histoire, de modeste intérêt, me fait souvenir d’une chanson ravissante de Marie Laforêt où sa voix est couplée avec celle d’un enfant (supposé le sien) qui lui demande quelques centimes pour avoir contribué à une petite tâche ménagère. En bonne pédagogue, elle évoque les nuits où elle a veillé cet enfant et tant d’autres marques de soin et d’amour maternel en ajoutant « cadeau ! après l’évocation de chacune ». L’enfant comprend et finit par accepter le micro job qui lui a été proposé en ajoutant lui-même « cadeau ! ».

Le charme tient tout entier dans la voix de Marie et dans celle de l’enfant. Mais la pédagogie perdure. La morale est simple : ce qui a sans doute le plus de prix, n’a pas de coût.

Voilà, c’était mon quart d’heure « béni, oui, oui »

Faire parler les arbres (2)

Il y a 12 ans (déjà..) je proposais au Maire de Bordeaux, Alain Juppé, de faire parler les arbres et rendre l’écologie lisible c’est à dire de mentionner le nom de chaque espèce sur le tronc des éléments les plus spectaculaires de nos jardins publics, mais aussi d’ajouter sous les plaques des rues, cours ou allées, bordées d’une seule espèce, quelle était cette espèce. Ainsi les Bordelais sauraient qu’ils sont abrités par des hêtres, des micocouliers de Provence ou autres platanes et leurs noms leur deviendraient familiers comme les arbres eux-mêmes.

On n’aime et on ne connait vraiment que ce qu’on sait nommer. J’ai aimé bien davantage les micocouliers de mon voisinage en connaissant leur nom, ravissant au demeurant et en les reconnaissant en d’autres lieux. Ce principe est universel et c’est tant mieux : c’est une grand part de ce qui fait de nous des humains.

Que fit le Maire d’alors : il se pencha sans doute sans en rien dire sur la première partie de la proposition et, après quelques mois, afficha sous forme de QRcodes, lisible avec une téléphone portable, le nom des plus spectaculaires éléments de nos jardins publics. Sympathique et instructif mais malheureusement, sélectif, car le grand père qui se promène avec son petit fils n’a pas forcément son portable sur lui et pas d’avantage l’envie de déchiffrer ce qu’il pourrait lui apprendre. De même le gamin qui traverse le jardin avec son cartable ne jouera sans doute pas au détective, alors qu’il aurait sans effort enregistré le nom d’un platane ou d’un cèdre simplement et sobrement écrit.

Cher notre nouveau Maire, cher Pierre Hurmic, apprenons le nom des arbres et des plantes aux jeunes -et moins jeunes- Bordelais. Ce sera un trésor pour toute leur vie, enrichira leur vocabulaire et développera leur curiosité. Quand aux vieux Bordelais , ils seront réconfortés de découvrir qu’un cèdre a été planté il y a un siècle et demi et parait se bien porter.

Que du bonheur. Les plantes, les parfums, les couleurs, sont des amis que l’on apprivoise comme le petit Prince a apprivoisé sa rose.

Ca bouge pas mal à Bordeaux métropole

Aujourd’hui vient d’être élu à la présidence de @bxmetro Alain Anziani, Maire de Merignac, 2ème ville de la Gironde. Je ne mettrai pas en parallèle le fait que je n’y siège plus puisque je ne me suis présenté à aucun mandat électif mais avouons que c’est un moment un poiluchon désagréable et que j’aurais aimé voter pour Alain.

En 2001, quand Gilles Savary m’a choisie pour être la première femme de sa liste municipale (c’était le premier scrutin paritaire), il a souhaité que j’ai l’onction de Alain Anziani qui était alors premier Secrétaire fédéral du Parti Sociale. Telle une première communiante, je me suis exécutée, ai confessé que je n’appartenais à aucun parti, ni à aucun syndicat à l’exception de celui que j’avais créé, le syndicat des chefs de clinique hospitaliers. Ce ne fut pas un entretien, mais une rencontre véritable et depuis lors je partage avec lui une amitié solide, du moins je le pense, et une confiance que nous avons pu éprouver mutuellement. Alain une personnalité solide, mesurée et qui a la particularité relativement rare de ne pas penser qu’à la politique et de réfléchir à un truc bizarre : la condition de l’homme. A l’époque de ma confession, le journal Sud Ouest avait consacré une page à trois « jeunots » de la politique : Alain, Patrick Bobet et ma pomme. Les deux premiers ont été réunis aujourd’hui et se sont passés le flambo, la 3 ème s’était faite porter pâle…

La métropole est un enjeu majeur. L’air n’est pas plus pur d’un côté à l’autre de la rue qui sépare Bordeaux de Merignac ; il devrait en être de même d’une rive à l’autre de la Garonne et mes dernières interventions furent à ce sujet. Les difficultés sociales sont concentrées sur la rive droite, un meilleur équilibre social doit être trouvé pour que le « grand Bordeaux » soit aussi vigoureux que le Grand Lyon. Fine mouche, et même au delà, Jacques Chaban-Delmas avait « annexé » (mot affreux) Caudéran au détour d’un Conseil municipal, s’assurant une majorité de droite qui n’a cessé qu’après 73 ans. Le Bordeaux que j’aime doit trouver un autre équilibre. Rive droite et gauche doivent évoluer d’un même pas vers une métropole sociale et écologique.

Alain, Pierre, Jean François, Jean-Jacques, Jean … (Zut, il n’y a que des garçons), à vous de jouer ! Bords-d’eaux comme son nom l’indique a deux rives et un seul avenir. Mes voeux comme mon amitié vous accompagnent.

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel