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L’été n’est pas fiable

Les nouvelles catastrophiques s’accumulent de par le monde et l’été lui même donne l’impression de cacher de mauvaises surprises. Sitôt un moment de soleil parait-il s’installer, un voile de nuages, une bourrasque de vent l’écartent, le décolorent, le chassent…

Ce comportement de faux ami, est particulièrement sensible sur la plage à l’infini qui borde la côte landaise. S’y ajoutent les bruits… Les bruits des enfants qui jouent dans les déferlements puis s’interrompent à l’arrivée massive d’une vague plus lourde que les autres. Les conversations des passants sous ma fenêtre, qui choisissent finalement de rentrer, de se couvrir, de ne plus rien espérer aujourd’hui de cet été mauvais joueur et ami décevant.

Ecrire, pas grand chose, quelques lignes, mais écrire, sauvegarder un morceau de liberté, un morceau de soi-même ; avoir le droit de dire et de décrire, même si une évasion réelle parait inatteignable.

L’été de tous les dangers

Sur un fond continu de pandémie, des inondations destructrices en Allemagne et en Belgique, des incendies ravageurs en Grèce, en Turquie et en Kabylie où les paysans pleurent leurs animaux brûlés qui font l’essentiel de leur revenu. Et, comme un remake, un tremblement de terre en Haiti où, une fois de plus, les habitants cherchent des survivants sous les gravats.

Le malheur ne se compare pas pour celui qui le subit ; pourtant, d’un autre ordre, un nouveau drame se noue dans ce pays lointain qu’est l’Afghanistan. Aujourd’hui le gouvernement en place annonce «un « transfert pacifique » du pouvoir aux mains des Talibans qui est en réalité une reddition . Le chef de l’Etat Ashraf Gani a aussitôt quitté Kaboul, laissant la porte grande ouverte aux brutalités de tous ordres.

Parallèlement le Haut conseil des Nations Unies pour les réfugiés alarme le monde sur le risque de détérioration de la condition des femmes : retour au mariage forcé dès l’enfance, port de la burka, interdiction d’éxercer une profession, lapidation.. »

La présence européenne puis américaine a tenu pendant une vingtaine d’années une sorte de couvercle sur ces menaces. Ceci au prix de millions de dollars et de centaines de soldats morts ou psychiquement déstabilisés. Effort unanimement considéré comme un fiasco mais qui se solde par un fiasco pire encore.

Que faire ? Y a-t-il quoi que ce soit que l’on puisse tenter qui n’ait pas déjà échoué ? Je crains que personne à ce jour n’ait la moindre idée d’une solution et moins encore d’une chance. Laisser des milliers de femmes retourner à la barbarie nous fait tous et toutes trembler. 

Pourquoi écrire fût-ce un court billet quand on n’a rien à dire ni à faire que manifester sa stupeur ? Les associations de femmes les plus puissantes n’auront sans doute pas plus d’écho sur la nouvelle gouvernance afghane que le petit colibri de Pierre Rahbi qui ramassait sur les feuilles des gouttes d’eau pour les jeter surla forêt en flamme. 

Ce que je fais ne sert à rien, mais au moins je le fais, pensait le colibri..

Habsbourg, vous avez dit « Habsbourg »?

Une conversation* dont je dirai ultérieurement la nature, rappelle à ma mémoire une rencontre qui était entrain de sombrer dans l’oubli…

Il y a un nombre d’années certain, la publication d’un des mes livres m’avait amenée à Genève, pour un interview de la radio suisse. Parvenue à l’accueil, on me demande de décliner la raison de ma présence, le nom du journaliste concerné et, bien sûr mon « nom, grades et qualités ».

Delaunay, Michèle… Delaunay, ne pose pas de problème au personnel d’accueil. L’interviewé suivant décline lui aussi son identité :

– « Habsbourg, Otto…  »

Je me retourne sans le vouloir devant ce nom prestigieux. La réaction du préposé, quant à elle, ne se fait pas attendre..

  • « Habsbourg, ?.. ça s’écrit comment « Habsbourg.. ? »

Je croise alors le regard de celui vers lequel je me suis retourné un instant plutôt. Parfait gentleman, il ne peut pourtant pas retenir un sourire de complicité, mais se reprend aussitôt et décline avec un calme appliqué l’orthographe de son nom « H.A.B.S.B.O.U.R.G » et précise « OTTO »..

Nouvel échange de regards, sympathique et légèrement souriant de sa part, admiratif du mien devant sa parfaite retenue..

Otto*, n’était finalement que l’héritier d’une dynastie dont le nom a marqué plusieurs siècles de l’Histoire européenne. Membre du Parlement Européen dont il est un élément très écouté, sans doute n’a-t-il par l’habitude d’épeler son nom, mais il n’en a rien montré. Pour ma part, j’ai été presque vexée que Delaunay (tout attaché..) ait été parfaitement orthographié sans la moindre précision..

  • La conversation portait sur Madame la Consule générale d’Allemagne à Bordeaux, Comtesse d’anciennes noblesse et habitante estivale d’Hossegor ; laquelle je souhaite convier à un « apéro coucher de soleil » sur ma terrasse au bord de l’océan. Je précise que lien qui nous unit n’est pas le nombre de nos « quartiers » mais l’amitié de notre commun plombier (à vrai dire aussi, le jumelage Bordeaux-Münich)

** Le titre officiel de mon complice d’un instant est « Otto de Habsbourg-Lorraine, Archiduc d’Autriche ». Ce n’est pas le titre lui même qui importe, bien qu’il suppose un monument de culture, mais la qualité de l’homme, grand européen, homme politique reconnu, et Président de la commission « pour le français, langue européenne ».

Le mur

Il y a 60 ans aujourd’hui a commencé la construction du mur de Berlin qui s’étendit ensuite à toute la frontière de la RDA séparant de fait notre continent en « est » et « ouest » et marquant le début très concret de la guerre froide

La presse en fait aujourd’hui peu de cas de cet anniversaire et pourtant en plus de la puissance politique du fait, le mur fit des centaine de victimes tentant de fuir la RDA.. Il fallut attendre 1989 pour le voir tomber aussi concretement qu’on l’avait vu s’ériger..

Deux souvenirs très concrets s’attachent à ce mur. Le premier fut un voyage à Berlin avec les jeunesses européennes fédéralistes. Nous résidions à l’ouest dans une auberge de jeunesse et je me souviens d’une discussion avec un Allemand de l’ouest venu nous rencontrer et plaider bien sûr pour la réunification qu’il n’était pas sûr de connaitre de son vivant*. C’était pour lui une blessure bien compréhensible et nous fîmes avec lui la « visite » du mur et d’un musée du mur où plein d’images et de souvenirs des franchissements dramatiques qu’il avait causé.

Le deuxième souvenir est celui de la soirée où le mur a commencé de tomber*. J’étais alors à Marseille pour un congres médical. Et quand la nouvelle arriva ainsi que les premières images télévisées nous dinions dans un restaurant sur le port. Mon voisin, le Pr Bernard Ackerman, américain juif, dont la famille avait émigré aux Etats-Unis dans la période de la guerre, fut pris d’inquiétude et ne se leva pas pour voir les images des premières traversées du mur.

La réunification ne fut pas immédiatement vécue par tous comme un soulagement. Mauriac lui même eut cette phrase inoubliable « Je n’ai jamais autant aimé l’Allemagne que quand il y en avait deux.. ».

Heureusement, l’avenir a donné tort à ces craintes…

  • Cet Allemand avait une trentaine d’années. Il est plus que probable qu’il ait vu ses souhaits exaucés comme nous le souhaitions tous.
  • 9 novembre 1989

Algérie, suite (ou plutôt, prémices..)

Mon attirance pour l’Algérie avait une raison plus souterraine : la « guerre » que l’on n’osait nommer ainsi.

Pendant la presque totalité de cette guerre, nous vivions à Pau où mon père était Préfet, et je me souviens avec une très forte précision des coups de téléphone qu’il recevait quand un jeune appelé issu des « Basses Pyrénées » * avait été tué sur le terrain. Sa voix changeait, il demandait des précisions sur le lieu du drame, les circonstances… Cela marqua dans ma mémoire le nom des villes d’Algérie, voire des rues dAlger. Ces noms étaient évidemment exotiques à mes oreilles mais ils devinrent familiers*, la radio complétant la marque faite par les appels téléphoniques.

Mon père se faisait un devoir de téléphoner personnellement aux familles qui étaient parallèlement visitées par un militaire ou un officier de police (je ne sais plus) lequel bien évidemment se déplaçait au domicile de la famille.

Sur place quelques années plus tard, j’ai découvert que chacun des noms de ces « villahias » avaient changé tout en restant pour la quelques unes reconnaissables** et les dénominations nouvelles se superposèrent presque naturellement aux anciennes sans les effacer. L’Algérie a, depuis lors, conservé dans ma mémoire quelque chose de familier. Je n’y avais eu aucun parent ni ami, si ce n’est le nom de quelques préfets ou fonctionnaires qui avaient exercé dans ce pays du temps qu’il était français. A proximité de la fin des hostilités, il avait été question que mon père soit nommé à Alger. Cela n’a pas eu lieu, et si je ne peux dire que je l’aurais souhaité, cela ne m’était pas indifférent… A la place, il a été un peu plus tard nommé directeur général de la RTF (qui ne s’appelait pas encore ORTF) et l’Algérie a continué à être fortement présente puisqu’il y eût à ce moment le putsch d’Alger et l’information (ou la censure) sur le sujet ne constituaient pas une question légère…

*Bougie, Constantine, El Golea, Montebello, Duquesne… Avouons que beaucoup de ces noms étaient ceux de militaires français ou de lieux d’anciennes victoires, ce qui sonne aujourd’hui comme quelque peu malencontreux..

** Bougie, par exemple, est devenu Bejaia

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