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La dernière ligne gauche

Le meeting de la Concorde a scellé le dernier en date des revirements de Sarkozy, et pas le moindre. Bien sûr que la BCE pourra investir des liquidités pour soutenir la croissance ! Que n’y avais je pensé plus tôt ! Que n’en avais-je proclamé l’urgence en face de Mme Merkel !

Et que bien sûr ! Celui qui contestait au futur Président de la République la capacité de renégocier le traité de stabilité européenne (tout en menaçant de sortir de Schengen) vient de briser le pacte qui lui avait valu les faveurs de la chancelière. D’une certaine manière, il y a là un certain fair-play : il a retourné en 3 phrases notre premier partenaire en faveur de François Hollande.

Ce n’est qu’un exemple. Dans cette campagne comme dans les 5 années de son mandat, Sarkozy improvise. Un coup ici, un coup là et finalement toujours dans l’inconstance et dans l’incohérence. Qui, à propos, en dehors de l’étiquetage de la viande halal et du permis de conduire, peut citer UNE proposition du candidat-Président pour les cinq années à venir ?

Sarkozy godille, Hollande trace. Sur le terrain, la situation n’est pas meilleure. Aucun militant ump sur les marchés, rien dans les boîtes aux lettres. La « Lettre aux Français » qui devait faire lever une vague irrésistible reste pudiquement dans les sous-pentes des militants;  33 pages, 6 millions d’exemplaires, c’est limite encombrant mais tout vaut mieux qu’un retour massif à l’expéditeur qui ajouterait le ridicule à l’incurie.

Demeurons dans notre ligne. Dans cette combinaison d’artisanat politique fait de rencontres de terrain, de distribution d’un programme qui n’a pas changé depuis janvier alors que l’ump proclame que Hollande multiplie les dépenses, mais aussi d’éffervescence sur internet, de débats et de meetings.

Il n’y a pas plus droit que la ligne gauche.

Bordeaux, ma ville, où sont tes édiles, où est ton panache ?

Il y a eu Valmy, il y a eu Austerlitz, il y a eu Waterloo, mais presque toujours dans l’histoire de notre France, il y a eu du panache.

Il y a eu Roncevaux et cet inconnu de Roland sonnant du cor pour rallier les troupes du futur Charlemagne. Le panache, encore lui.

Trois heures ce matin au marché des Chartrons à Bordeaux. S’il est un lieu où le moindre élu de gauche est vécu comme l’avant-garde des chars soviéques, c’est bien là. Et pourtant. Et pourtant aujourd’hui.

Près de 70 ans d’un pouvoir de droite à Bordeaux. Un premier édile qui est le premier soutien de Sarkozy. Et à 8 jours de l’élection présidentielle qui va décider du destin de la France, de ses choix, de ses options, pas un ump au Marché des Chartrons ! Et toujours pas un document du parti présidentiel dans les boites aux lettres.

Dans la grisaille qui s’éclairait par intermittences, entre deux épisodes d’une petite pluie fine, plutôt timide, mais capable de transformer une candidate aux législatives en un vieil O’Cédar, les plus bobos ce matin venaient m’interroger: « Mais, ils sont où, les autres ? » (je cite mot à mot).

Ils sont où ? Tous à la Concorde, sans exception aucune ?

Prévoit-on un grand meeting à Bordeaux autour de notre premier édile ? Et c’est à moi qu’on vient demander la réponse, l’explication, sur le plus bourge (et sans doute dans le plus beau décor) des marchés de Bordeaux.

 

Instant

Les fleurs de marronniers, droites comme des bougies sur un arbre de Noël et fugitives comme Noël lui même ont apparues ce matin. Petits pétales roses, fragiles, haut juchés que le vent éparpillera peu après.

La nature est très cruelle et bonne pédagogue.

Vive la République ! Vive la France !

Serais-je de ceux qui, en lieu et place du coup de collier final, prennent subrepticement de la distance avec leur héraut pour préparer l’échéance prochaine ?

Ceux-là ne sont guère dans le camp de Hollande, serais-je donc la seule ?

On appréciera au passage la balance racinienne de cette belle interrogation. Je ne m’écarte point en réalité; et peut-être au contraire, est-ce bien un Ministère que je brigue à mon tour. Je m’en explique.

Dans les dernières interventions de Hollande, un point m’a frappé. Que dis-je: un point ! Le manque en réalité de sa forme exclamative surmontant le dit point d’une goutte allongée et alerte.

Je m’honore de faire partie de l’Association de défense du point-virgule mais j’outrepasse ici les objectifs qui réunissent ses militants. C’est bien d’un point d’exclamation que je veux porter en haut lieu  l’exigence, ralliant du même coup gaullistes et mitterrandiens.

Je dis régulièrement sur le terrain (et je pense profondément) que jamais de Gaulle, moins encore celle que l’on appelait avec affection « Tante Yvonne », ne voterait Sarkozy. Dans le corpus de mes raisons, la belle et légitimie progression par laquelle a toujours conclu le Général dans ses voeux comme dans ses discours :

« Vive la République ! Vive la France ! »

Le Général fut en cela suivi par Mitterrand. On ne s’en étonnera pas.

Le point d’exclamation n’est pas à l’ordinaire le fer de lance de mes combats. On en abuse aujourd’hui plus que raison. Il affaiblit, en en soulignant péniblement la volonté d’enthousiasme, nombre de déclarations.

Mais dans le beau duo gaullien cité plus haut, la séparation entre les deux phrases est indispensable. Elle souligne que ces deux grandes et belles dames à laquelle on souhaite vie sont deux entités également vénérée, également chéries, avec cependant une progression l’une étant une entité née de la raison (la République), l’autre construite avec la chair et le sang de générations qu’elles réunissent entre elles.

Eh bien, dans ses derniers discours, avouons-le, François, notre François, lui dont le prénom porte haut la sonorité de cette France qu’il s’agit de proclamer, a failli dans le travers chiraco-sarkozien :

« Vive la République ET vive la France ! »

Voilà nos deux déïtés dans un même sac, trop petit pour elles et qui tend à les assimiler l’une à l’autre. Voilà toute l’envolée du discours, sa montée par paliers, son culmen final, expédiés dans une formulation faite au contraire pour qu’un mot ne l’emporte pas sur l’autre et, en fin de compte, pour en diviser par deux l’importance. Lafontaine ne s’y trompait pas :  « le corbeau et le renard » partage en deux l’intérêt de la fable à défaut du fromage qu’un seul emportera.

Je parlais d’un Ministère. Je ne fais pas mystère ici de mes intentions et vais de ce pas dépêcher mon billet sur le canal privé où se pressent ceux qui comme moi légitimement revendiquent reconnaissance.

C’est en effet celui du point et de la virgule qui mérite de m’échoir.

 

 

Et si le changement, c’était déjà un tout petit peu maintenant ?

Retour de terrain. La campagne est en train de changer. Il me semble (je dis bien : il me semble) que l’atmosphère n’est déjà plus tout à fait la même. Que les attentes, les espoirs, ces certitudes intérieures inavouables, presque inconscientes qui font que nous nous répondons avant même d’avoir posé les questions, ont commencé de changer de camp.

Juppé se tait au lieu de donner le coup de collier final dans la campagne de Sarkozy. Les gens recommencent de traverser la rue pour me serrer la main comme après ma victoire de 2007. Ce sont des baromètres incertains, les seconds surtout, mais ils relèvent de cette couche infra-consciente du cerveau qui a, plus qu’à son tour, le dernier mot quand on se retourne sur l’avenir déjà passé.

Dans les boîtes aux lettres, Hollande l’emporte à 10 contre 1 sur Sarkozy. Cela par contre ne veut rien dire du résultat, mais de l’état d’esprit des militants, ou des consignes qu’ils reçoivent. On ne peut qu’être lourdement interrogé qu’une semaine après le battage médiatique accompagnant la parution de LA « lettre aux Français » de Sarkozy, ses 33 pages, son liseré bleu-blanc-rouge, le flon-flon de son appel aux valeurs, personne ne l’ait encore trouvé à Bordeaux, ville du numéro 2 du gouvernement, dans sa boîte ni sur les marchés. Nul Ministre non plus pour en commenter les mérites alors qu’ils se sont tous répandus sur les risques insensés du programme de Hollande. Curieuse conception du soutien à son camp.

Que se passe-t-il ? Début de rétropédalage des soutiens de Sarkozy, qui joueront demain les conseillers que l’on n’a pas écoutés et les rédempteurs de la droite ? Attente d’un événement nouveau, retournant les pendules et les sondages?

Il me semble que c’est bien tard. Les « coups de filet » électoraux n’ont servi à rien. La provocation des boucheries halal, non plus. Une guerre interplanétaire ou un embrasement des banlieues ne me paraissent plus pouvoir creuser l’écart. Restons-en donc au bon sens, à l’examen des programmes, à la réflexion intérieure.

C’est dans les mains de chaque Français qu’est le destin de la France et c’est une bonne nouvelle.

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel