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l’éphémérité durable du blog (3)

Le blog a cinq mois. Le « baby-blog » de juillet-aout, dont les archives sont toujours consultables, va son chemin, « clavard » à loisir et, pour moi en tout cas, à plaisir. Beaucoup de commentaires me ravissent, et sans doute ne suis-je pas la seule, parce qu’ils en éveillent d’autres, que cette balle dont Blaise Pascal parlait, que l’on se lance en lui impliquant chaque fois une force ou une direction un peu différente, va sa course d’un bon train. Ainsi désignait-il les idées et cet art plus profond qu’il n’y parait qu’est la conversation et que nous avons décidé d’appeler ici « clavardage ».

J’ai eu à l’occasion des billets précédents un plaisir particulier à tous les commentaires, sérieux ou légers, sur l’usage de la langue. Hier, un hommage à Alain Rey, coupable soit disant, de n’être plus assez jeune et interdit d’antenne pour cela. Sans doute n’est-ce qu’une vérité partielle et j’incite à « faire remonter » notre désir de voir sa chronique se prolonger sur France-inter. Cela aussi relève de la « socio-responsabilité » des citoyens.

M’attriste un peu dans le blog son « éphémérité ». Le mot n’est pas tout à fait justement construit : le suffixe -ité indique un état durable (féminité, judéité… ) au contraire de ce qu’exprime « éphémère » ; mais c’est une fausse contradiction : la condition de l’homme n’est-elle pas durablement, éternellement, d’être éphémère ?

J’ai indiqué dans un billet de juillet que j’avais pensé prendre ces trois initiales fmr pour titrer et signer le blog ; ceci par analogie avec nrf et on a remarqué que les couleurs du blog étaient celles de la collection blanche de Gallimard et de cette « nrf » qui a si fort compté dans la vie culturelle française. Curieusement, un commentateur de bref passage a signé un jour FMR..

« Ephémérité » disais-je. Le blog est écrit et consulté au jour le jour. Trois pages sont vues en moyenne par lecteur à chaque visite (j’ai accès à des statistiques de fréquentation). Mais l’éphémérité qui me peine, c’est la venue de commentateurs qui disparaissent ensuite, alors que leurs paroles devenaient un des éléments constitutifs du blog. Madeleine, si fine et si sensible, Dantes, Frederic, d’autres, se sont évanouis dans la liquidité pâle qui constitue l’apparente matière de mon écran.

Ces petits mots que je dépose en douce, entre deux activités réputées plus sérieuses ou, plus souvent, au bas d’une journée, constituent pour moi comme un rendez-vous furtif, un petit morceau de temps volé, une connivence avec des amis, connus ou inconnus, pas toujours amis d’ailleurs, mais disposés à échanger et à discuter. Je dis souvent que mes idées ne m’intéressent pas trop, parce que justement je les connais, quelquefois de longue date, mais en trouver d’autres, venues d’ailleurs, déposées avec la même liberté sur cet écran qui nous devient commun, oui c’est un vrai grand plaisir.

Voilà, le soir approche, j’avais juste envie de clavarder dans le silence.

FDAEC : KEZAKO ?

Le FDAEC ou Fonds d’Aide à l’Equipement des Communes, est comme on ne le sait pas assez, une participation non obligatoire, consentie par le Conseil Général aux communes du département. Chaque année, les conseillers généraux choisissent, sur proposition des villes petites ou grandes de leur territoire, de subventionner des équipements qui leurs paraissent aller dans le sens des engagements de leur collectivité. En Gironde, ces engagements sont clairs : solidarité, politique d’égalité des chances, agenda 21. Ce dernier terme, que personnellement je trouve imperméable signifie que nous nous engageons dans « le développement durable ». Je n’aime pas beaucoup plus ce mot, car le terme « développement » est contestable. Mais ce n’est pas le sujet de ce soir.

Les propositions de la mairie de Bordeaux pour le FDAEC 2006 ont été comme toujours éparpillées entre différents postes : une poignée de porte, un rebord de trottoir là. J’éxagère un poil, mais c’est quand même le jeu habituel : proposer des actions minimes pour que le soutien du Conseil Général soit le moins visible possible. Je vous promet, je ne suis pas spécialement acariâtre. Ferions-nous de même dans la situation inverse ? Je ne l’espère pas.

Le FDAEC 2006 m’a posé des problèmes particuliers qui méritent d’être racontés. Pardonnez-moi d’être un peu précise dans le texte qui suit (alors que j’ai au contraire, ce dimanche soir, après une journée majoritairement de travail, l’humeur plutôt facétieuse). C’est un sujet important et je ne veux rien écrire qui ne soit juste.

(suite…)

Le soleil se lève aussi (19)

Un soleil brillant et pâle, autant argent qu’or, frappe ma fenêtre à travers les branches maintenant complètement dénudées de mon marronier. Je viens de lire le commentairre de Taniwha au billet 17 : lui, a saisi ce soleil à son coucher sur le bord d’un lac. Continuité. Ce qu’il a quitté, je le retrouve, une même attention aux couleurs du monde, à la marche des jours et des saisons, nous unit. Ce n’est pas un mot en l’air : c’est une communauté très forte que cette proximité des événements de la nature.

Samedi de petit-gris (17)

Samedi de petit-gris et de pluie tristounette. Le petit-gris est une fourrure, complètement hors mode, peut-être même n’en ai-je jamais vu, et qui n’a en principe rien à voir avec novembre. Mais tant pis, c’est venu comme ça, et ce qui vient « comme ça » est souvent plus juste que ce qui vient autrement. C’est un des drames de l’écriture et sa fondamentale injustice : ce qui est donné vaut mieux que ce qu’on cherche.

Le petit-gris était partout ce matin au marché du Grand Parc, peu fréquenté aujourd’hui, de chalands comme de marchands. Comment faire pour que ce marché, merveilleusement situé, où l’on peut aisément stationner si l’on vient de loin, concurrence celui du Colbert, en plus populaire, plus sans-façon, avec des produits de qualité mais de moindre prix? Je rêve que le marchand d’huitres (excellent) ait en plus de son étal deux ou trois tables où l’on puisse, quand passe midi discuter, avec l’un ou avec l’autre autour d’un verre de blanc sec. Un marché de petits luxes accessibles qui contribuerait à rendre au Grand Parc sa place au coeur de la ville.

A ma table maintenant, je me mets au travail. L’après-midi n’est pas encore trop avancée, j’ai à peu près fait mon programme côté « choses de la vie ». Je fais partie de ces heureux qui aiment travailler. J’ai toujours eu le sentiment d’une sorte de privilège (même si ça me casse aussi souvent les pieds) de m’abstraire du monde pour écrire un article, réunir une bibliographie ou comme tout à l’heure, bosser sur le conseil municipal. « L’étude » comme on disait autrefois, est une chance, et c’est un des reculs majeurs de l’éducation de ne pas faire partager suffisamment l’idée de cette chance. Quelles que soient les difficultés -et on sait que les diplômes ne sont pas une garantie en soi- « savoir » reste la clef de « pouvoir ».

J’ai trouvé un jour une lettre adressée par une formidable pédagogue à un couple qui venait d’adopter un jeune enfant. Elle disait « quelle que soit votre fatigue ou votre lassitude d’un jour, ne lui montrez jamais le travail comme une peine ou comme une punition. Faites qu’il en ait envie ».

Je crois que c’est un bon principe. Même si quelquefois, je me dis à moi même la formule de Beckett en réponse à la question « pourquoi écrivez-vous ? ». « Bon qu’à ça », avait-il répondu dans un style laconique, plus Beckett que nature. Bonne qu’à bosser peut-être quant à moi…

Juste une histoire en rentrant de l’école

Longue journée. Sans gloire et sans reproche. Cette parodie du regretté chevalier Bayard pour dire que j’ai fait au moins mal ce que je devais, mais que je n’ai pas pu faire au mieux ce que je voulais. J’ouvre à l’instant le blog comme je l’ai fait tant d’années du « cahier » : un bon et brave cahier (devenu des dizaines de bons et braves cahiers), puis un ordinateur à partir du jour où ils ont été aisément portables, plus pesants que des cahiers, mais capables de m’accompagner dans ma vie de pierre qui roule.

Je finis donc la journée avec le blog comme je le faisais (comme j’essayais de le faire) avec mon cahier. Les journées trop remplies de trop peu au regard du temps investi, ont ce redoutable pouvoir de se retourner contre vous dès que la lumière est éteinte. Ce n’est pas « D’où viens-je, où vais-je et qu’est-ce qu’on mange à midi ?  » mais une variante « Que fis-je, où allai-je, et comment dormir cette nuit pour recommencer les mêmes conneries demain ? » . On pardonnera la familiarité du propos : comme l’humour, les mots dits grossiers sont quelquefois « l’impolitesse du désespoir ».

Un des problèmes de nos journées est le temps passé dans les déplacements. Un écrivain oublié (Jacques Peret) disait que « la navigation de plaisance était le moyen le plus sûr pour aller d’un endroit où on s’ennuie à un endroit où on n’a rien à faire ». Les déplacements dans les villes (Bordeaux porte cet art à son comble), sont le moyen le plus catastrophique pour aller d’un endroit où l’on a beaucoup à faire à un autre où on s’ennuie malgré le même nombre de choses à faire. J’ai beau calculer, organiser, aller de l’hosto au Conseil Général aux heures de moindre trafic, il y a toujours la réunion qu’un organisateur inspiré a mis dans un quartier paumé ou dépourvu de toute chance de stationnement, qui ruine les meilleurs plans. J’en arrive présentement, plutôt grognon comme on se doute.

Voilà. J’ai raconté tout ça à titre thérapeutique. J’ai la chance d’écrire comme je parle, ou plutôt d’avoir deux langues maternelles : la parole et l’écriture. Pas tout le temps, mais la plupart du temps. Je raconte ma journée ce soir un peu comme une histoire, avec l’impression de la proximité ; un peu à la manière des enfants quand, eux, réclament d’écouter un histoire : pour la familiarité, la chaleur de l’échange, la démonstration souterraine de la liberté de l’imagination et de sa supériorité relativement aux contraintes de la vie.

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel