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Interview roboratif, sous la plume de Christian Seguin, dans Sud-Ouest de ce matin (édition locale du 20 octobre) L’interviewé, Olivier Besse, réalisateur et metteur en scène de son état, est un type formidable 1- parce qu’il pense la même chose que moi 2 – parce que je pense la même chose que lui. C’est pas si souvent qu’il ne faille en profiter.

La même chose que lui sur la conception générale du « relooking » de Bordeaux et son déficit en chaleur humaine et en vision esthétique. Je le disais récemment dans une réunion publique à la Bastide : on nous fabrique une ville d’énarque, doublée d’une ville de polytechnicien ; ce dernier étant particulièrement chargé du plan de circulation et de la formidable complication des trajets qui sont imposés aux automobilistes par un jeu subtil de sens interdits qui rompent les lignes droites au profit de lignes brisées et de labyrinthes que seul un polytechnicien peut concevoir. Geométrie très post euclidienne des formes, austérité des matériaux, avec quelques touches de gaieté comme ces grandes tombes noires qu’on a aligné place Pey Berland en guise de bancs sous des miradors de ciment supposés éclairer. Olivier Besse se prend à rêver qu’un jour les Bordelais se réveilleront avec l’idée de peindre la grisaille des pavés wilmotte. Dommage que nos « MJS » (les jeunes socialistes) qui ont réussi à égayer la campagne municipale n’y aient pas pensé les premiers. Quelques mètres de pavés revus aux couleurs des œuvres de Sonia Delaunay (je choisis au hasard) auraient montré, mieux qu’un long discours, la ville que nous voulons.

Que le génie ait épargné la rive droite est un faible mot. Faire dans ce site unique en Europe la cité des flots bleus, avec comme ligne architecturale, ce qu’on aurait pu concevoir dans les années 80 sur les rives de la midouze à Mont-de-Marsan (là aussi, je choisis au hasard). Le dialogue avec la façade du XVIIIème que les Bordelais appelaient de leurs vœux, en pensant par exemple au Guggenheim de Bilbao ou aux parois de miroir noir des buildings de Houston, tourne court et bien mal. Le XXIème siècle débutant à Bordeaux ne fera pas un gros chapitre dans les histoires de l’architecture urbaine.

Place de la victoire , une colonne napoléonienne attardée dont le rosé s’accorde bien mal au pierres des façades. Place Stalingrad, un lion supposé poster la modernité au seuil de la rive droite ; œuvre sans gaieté dont la couleur glacée a, reconnaissons-le, quelque chose à voir avec Stalingrad et les glaces qui ont emprisonné les chevaux du lac Ladoga. C’est à la suite de ces deux exemples qu’Olivier Besse suggère de poster un chameau place Gambetta, dans l’espoir qu’un jour une oasis, des jeux d’eau et des fontaines, des œuvres colorées ou mobiles viennent trouer cette ville minérale.

Olivier Besse constate, il n’est pas tout à fait isolé dans cette opinion , qu’il manque « un double humain au maire, quelqu’un de majeur sur le terrain du mal être ». Magnifique formule marquée de la patte de Christian Seguin. Je regrette souvent en conseil municipal que tous les textes proposés à nos délibérations soient également empreints de contentement de soi et d’une imperméabilité de béton au moindre questionnement, au moindre doute, sans parler de concevoir même qu’une solution différente puisse exister et mériter d’être écoutée. Ce « quelqu’un de majeur » sur le terrain de l’interrogation et de l’échange est radicalement absent des bancs de la majorité municipale.

Il manque en réalité plusieurs doubles au Maire. C’est sans doute à nous d’en jouer le rôle. Et c’est pour ça que rien n’est perdu.

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