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Dernières heures à Phnom Penh. De retour il y a peu de la visite du camp S21, un parmi d’autres des camps de détention et de torture des Khmers rouges entre 75 et 79, c’est à dire hier matin.

Celui-ci est au coeur de la capitale, vidée en quelques heures de tous ses habitants après l’entrée des Khmers rouges et capitale, si l’on peut dire, de l’extermination puisque la majorité de ceux qui savaient lire et écrire s’y trouvaient. Le plus grand crime, l’identification immédiate comme ennemi de la révolution, était le port ou la possession de lunettes qui dénonçaient « l’intellectuel ». Professeurs de médecine, mécaniciens, ministres, employés, tous (la grande majorité au moins) ont connu le même sort barbare.

Il m’est impossible d’écrire ce que le guide francophone nous a décrit. Il avait 15 ans lors de l’entrée des Khmers rouges dans la ville. Il a échappé à la détention mais a partagé la longue marche de la population urbaine vers les zones rurales. A pied et bientôt pieds nus. Puis mis dans un camp de travail d’enfants et de jeunes de 10 à 16 ans, creusant le sol à mains nues, du lever au coucher du jour.

Au camp de détention où entraient 100 personnes par jour, on torturait pendant une période de 1 à 6 mois, quel que soit l’âge ou le sexe, puis ceux qui avaient résisté, avaient échappé aux pendaisons, à la noyade dans des cuves d’excréments, à la mort par coups de gourdins pour économiser les cartouches, étaient embarqués dans des camions et exterminés devant des fosses à une quinzaine de kilomètres de la ville.

Hommes, femmes, petits enfants. Je m’arrête là. S21 était le code de talkie walkie du chef du camp. Quant au lieu du camp, il avait été choisi sans doute non sans intention : c’était l’ancien lycée français. Un tableau noir en témoigne encore, au milieu des immenses panneaux portant le visage des victimes qui étaient dûment toisées et photographiées avant d’être enchaînées par des anneaux à des barres de fer, en lignes de 50, comme les noirs dans les bateaux de la traite. Au moment de la libération du camp, 7 ont été libérées, les autres ont été torturées et égorgées en dernière minute.

Je pensais en sortant de la visite à cette phrase de Saint-Exupéry, citant son ami Guillaumet alors que celui-ci avait marché cinq nuits et cinq jour dans la cordillère des Andes après la descente accidentelle de son avion : « Ce que j’ai fait, aucune bête ne l’aurait fait ».

Et surtout une question : comment, instruits par l’histoire récente, avons-nous pu ne pas savoir et/ou ne rien faire ?

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