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Samedi de petit-gris et de pluie tristounette. Le petit-gris est une fourrure, complètement hors mode, peut-être même n’en ai-je jamais vu, et qui n’a en principe rien à voir avec novembre. Mais tant pis, c’est venu comme ça, et ce qui vient « comme ça » est souvent plus juste que ce qui vient autrement. C’est un des drames de l’écriture et sa fondamentale injustice : ce qui est donné vaut mieux que ce qu’on cherche.

Le petit-gris était partout ce matin au marché du Grand Parc, peu fréquenté aujourd’hui, de chalands comme de marchands. Comment faire pour que ce marché, merveilleusement situé, où l’on peut aisément stationner si l’on vient de loin, concurrence celui du Colbert, en plus populaire, plus sans-façon, avec des produits de qualité mais de moindre prix? Je rêve que le marchand d’huitres (excellent) ait en plus de son étal deux ou trois tables où l’on puisse, quand passe midi discuter, avec l’un ou avec l’autre autour d’un verre de blanc sec. Un marché de petits luxes accessibles qui contribuerait à rendre au Grand Parc sa place au coeur de la ville.

A ma table maintenant, je me mets au travail. L’après-midi n’est pas encore trop avancée, j’ai à peu près fait mon programme côté « choses de la vie ». Je fais partie de ces heureux qui aiment travailler. J’ai toujours eu le sentiment d’une sorte de privilège (même si ça me casse aussi souvent les pieds) de m’abstraire du monde pour écrire un article, réunir une bibliographie ou comme tout à l’heure, bosser sur le conseil municipal. « L’étude » comme on disait autrefois, est une chance, et c’est un des reculs majeurs de l’éducation de ne pas faire partager suffisamment l’idée de cette chance. Quelles que soient les difficultés -et on sait que les diplômes ne sont pas une garantie en soi- « savoir » reste la clef de « pouvoir ».

J’ai trouvé un jour une lettre adressée par une formidable pédagogue à un couple qui venait d’adopter un jeune enfant. Elle disait « quelle que soit votre fatigue ou votre lassitude d’un jour, ne lui montrez jamais le travail comme une peine ou comme une punition. Faites qu’il en ait envie ».

Je crois que c’est un bon principe. Même si quelquefois, je me dis à moi même la formule de Beckett en réponse à la question « pourquoi écrivez-vous ? ». « Bon qu’à ça », avait-il répondu dans un style laconique, plus Beckett que nature. Bonne qu’à bosser peut-être quant à moi…

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