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Mon premier (modeste) acte politique fut une pétition contre l’exécution de Caryl Chessman et contre la peine de mort en général. Les souvenirs rattachés à quelque événement d’importance ont ce mérite qu’on peut en retrouver la date. C’était en 1960, j’avais donc 13 ans et faisais mes humanités dans le lycée de filles Camille Jullian à Bordeaux. 

Les filles y étaient alors en blouses à fins carreaux rouges qui effaçaient toute comparaison sociale et nous ne nous en trouvions pas plus mal. L’idée même que ces filles globalement très studieuses pussent être à l’origine d’une pétition concernant un sujet extérieur à la vie lycéenne n’était pas imaginable. L’affaire me valut très vite une convocation au bureau de la proviseure. Cette honorable demoiselle était une proviseure de bande dessinée : âgée, sèche, rébarbative et constamment habillée en noir. Seul le fait qu’on l’appelait mademoiselle précise seul mon souvenir, son nom, pourtant alors redouté, a disparu.

Rencontre peu amène me souvient-il mais ma position de fille de préfet et de plutôt bonne élève m’évita l’exclusion même transitoire et aussi le signalement aux parents qui, entre nous, n’en auraient pas été si mécontents. Un simple rappel à l’ordre conclut l’affaire sans que le but de ce modeste mouvement lycéen ait jamais franchi les grilles de la cour de récréation. J’ose dire que j’en fus décue : sans espérer emporter l’amnistie de Caryl Chessman, j’attendais meilleur écho.

J’ai parlé de la faveur qui entourait ma position de lycéenne. Elle n’était que peu mise à l’épreuve de la part de la proviseure car j’étais plutôt bonne fille mais, au contraire, beaucoup plus visible venant du professeur de français. Je pouvais écrire n’importe quoi , la meilleure note me revenait au point de m’inspirer une stratégie de contrôle. 

Je proposais donc à deux de mes proches camarades d’écrire leur rédaction. Etait-ce alors une rédaction, une composition française ou une dissertation ? je penche pour la « composition française » mais sans aucune certitude. Je pondais donc trois « compositions » et nous tirâmes au sort … Hélàs, la meilleure note revint comme à l’habitude à la copie qui portait mon nom, ce qui me confirma dans une vision néo marxiste de la condition humaine qui ne connut d’ailleurs aucune suite tangible, ni ne suscita d’engagements tant soit peu révolutionnaires.

*Caryl Chessman n’était pas un condamné ordinaire. Il avait écrit trois livres pendant sa détention et sa responsabilité dans de nombreuses attaques et surtout dans plusieurs viols ne fut jamais totalement démontrée. Il n’était en tout cas coupable d’aucun meurtre et son exécution par chambre à gaz conserve aujourd’hui encore tout son caractère révoltant. 

De son vivant, comme après, son histoire a fait couler beaucoup d’encre et Serge Gainsbourg lui a consacré une chanson « Qui se souvient de Caryl Chessman ? ». La chanson, sensée dénoncer la peine de mort, est restée inédite. 

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