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J’ai eu dans mon jeune temps, la chance peu commune d’entretenir une relation très proche avec deux magnifiques escaliers, que l’on peut presque qualifier d’esacaliers d’honneur. Tous les deux avaient une dimension monumentale sans être inhumaine, des marches de bonne hauteur mais sans trop afin de convenir aux pas de tous âges. L’un et l’autre avaient deux grandes volées séparées par un court palier et tous les deux voyaient leurs marches adoucies par un tapis retenu par des entraves de métal doré. Bref, l’ensemble était très noble en même temps qu’amical ; en un mot, tous les deux, je les aimais.

Je ne sais pas clairement pourquoi je parle d’eux à l’imparfait. Certes, je ne les fréquente plus, même si je vois l’un, sans l’emprunter, à peu près chaque année mais ils sont là, quelque part, pas très loin, toujours également nobles, entretenus avec soin et sans qu’aucun malheur ne les ait frappés malgré leur grand âge.

Ces deux escaliers étaient et sont toujours des escaliers de résidences préfectorales. Je regrette de ne pas les avoir figés dans une photographie car quelques détails me manquent, mais l’essentiel demeure : ces escaliers permettent aux humains ordinaires d’aller d’un étage à un autre sans excessive fatigue et avec un réel plaisir artistique.

Le premier, dans l’ordre de leur rencontre avec moi, est éclairé d’un immense vitrail. Un homme à cheval, comme dans une bande dessinée, y profère une phrase qui est demeurée dans l’histoire « Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez sur le chemin de l’honneur et de la victoire ». La main du cavalier semble désigner ce chemin et inviter à le suivre ; beaucoup sans doute comme moi en ont eu le désir.

J’ai retrouvé ce même homme à l’intérieur de l’Assemblée l’Assemblée nationale, debout sur un gros cube de marbre. Sur ce piedestal il s’exprime  il s’exprime avec la même noblesse : « la violente amour que je porte à mes sujets m’a fait trouver tout aisé et honorable ». La main, là aussi accompagne le propos, et l’amitié que j’avais concue des années plus tot envers lui n’en a été que confirmée

J’ai tenté de faire durer le mystère, mais cet homme est bien Henri IV et mon premier escalier se situe à Pau, non dans son château, mais comme précédemment dit dans l’hôtel préfectoral de cette ville.

Le deuxième escalier n’est entouré que de murs ; de très beaux murs blancs et moulurés qui ne le déparent en rien. Le pallier du rez-de-chaussée ouvre d’ailleurs sur un jardin d’hiver qui lui s’éclaire d’un ravissant vitrail de la fin du siècle dernier que je garde lui aussi en mon cœur. L’ensemble est lui aussi magnifique.

Je ne me souviens pourtant de ces escaliers remarquables que par le fait de les avoir survolés. Oui, je dis bien : volé au-dessus de leurs marches, de la plus haute à la plus basse. Il s’agit surtout du premier que je n’imagine pas même avoir jamais descendu un pied après l’autre comme un visiteur ordinaire. Je ne conserve tant d’années plus tard que cet envol, doux et sans risque, que je pratiquais sans limitation, ni interdiction d’aucune sorte, avec un plaisir paisible puisqu’il s’agissait pour moi d’un acte ordinaire et d’une capacité naturelle qu’éternelle.

Le deuxième escalier, c’est sans doute dans mes rêves, voire dans mes cauchemars que je l’ai survolé. Le temps avait passé, je savais sans doute encore voler mais je ne savais plus y croire…

Aujourd’hui, l’attrait des enfants pour l’ « aérien » est dénoncé par une élue écologiste qui craint d’y voir les prémices d’émissions carbonnées. Cet attrait, ce vécu féérique dans les airs est d’autant moins coupable qu’il me paraît peu lié aux avions et à leurs moteurs ronflants.  Léonor (c’est son –très joli- prénom) n’a pas plus à craindre des envols d’enfants qu’à celui du petit Prince lui-même qui s’élevait dans le ciel tiré par un éventail d’oiseaux . 

Saint Exupéry était aviateur, mais il avait sans doute volé bien avant de savoir piloter et ses rêves, comme ceux du Petit Prince et comme mes modestes vols d’enfant des villes au dessus des escaliers, n’avaient pas besoin de moteurs.

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