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En 2013, le mode de scrutin cantonal a été modifié, de même que le découpage des cantons.

Le premier objet du nouveau découpage était d’harmoniser le nombre d’habitants au sein de chaque canton. Celui-ci pouvait jusque-là varier de.. 4000 à 40000, ce qui amenait à une disparité inacceptable de la représentation des Français. Le deuxième était d’élargir le territoire de chacun de manière à y élire non plus un, mais deux conseillers généraux (de plus en plus souvent nommés « conseillers départementaux », de même que le « conseil général » tend à devenir le « conseil départemental », ce qui va dans le sens de plus de lisibilité).

L’objet de l’élection dans un même vote et un même territoire est d’assurer la parité dans une Assemblée qui jusqu’alors en manquait gravement et durablement. La loi sur la parité elle-même n’avait permis qu’un frémissement paritaire et une faible progression des élues féminines.

En 2014, avant les prochaines élections, on ne compte en effet que 13% de conseillères générales. Autrement exprimé, il y a plus de 8,7 hommes pour 1,3 femme. En Gironde, ce sont seulement  12 femmes qui représentent leur territoire.

Atterrant. L’objectif du nouveau mode de scrutin cantonal doit donc être salué. Il permettra, en un seul scrutin, d’établir une parité qui sans lui aurait tardé plusieurs décennies. Pour mémoire en 1945, il y avait 6% de députées femmes. En 1995, 50 ans après, elles étaient 5%… La masculinitude a en politique (ailleurs ?) une force d’inertie considérable.

Sauf  que  l’objectif de parité ne se réduit à deux chiffres sur une feuille. Le mode de désignation des candidats risque fort de dévoyer le principe même de la parité, qui est bien évidemment l’égalité, non seulement en nombre mais en « droits et en dignité ».

On l’a vu, c’est parmi 87% de conseillers généraux sortants que l’on va trouver la grande majorité des candidats masculins. Hors grand âge et perte de motivation à poursuivre sa fonction, ces « sortants » bénéficieront de la prime de notoriété sur leur territoire -particulièrement en territoire rural où cette notoriété est grande-  ; bien sûr aussi de leur bilan et de leur connaissance des règles du jeu.

Craignons qu’il n’aient tendance à compléter leur binôme parmi les femmes qui leur sont proches, qui ont travaillé avec eux et envers lesquelles ils ont une confiance particulière. Ainsi beaucoup de candidates femmes risquent d’être majoritairement choisies par un homme, par la connaissance qu’IL a d’elles et l’estime qu’IL porte en ses qualités.

Ceci risque d’être particulièrement dommageable pour l’esprit même de la parité si le vote de désignation des candidats par les militants de chaque parti se fait lui aussi en binôme. Une femme nouvelle venue, accompagnée d’un homme qui ne sera pas un sortant, sera a priori très désavantagée au moment de ce vote.

Au contraire, si le vote a lieu individuellement, entre les candidats hommes d’un côté et les candidats femmes de l’autre, la personnalité de la femme, son expérience et son engagement propres, ses arguments propres seront seuls à jouer pour elles. Elle sera égale en dignité avec tout autre candidat, masculin comme féminin.

Disons-le plus concrètement : je ne me serais jamais présentée à une élection , cantonale ou pas, dans l’ombre d’un candidat masculin qui m’aurait sollicitée pour le « compléter « . J’ai affronté les votes de désignation comme individu plein et entier, me présentant avec ma personnalité, mon projet, mon programme propres à moi seule. J’exclus de cette prise de position les scrutins de liste où l’on se situe dans un groupe, tout en remarquant que les hommes en tête de la liste ne sont pas tous totalement pénétrés de l’esprit de parité.

Le binôme cantonal une fois installé dans la fonction (à l’issue de la désignation et du scrutin officiel), la femme élue dans le sillage d’un sortant ou d’une personnalité masculine déjà installée, aura grand mal à trouver sa pleine autonomie. Le temps risque d’être long où l’homme qui est venu la chercher, la considèrera peu ou prou comme une collaboratrice ou une assistante. Une fois encore, je ne généralise pas, mais la pratique du monde politique m’incite à une grande prudence.

La parité dans son essence même qui est l’Egalité et pas seulement l’identité de nombre, risque de pas y trouver son compte. Pas non plus celles qui depuis des lustres combattent pour qu’elle soit autre chose qu’un chiffre ou un mot alibi.

 

 

 

 

 

Comments 8 comments

  1. 18/10/2014 at 10:14 Klaus Fuchs

    Quelle conclusion à tirer du billet de Michèle: pour non seulement obtenir une parité du nombre, mais des chances égales pour les femmes qui se veulent porter candidates de façon autonome , il faudra organiser des votes personne par personne et pas binôme par binôme. Cela permettrait aussi à celles qui n’ont pas de partenaire binôme de se porter candidate et avoir une chance d’être élue par les militants indépendamment d’un candidat masculin.

  2. 18/10/2014 at 10:17 Fredde

    je vous trouve bien prudente dans vos explications : combien y aura-t-il d’ « épouses » , de filles, de proches amies parmi celles qu’on ira « chercher » comme vous dites. Que les électeurs y regardent d’assez près pour comprendre et donner leur vote à celles qui ont des idées nouvelles et qui veulent prendre leur place dans un monde qu’il faut renouveler.

  3. 18/10/2014 at 10:52 Cratum

    Ça n’a pas de sens. Sous prétexte de parité on placera telle personne à la place d’une autre même si ses qualifications sont moins adaptées à la situation. La parité imposée homme-femme demanderait la même parité pour les noirs, les chômeurs, les retraités… Impossible. L’urgence serait déjà que ceux qui votent FN soit représentés car c’est une partie de la population qui ne se définit que par son choix politique, en dehors de questions de sexe ou de couleur de peau. Les élites ont choisi de verrouiller le système et c’est profondément injuste.
    Quant à la parité sexuelle par la loi, c’est comme interdire le racisme: un aveu d’impuissance.
    La question est « pourquoi les femmes sont-elles sous représentées en politique? ». Il faut faire évoluer les mentalités (ou le système peut-être) sans imposer qui que ce soit pour arriver à une représentation globale de la population au plus juste.

  4. 18/10/2014 at 12:19 Marco Loraison

    Ce mode de désignation binominal paritaire aura un sens le jour où justement autant de femmes que d’hommes seront « sortantes »mais pour l’instant le risque que vous dénoncez a bien un sens. Le conseil général est bien souvent un scrutin favorisant les notables locaux et, que chacun regarde dans son territoire, ces notables sont rarement féminins et le risque est qu’ils se perpétuent en s’adjoignant une personnalité plus faible pour pouvoir le demeurer.
    La gauche à l’origine de ce mode de scrutin ne peut pas faire l’économie d’y réfléchir et de tenter de le pallier par une désignation ouverte et individuelle.

  5. 18/10/2014 at 12:50 Klaus Fuchs

    Cratum est un peu naïf en misant sur la raison et la bonne volonté . En attendant d’arriver par ce biais à une égalité hommes-femmes dans la représentation politique, il faut qu’il ait beaucoup de patience. Les hommes sont surreprésentés sur les postes au pouvoir et ne sont pas prêts à s’éclipser. Il faut des mécanismes institutionnalisés, il faut des lois parité, il faut des quotas, même si cela est quelque part une insulté pour les femmes qui mériteraient mieux. Et quant à exiger , au nom de la parité, le même traitement pour le FN(!), les noirs , chômeurs etc. : cette logique est totalement à côté de la plaque dans une République qui a bien un principe h/f dans la constitution, mais rien de semblable pour la représentation publique des autres pas comparables avec les femmes (majoritaires dans la population!) et pour lesquels il y a le principe de non-discrimination général; et quant à demander carrément la parité pour le FN, il n’y a aurait donc plus d’élections mais des quote-parts pour tous les groupes et groupuscules politiques à la proportionnelle, ou quoi?

  6. 18/10/2014 at 20:30 fan club

    Je serais plutôt pour cumuler les avantages : prendre la parole sur une tribune + être décorative ( cela permet de rassembler davantage de suffrages qu’une candidate au physique  » ordinaire « , la nature humaine… )

  7. 19/10/2014 at 10:52 Fredde

    Cette « adaptation » de la parité aux vieilles pratiques politiques n’est pas insignifiante et les féministes ne s’expriment pas assez. On ne les a pratiquement pas entendues quand on a perdu le ministère des droits des femmes pour en faire un secrétariat d’état rattaché aux affaires sociales. Les femmes, des cas sociaux ? Un bien mauvais message et presque personne n’a réagi.

  8. 19/10/2014 at 15:28 XX(en opposition à XY)

    Un silence déconcertant des associations féministes sur la question du ministère descendu de charge et confié aux affaires sociales. j’ai pas compris.

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