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Première promenade de l’été. Pour quelques heures à Hossegor, où ce blog l’an passé a plus ou moins commencé à prendre forme. Depuis que je suis enfant, ces retours devant mon océan marquent le cycle des années, et immanquablement, dès la première marche le long de l’eau, l’inventaire se fait dans ma tête de ce qui a marqué l’année écoulée ou au contraire de ce qui l’a laissée uniforme et plate malgré des journées pleines et l’apparence de l’agitation. Un an, dans une vie qui est faite pour en contenir combien ? Un an d’une vie, et un jour celui où je ne reviendrai pas.

Beau temps fragile qui porte la marque presque insaisissable du gris brumeux et des accès de pluie des jours passés. Les matins sont ici ce que je connais de plus libre au monde. Chaque promeneur, devant l’éternité inviolée de ce décor, est le premier homme. Chaque promeneur ressent à la fois l’étonnement et l’inquiétude d’exister, dans une nature à la fois amicale, douce aux épaules, fraîche aux jambes et indifférente, sûre de sa constance, sûre d’être là bien longtemps après cette promenade et des milliers d’autres.

J’enregistre à l’instant sur mon petit dictaphone, ce que je transcrirai tout à l’heure sur l’ordi (et « tout à l’heure » sera devenu « à l’instant »). Ces petits morceaux décousus sont-ils compréhensibles ? Sans doute tenterai-je l’expérience quand je reviendrai pour un moment plus long d’utiliser un appareil plus contemporain et de verser l’enregistrement directement sur le blog. Il doit bien y avoir quelque manoeuvre magique qui me permette de faire un « audio-blog », à la façon dont mes jeunes coéquipiers de la campagne électorale ont introduit des « video-blog ». On entendra alors derrière les paroles le petit « rouf-rouf » des vagues brisantes à mes pieds, le curieux sifflement du moindre souffle de vent dans le micro, ou par moment le petit cri d’un enfant sautant dans l’eau. C’est tout ce petit monde que je retrouve dans les cassettes quand je les retranscris et il n’est pas sans signifiance et sans interférence avec la parole qui les couvre en partie. C’est certainement une conversation que ces marches du matin, une conversation très longue dont personne, pas même moi, ne pourrait dire l’année où elle a été enregistrée. Les événements extérieurs en sont presque totalement absents et je pourrais sans doute copier ici une cassette « écrite » il y vingt ans sans que rien ne permette de la situer dans le temps.

C’est dimanche, au coeur de la saison, et pourtant la longue plage est encore presque déserte. Les plus beaux moments sont ici les plus préservés. Ce n’est guère qu’à partir de midi que les vacanciers descendent la dune pour accomplir leur devoir de bronzage. Il y a quelques personnes au monde auxquelles je voudrais livrer tous les secrets de ces heures. Plus profondément encore, je voudrais que tous les enfants du monde puissent y avoir accès et les découvrir eux-mêmes. C’est un luxe finalement assez simple de marcher devant soi, le long d’un horizon sans limites, à l’heure où la journée est encore largement ouverte aux attentes et à toutes les formes du possible. La journée, dans l’enfance, c’est la vie elle-même, et la découverte de cette « promesse de l’aube » qu’on fait dans la solitude, dans le silence, et jamais mieux que devant un horizon libre est une expérience essentielle au désir de s’accomplir.

En copiant ces morceaux de promenade quelques heures après les avoir enregistré, je ne sais aucunement s’ils ont la moindre cohérence. J’interromps en cours pour ouvrir mes dossiers « prison » et préparer la conférence de presse que je tiendrai demain pour attirer l’attention sur les mesures qui viennent d’être prises (la loi de lutte contre la récidive) et qui se préparent.

Comments 3 comments

  1. 22/07/2007 at 16:56 M.V.

    Je ressens très fort les paroles et l’émotion de Michèle devant l’océan.
    Quand j’étais plus jeune et que le manque et la soif d’absolu me tenaillaient (cela s’apaise en viellissant, c’est peut-être une forme de sagesse,ou de résignation?), je n’étais soulagée que si j’atteignais le terme de mon chemin. Traverser les campagnes, gravir les montagnes n’y faisait rien; le terme était l’océan, sa limite était une délivrance, un accomplissement.

  2. 22/07/2007 at 20:19 douce-amère

    L’océan n’était pas le pays de mon enfance mais j’ai appris à l’aimer, en automne, au soleil couchant, par le miracle d’un rayon vert. J’étais içi en pays étranger mais l’étrange a du bon. Mes sentiers avaient parfum de foin coupé, de fougère et de fleurs de chataîgners mais j’ai connu d’autres paysages de sables brûlants aux couleurs d’ocre, de vents du nord et d’algues fraîches. Mon pays est celui de me soleils levants et je sais maintenant qu’il y aura toujours quelqu’un pour en parler comme je le sens. Merci Michèle d’être ce que vous êtes.

  3. 23/07/2007 at 13:07 Bruno

    Merci, Michèle, non seulement de nous faire partager tes émotions mais, surtout, de prendre le temps de rester présente sur ton blog. Tant d’autres se diraient occupés, débordés… Et pourtant, tu l’es certainement.
    Bonne semaine !

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