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C’est presque une question philosophique, un sujet de dissertation pour candidat bachelier : un merle gris peut-il être tenu pour un merle blanc ? Faut-il se contenter de la rareté ou exiger l’exceptionnel ? En un mot : faut-il désirer l’absolu ou se contenter de l’approcher ?

Mais c’est bien de merle qu’il s’agit, encore qu’à l’occasion la question pourrait faire l’affaire pour le Parti Socialiste. Point du tout, point du tout, mon merle est un merle, du moins j’ai toutes raisons de le penser.

Il s’agit d’un visiteur nouveau et inconnu de ces lieux qui eux me sont connus de longue date. D’un merle, il a la taille, le bec jaune, le cri, la relative familiarité, mais voilà : il est gris. De deux gris exactement : gris bleu, façon tourterelle pour le corps, gris ambré, presque orangé pour la tête. Des merles noirs, très classiques, comme la mode d’hiver va encore une fois nous l’imposer, l’accompagnent à l’occasion, ce qui constitue un argument supplémentaire pour le classer dans la famille, pas si grande que ça comme on va voir, des turdidés.

Dans l’encyclopédie Larousse des oiseaux de France et d’Europe, dont je recommande la lecture apaisante, pas question de merle gris: ni gris, ni de quelque autre couleur que le merle tout venant. Google est d’une meilleure aide et j’y découvre en premier que « gris merle » est l’expression que l’on utilise pour la couleur des chiots, allez savoir pourquoi puisqu’il n’y a justement guère de merle gris. Quelques dizaines de références plus loin, apparait un merle d’Amérique (turdus migratorius) que son ventre orangé disqualifie de ma recherche et de toutes manières cet Américain ne fréquente pas nos côtes. Dernier méritant examen, un merle gris de Lorraine (turdus hortulorum), lui aussi bicolore et bien éloigné du mon nouveau visiteur. Je mets pour les amateurs les images de ces membres éloignés de la famille turdus dans le photoblog.

Reste le merle blanc. C’est moins l’animal que l’on connait que la relative gloire que lui a donné Musset en s’identifiant à lui pour en faire un petit livre, passablement oublié. L’expression, elle, ne l’est pas, ni sa variante masculine et humaine. Synonyme d’oiseau rare, le merle blanc frôle à l’exceptionnel, avec ce que cela suppose d’incompris et de mal aimé, d’artiste rare dont on n’a pas mesuré les talents et qui se tient prêt pour un grand destin. De ceux-là, nous en connaissons à foison. Au PS y compris.

L’animal (non politique) existe pourtant, et j’ai bien cru un instant l’avoir rencontré, malgré le doute qui m’habite obstinément et cet a priori philosophique que j’évoquais en ouvrant ce billet qui me fait craindre, chaque année davantage, que le blanc absolu, le blanc plus blanc que blanc, seuls Omo et Ariel soient en mesure de le promettre, sinon de l’obtenir.

Chez les turdidés, en tout cas, cet exemplaire d’exception existe bel et bien. Le merle blanc est au au merle noir ce que l’albinos est à l’humain ordinaire, légende en plus. Je connais trop peu les moeurs des turdidés pour savoir si, au demeurant, il souffre la ségrégation et le rejet qui a longtemps précipité vers un sort misérable les albinos d’Afrique. Turdus est-il ouvert à la diversité culturelle et jusqu’à quel point ? La question demeure irrésolue.

Alors qu’en est-il de mon merle gris ? Comme on verra dans mon photoblog, j’en ai réussi quelques clichés (médiocres mais « turdus innominatus » ne se laisse guère approcher), à preuve que je ne vous raconte pas d’histoire, même dans le léger relâchement politique que je goûte en vacances. J’ai accompagné son image de celle de turdidés homologués, dont on verra sans peine qu’ils sont au plus des cousins lointains.

« Il ne sèment pas, ils ne récoltent pas, mais leur père du ciel les nourrit ». J’aime les oiseaux, au moins autant j’aime les reconnaître et les nommer et volontiers, pour les apercevoir, je seconde leur père du ciel par de larges poignées de graines amicalement choisies.

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