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La victoire d’Obama est la victoire d’une qualité gravement tombée en désuétude : la maîtrise de soi.

Tous les analystes, tous ceux qui l’ont accompagné pendant ces deux années de campagne, insistent sur le trait dominant de son caractère : le « contrôle » et la discipline. Ils décrivent son calme, presque son flegme, en tout cas son attitude parfaitement adaptée à chaque situation et à ce qu’il veut être et représenter dans chaque situation.

Dit comme ça, avec ces mots-là (« contrôle », « discipline »), ce n’est pas très « sexy », et pourtant, entre l’étudiant Obama et le Président Obama, il y a d’abord, avant tout, cette qualité que tout bat aujourd’hui en brêche « the control ».

Un des livres décisifs de ces dernières années, décrivant avec inquiétude les éléments de fragilisation de notre société, son mal être et sa faiblesse intrinsèque, s’appelle « the loss of control ». L’homme contemporain, soumis à trop de sollicitations, de « divertissements » au sens pascalien du terme, de possibilités de fuite ou d’anesthésie (la drogue, les jeux, la bouffe, les achats…), s’en remet , et se démet de son souverain pouvoir de contrôle sur lui-même, et donc sur les événements.

Les commentateurs de l’élection d’Obama entament en choeur le thême du « rêve américain ». Et en effet, ils ont en partie raison. Quarante ans après « Devine qui vient diner ? » où Sydney Poitier incarnait un Obama précoce dans une Amérique encore figée, Barack Obama joue le rôle osé de « Devine qui est Président ? »

Le temps est enfin venu du métissage et du mélange des races, des idées, des interrogations, et il a su mettre un coup de pied accélérateur dans cette évolution et surtout, il a su l’incarner. Mot magique depuis que l’homme est homme, et peut-être même avant.

Mais, aucun commentateur ne parle de ce que représente vraiment la victoire d’Obama. Et je reviens sur ces termes peu sexy : la victoire de la maîtrise de soi, the « victory of control ».

Pour détendre ce billet un peu sévère, j’ai envie de citer Obama (très approximativement) : « je me suis aperçu que je ne pouvais plus me gratter le nez, et que je devais ressembler non seulement à ce que j’étais mais à ce que l’on attendait/espérait de moi ».

Quelques politiques, de par chez nous (suivez la multiplicité de mon regard) devraient écouter cette parole de sagesse quasi-stoïcienne.

Je me souviens d’avoir vu quelques images de la rencontre Obama-Sarkozy à Paris. Ce que j’ai vu n’était qu’un flash, que beaucoup ont pris au premier degré. Obama, calme et souriant, disait « je remarque l’incroyable « activité » de votre Président ; et je lui ai demandé ce qu’il mangeait pour cela… »

La citation n’est pas exacte mot à mot, mais elle est exacte au fond et, pour autant, assassine. L’audace de l’expression « ce qu’il mangeait pour cela » m’a saisie.

Ce n’est pas le « rêve » américain qu’Obama incarne, mais l’esprit pionnier et les qualités qui portent cet esprit.

Puisse-t-il tenir la longueur. Le job est ardu et le chemin aride et savonné.

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