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La République a bien des mystères et j’ai la faiblesse de penser qu’aucun n’est innocent et moins encore, insignifiant. Sans doute est-ce d’ailleurs pour découvrir ce sens profond, cette volonté souterraine et immémoriale, que tant d’élus ont à coeur, de mandats en mandats, de perdurer et de poursuivre leur recherche.

Relativement récente en la matière, je me flatte pourtant d’avoir progressé : la forte signification du protocole -si souvent bafoué en particulier en terre de Guyenne- m’est connue jusque dans le détail ; la belle trilogie des couleurs de notre drapeau comme celle de nos valeurs républicaines m’est familière, même si cette dernière n’en a jamais terminé à me démontrer son urgence et la multiplicité de ses développements.

L’un de ces mystères me reste entier.

Il concerne la table du Conseil des Ministres, autour de laquelle l’honneur et la confiance m’ont été faites de m’assoir à 14 reprises déjà. Pas la table elle-même à vrai dire mais de modestes objets qui y sont disposés.

Une pendule d’abord : le modèle est ancien, voire historique, mais l’objet est en état de marche et son positionnement à mi-chemin entre le Président et le Premier ministre me laisse accroire qu’elle garde pour principal objet de donner l’heure.

Outre la pendule, pas grand-chose, sauf… quelques feuilles de papier, en quantité modeste, harmonieusement déposées à portée de mains de l’ensemble des Ministres sans prérogative particulière de leur titre, y compris du 1er d’entre eux.

C’est une interrogation non résolue, à l’égal de celle de la poule et de l’oeuf, de savoir si la feuille de papier l’emporte en importance sur le crayon ou l’inverse quand il s’agit d’écrire. Dans la signification républicaine, il m’apparait que c’est le crayon.

Les ministres en effet, quels que soient leurs grades et qualités, voient leur place marquée par un crayon papier de traditionnelle mais noble facture. La signification républicaine est ici évidente : ce crayon trouve sa place d’un même bon aloi sur la table d’un écolier du 9/3 et sur celle de nos Ministres régaliens. Sa couleur bordeaux, sobre et de bon ton, sa mine affutée, sa marque « Conté » de haute tradition et -je l’espère- de fabrication française, unit dans un même désir d’apprendre et de concevoir l’ensemble des citoyens français. Le choix doit en être salué.

Le mystère apparait avec la présence en face du Président de la République et du Premier ministre d’un même crayon, de calibre supérieur et muni d’une double tête comme d’une double mine : l’une rouge, l’autre bleue.

La robe du crayon est également double : une moitié est colorée de rouge vif, l’autre d’un bleu intense. Toutes deux d’égale longueur grâce à un affutage respectueux des équilibres et des majorités.

Par cette dernière remarque je m’engage dans la quête du sens. A son sujet j’ai interrogé jusqu’au secrétaire de l’élysée, M le Mas, brillant élève de la promotion Voltaire de l’ENA mais surtout n’occupant pas son actuelle éminente fonction sans raison. Il n’a pu me renseigner davantage que me répondre « que cela avait été de tout temps ainsi », aggravant d’autant l’épaisseur du mystère. Une tradition que ni Giscard -désireux de modernité- , ni Sarkozy -soucieux d’autorité et de rupture- n’a rompue doit aller bien au-delà des apparences.

A prime analyse, c’est bien sûr l’existence de deux têtes, qui l’emporte en signification. Point n’est besoin de relire l’ensemble de la Constitution, ni la suite de celles qui ont émaillé l’histoire de notre République, pour comprendre la répartition des rôles et des pouvoirs entre Président et Premier ministre. Mais alors, la couleur ?

Que l’une de ces têtes soit bleue et l’autre rouge, pourrait indiquer une préférence républicaine pour la cohabitation et on sait qu’il n’en est rien. Sans doute faut-il chercher dans ces deux couleurs un hommage à l’alternance. Le double crayon étant pérenne, il faut que chaque changement de majorité y trouve sa légitimation. J’en suis présentement à ce stade dans ma réflexion, bien consciente que je ne l’ai pas menée à son bout.

Je surveille étroitement ces deux crayons. Toujours parfaitement taillés, dans un équilibre non moins parfait entre le bleu et le rouge, ils ne paraissent pas soumis à un excès d’usage par les augustes mains auxquels ils sont destinés.

C’est sans doute tant mieux : je n’ose avancer que la fabrication en soit encore vivace et je vais m’en ouvrir au Ministre du redressement productif : voilà peut-être un champ qu’il n’a pas exploré. Remettre un crayon à deux têtes à chaque écolier à l’occasion de sa première leçon de morale laïque en lui en expliquant toutes les significations et les prolongements serait susceptible, au-delà même du rôle éducatif, de revigorer une industrie lourdement mise à mal par les marqueurs et feutres japonais et autres outils d’écriture à l’usage souvent aléatoire car toujours secs quand on les voudrait toujours prets.

Je n’ai pas achevé ma quête de sens et il me reste parmi d’autres à résoudre une question : pourquoi tant d’élus, voire tant de ministres, troqueraient  le noble crayon papier dont tous disposent, pour l’un de ces crayons à deux têtes ?

 

 

 

 

 

Comments 22 comments

  1. 09/09/2012 at 13:41 sylvie

    A propos de crayon :

    quel est le comble du docteur ?
    tailler son crayon tous les matins pour qu’il ait bonne mine

  2. 09/09/2012 at 15:14 Loïc44

    mon grand père instituteur corrigeait les devoirs de ses élèves avec ce crayon à deux bouts. Il m’en reste quelques vestiges que je tiens à disposition de l’élysée si la production était interrompue

  3. 09/09/2012 at 17:11 James

    certains vont dire :elle n’a rien d’autre à faire, d’autres elle a bonne mine, mais moi je me dis elle a oublié de mentionner HB

  4. 09/09/2012 at 17:13 deruelle michelle

    Bonjour madame la ministre, et merci pour nous avoir ouvert la porte du conseil des ministres et ses secrets, beau conte, tradition française depuis quand? nous en aurions peut
    etre l’explication nous vous laissons sur la piste………..
    bonne fin de week-end ,la semaine prochaine nos chers députés vont rentrer ,la pelote va se dérouler et les textes vont sortir………….. bon courage a tous

  5. 09/09/2012 at 18:23 Jean-Claude Guicheney

    Madame la Ministre,

    Loin de moi l’idée d’avancer une quelconque explication ni d’esquisser une entreprise de déminage de cette énigme des feutres (pardon, crayons) républicains.
    Je me limiterais à quelques divagations supputatives.

    1) La force du rituel dans la symbolique républicaine, qui participe d’un cérémonial largement partagé et transmis au gré des républiques et des gouvernements, quelle que fusse leur sensibilité politique, pratique ou esthétique. Qui plus est, à un moment de l’histoire où les croyances, les valeurs et le crédit dans les institutions, politiques, économiques et scientifiques, sont profondément et durement mises à mal, il reste au moins ces crayons pour conserver un gage tangible et coloré de stabilité auquel s’accrocher, en dépit des grises mines de l’époque.

    2) Cet attachement quasi séculaire et presque inconsciente à l’objet, aussi interchangeable et dérisoire soit-il au gré des réunions, des chefs d’Etat et de gouvernement, pourrait relever d’une analyse psychanalytique, celle de l’objet transitionnel, cette « chose » infime, accessoire, et pourtant bien présente et en cela peut être rassurante au delà même de son rôle d’apparence utilitaire.

    3) Associé à la pendule, il prend également une dimension anachronique : celui du temps compté certes mais du temps que l’on prend aussi à l’heure de l’instantané pour poser sa pensée sur une feuille de papier avec cependant un mystère supplémentaire sur lequel vous ne dites mot : ce crayon, coloré ou non, est-il aussi d’usage ou simplement là pour, justement, ne pas être utilisé, les crayons comme les murs étant voués à conserver, dans leur substance d’objets, le secret des échanges et les détours des pensées ?

    4) Je reviens sur le caractère subliminal de ce crayon qui prend, dans l’actualité du jour, un nouveau relief. Le créateur de la marque Conté, Nicolas-Jacques Conté, était un peintre et scientifique français qui participa à l’animation de groupes de savants sous la Révolution, aux fins de fabrication d’aérostats et participa à la création du Conservatoire des arts et métiers. Alors que la France révolutionnaire était soumise à un blocus, il eut la charge de fabriquer un crayon permettant au pays de s’affranchir de l’importation d’une matière première (la plombagine) venue d’Angleterre. Ce qu’il fit en mélangeant du graphite à de l’argile. Il déposa son invention et créa une manufacture qui porta son nom … avant d’être rachetée par BIC en 1979 et, pour la partie « beaux arts » (Conté à Paris) par le groupe… britannique ColArt.

    Il y a au moins un membre de ce gouvernement auquel la contemplation de ce simple crayon pourrait révéler quelque inspiration de redressement minéral.

    Pardon pour ce commentaire sans queue ni tête à se mélanger les crayons.

    Avec mes cordiales et très respectueuses salutations.

  6. 09/09/2012 at 21:22 alphonse

    Guicheney, vous n’êtes pas allé assez loin dans l’article « crayon » de Wikipedia.

    Un peu plus loin que son histoire vous auriez trouvé « crayon bicolore » avec illustration univoque. C’est donc le crayon « télévision »….mais nous aboutissons avec cela au comble du prosaïque gouvernemental…
    Excellente homélie pour un de ces interminables dimanche après la Pentecôte, faute de mystères en nombre suffisant pour meubler toute l’année…

    Mais Guicheney…Guicheney….ah! j’y suis….Geneviève…
    Qu’est-ce que j’ai pu flasher sur elle….
    Amar en tiempos revueltos…
    Mais maintenant…c’est une huile…

  7. 09/09/2012 at 21:31 Colette

    Il est un peu difficile d’intervenir après le riche commentaire précédent. Néanmoins : J’aime depuis l’enfance ces crayons à deux têtes, qui tiennent bien en main et ont un marquage généreux sur le papier. Ce sont eux qui justifiaient les taille-crayons à deux trous d’inégal diamètre, dont l’un ne servait généralement pas, ceux dont le goût de métal au bout de la langue piquait un peu. Si ces gros crayons ne faisaient jamais partie des fournitures de la rentrée scolaire faute de besoin, j’en ai acquis l’usage à l’âge adulte, tant par utilité évidente que pour le plaisir. Dans un contexte donné, ils me servent à noter sur le papier -qui peut être rédigé au crayon mine HB, mais oui James – d’une part en rouge le point référentiel, le repère, la base de tout, d’autre part en bleu le projet. L’analyse, la réflexion va de l’un à l’autre, le rouge étant toujours la lumière en haut du phare… L’ordre est immuable, vraie boussole quels que soient les éléments.

    n.b. : Je craignais leur disparition, suis maintenant rassurée : vente et donc fabrication vont repartir plein pot.

    • 09/09/2012 at 21:35 Colette

      Le riche commentaire était à mes yeux celui de J. Cl Guicheney.

  8. 10/09/2012 at 11:21 François PELLEGRINI

    J’ai bien apprécié l’éloge du temps long, par rapport à l’instantanéité.
    Cependant, combien de ministres apportent-ils et ouvrent-ils leur ordinateur au Conseil ?
    Parce que, à l’ère du numérique, il est quand-même utile de disposer d’un moyen d’accès rapide à toute l’information que sa fonction commande de brasser. Et que, lorsqu’on a des notes à prendre, il est plus rapide de les taper rapidement et de les envoyer à ses collaborateurs que de les écrire à la main, puis les faire retaper, plus tard, avec les risques de fautes que cette re-saisie occasionne.
    Sur les photos, lors des réunions de cabinet en Allemagne, quasiment tous ont leurs ordinateurs ; en France, bien plus rarement.
    Je me souviens avoir été raillé par mes collègues universitaires alors que, jeune maître de conférences, j’étais le seul à allumer mon ordinateur aux réunions. Un collègue me disait que je n’en avais pas besoin, me montrant fièrement son stylo bille et son papier.Je lui ai répondu que, tant qu’à faire, il aurait pu venir avec son marbre et son burin.
    Aujourd’hui, quasiment tous les ont. On peut immédiatement demander à un collègue, par courriel ou messagerie, des informations sur le dossier qui est discuté, récupérer sur son disque dur ou sur Internet telle note ou dossier archivé et correctement indexé, voire (hérésie !) projeté en temps réel sur un écran pour l’édification de tous.
    Il semble dommage que, dans les cercles administratifs, l’intérêt de cet outil et de son (bon) usage ne soient correctement enseignés.

  9. 10/09/2012 at 11:27 François PELLEGRINI

    Évidemment, cela porterait atteinte au décorum.
    Quoique ?
    Que chaque ministre ait, à sa place, un bloc multiprise Louis XV pour recharger ses outils, ainsi qu’une prise vidéo avec un câble caparaçonné et galonné d’or pour le relier au vidéo-projecteur affichant son contenu à la demande sur le grand écran projetant, lorsqu’il est oisif, la grande toile de maître à sa place habituelle, ça aurait franchement de l’allure…
    Une alliance de la tradition et de la modernité dont notre pays ne pourrait que s’enorgueillir. 🙂

  10. 10/09/2012 at 14:42 PT

    Tartarin a parlé. Écoutons-le. « Je montre la voie… Je fixe le cap… Je sais où je vais… Je ne me défausse pas… J’assume… J’accélère… Je fixe les étapes… Je donne le rythme… Je suis en situation de combat… Je m’étais préparé… ». Bigre ! Il y a deux Hollande. Le modeste et le fanfaron. Celui qui joue l’humilité et celui qui joue la vaillance. Ils ne font qu’un : cela s’appelle un bravache.

    Il avait révélé sa nature dans sa péroraison, lors du fameux débat qui l’avait opposé à Sarkozy avant le second tour. On se le rappelle : « Moi, président de la République… ». Ce côté « on va voir ce qu’on va voir ! » Après quatre mois, on a vu. Croyez-vous qu’il en ait tiré la leçon ? Allons donc, il a récidivé hier soir, comme si de rien n’avait été, sans vergogne, avec un cynisme tranquille, cauteleux. D’un trait de plume, il efface allègrement les quatre premiers mois de son mandat. C’était pour voir, comme au poker. Il a le culot de nous dire : « Les cafouillages, c’est fini. » Et il ajoute : « Le temps est à la mobilisation. » Enfin !

    « Le changement, c’est maintenant. » Voyons, c’était une blague, on dit assez que je suis un blagueur sympa. Le changement, c’est pour dans deux ans, et encore, c’est plus exactement pour dans cinq ans. Donnez-moi cinq ans, vous verrez le résultat. Certes, « je m’étais préparé », mais l’urgence était de détruire ce qu’avait fait Sarkozy, « ce sale mec ». Ça n’a coûté que six milliards d’euros, ce qui est peu de choses.

    L’urgence ? On verra…

    La priorité aujourd’hui est d’élaborer un calendrier, on n’a plus de temps à perdre, un agenda, à l’instar de ce qu’avait fait Schröder il y a douze ans. Les réformes annoncées ? Je vais m’y mettre. Le marché du travail d’abord. Mieux protéger les salariés et soutenir les petites entreprises. Une gageure. Comment faire ? Ouvrir un dialogue social, bien sûr. Quand ? D’ici à fin 2012. Mais le financement ? On verra. Le financement de la protection sociale, ensuite. Par quelles ressources nouvelles ? Les entreprises et les ménages, évidemment. À quel terme ? Oh, d’ici à fin 2012.

    L’urgence est de trouver de l’argent. Plus de trente milliards. Je vais le prendre où il est : chez les riches. Dix milliards dans les entreprises. Tant pis pour la compétitivité et pour l’investissement. Dix milliards chez les particuliers, mais je ne sais pas encore exactement selon quels critères. D’ici à fin 2012 en tout cas. Et enfin les économies. Dix milliards également. Quelles économies ? On y travaille, on trouvera la solution.

    Voilà, à peine caricaturé, ce qu’on a entendu hier soir de la bouche de François Hollande, « moi, président de la République », moi qui « m’étais préparé », moi le changement, la justice, le redressement et la morale ».

    Philippe Tesson

  11. 11/09/2012 at 00:45 socialo

    Tesson, quel vieux grincheux.

  12. 11/09/2012 at 12:25 pipole

    Hypothèse :
    Le crayon Hollande a deux têtes: Ségolène et Valérie.
    Le problème, c’est que je ne parviens pas attribuer une couleur à chacune.

    Pour Ayrault je ne sais pas.

  13. 11/09/2012 at 17:47 alphonse

    Vous n’êtes pas encore équipé en alcotests, cher Achille?
    Surtout pour le frelaté…ce serait un peu plus facile pour conduire des conversations, ici…

    Les riches français se réfugient en Belgique…
    et les retraités belges (pas les plus riches) préfèrent le paradis fiscal français..:
    https://www.lalibre.be/actu/belgique/article/574569/de-plus-en-plus-de-pensionnes-belges-a-l-etranger.html

    Tout va mal…Tant mieux tout peut être refait tabula rasa..!!
    Si c’est l’Europe qu’on veut, par exemple (mais cela reste à vérifier!), ce n’est ni par la monnaie ni par la fiscalité qu’il faut commencer.

    Mais par l’aménagement du territoire..!

    Prenons votre département, Madame la Ministre.
    Quoi de plus légitime et respectable que de souhaiter passer le « reste de son âge » sous des cieux plus cléments…?
    Je laisse vos sherpas affiner cette perspective…

  14. 11/09/2012 at 21:58 Pascal PILET

    Il m’avait semblé comprendre que le secret des délibérations du Conseil des Ministres allait jusqu’à la défense de prendre des notes…

  15. 12/09/2012 at 10:48 alphonse

    Il ne s’agit, pour les crayons, que d’un vulgaire cadeau publicitaire d’un fournisseur de la Cour.

    Le reste…parabole, mystères, c’est comme le secret des délibérations: avec Wikileaks, on a bien vu qu’il ne s’agit que de secrets de polichinelle…Un peu comme les secrets d’alcôves.

    Etonnant d’ailleurs que ce soit une affaire de perversion sexuelle qui finit par immobiliser Assange dans l’ambassade d’Equateur à Londres, comme Casement en 1916. La vigoureuse ex-Commissaire UE Palacio (PP, mais commise à quoi déjà?) trouvait que Garzon (juge espagnol mis à pied pour 11ans pour avoir osé aborder les crimes franquistes, et qui défend Assange) est en flagrante contradiction quand il refuse l’extradition d’Assange alors qu’il l’avait réclamée et obtenue pour…Pinochet..!
    Quelle belle constance dans les affections de la grande famille des droites.
    Quel beau mélange de philosophie du droit!

    Comme Casement avait révélé au monde l’enfer des prédations « occidentales » dans les forêts congolaises et amazoniennes (ce qui est bien loin d’être fini, n’est-ce pas!), les sensationnelles publications de documents « top secret » par Assange ont heureusement démystifié les vertus des secrets d’état, de droite comme de gauche, qui ne sont que l’habillage « sacral » des petits et grands crimes qui se perpètrent chaque jour dans les salles de gouvernement ou de conseil d’administration, un peu partout.

    Peut-être le crayon, avec sa propriété d’effacement, a-t-il au moins une fonction d’apaisement de la conscience individuelle des participants. Comme la confession (en secret), avec ou sans contrition parfaite.

  16. 12/09/2012 at 11:13 Pendant ce temps...

    Ce matin, Anna, vous voulez nous parler d’un sujet qui préoccupe l’Élysée, et ce sujet s’appelle Jean-Marc Ayrault…

    Ces derniers jours, on a beaucoup glosé sur la nouvelle posture martiale de François Hollande, sur la façon dont il joue le capitaine dans la tempête. Mais on n’a pas assez dit une chose essentielle : il est seul à la barre. Seul en première ligne. Il a dû se faire violence pour faire ça, lui qui, souvenez-vous, ne voulait surtout pas jouer l’hyper-président comme Sarkozy. S’il l’a fait, c’est à cause des circonstances, bien sûr, mais aussi parce qu’il y a un « problème Ayrault. » « Un problème Ayrault » : c’est l’expression chuchotée ces temps-ci par les collaborateurs de Hollande. Ceux même qui, il y a quatre mois, expliquaient que Jean-Marc Ayrault était le nouveau Pierre Mauroy disent aujourd’hui qu’il s’est « Édith Cressonnisé »…

    « Édith Cressonnisé », ça veut dire que c’est le style et la méthode qui ne passent pas ?

    C’est son autoritarisme qui est stigmatisé. Beaucoup de ministres vont jusqu’à s’en plaindre auprès de François Hollande et de ses collaborateurs. Ils se plaignent d’être maltraités par Ayrault, qui, disent-ils, les « caporalise ». Ayrault a beau être le fils spirituel de Jean Poperen, il n’est pas sûr de lui, alors il en rajoute dans l’autoritarisme. Les ministres ne sont pas prêts d’oublier la punition qu’il a infligée à Nicole Bricq en la mutant du ministère de l’Écologie à celui du Commerce extérieur, parce qu’elle avait eu le malheur de hausser la voix devant lui. Nicole Bricq n’avait pas le poids politique suffisant pour se plaindre auprès de Hollande, mais les gros ministres, eux, comme Manuel Valls, n’acceptent pas ça et le font savoir…

    Vous voulez dire que c’est le bazar au sein de l’exécutif…

    Je veux dire qu’il y a, comme on le soupire à l’Élysée, « un problème de coordination ». De nombreux membres du gouvernement se plaignent de n’avoir pas de réponse du cabinet du Premier ministre, quand ils demandent quelque chose. Désormais, certains préfèrent contacter directement Hollande par SMS, parce que lui, au moins, il répond. « Le gouvernement n’est pas mauvais, c’est le Premier ministre qui l’est, m’a dit un conseiller de François Hollande. Il faut aider Ayrault. François Hollande va l’aider. On va faire le boulot de coordinateur à sa place. » Fin de citation. Oui, vous avez bien entendu : l’Élysée a l’intention de suppléer Matignon…

    Est-ce que cela annonce un changement de Premier ministre ?

    À l’Élysée, on y songe, et à haute voix ! On songe même à des noms de remplaçant : Manuel Valls, Louis Gallois, Anne Lauvergeon… Mais il est impossible, disent les conseillers du président, de remplacer le Premier ministre avant les prochaines échéances électorales, c’est-à-dire les municipales de 2014. Bref : le changement, ce n’est pas maintenant.

    Anna Cabana

  17. 14/09/2012 at 09:51 Alain

    @ aphonse

    Je ne crois pas aux vertus d’apaisement du crayon à deux têtes, qu’une vieille blague africaine me fait imaginer de nature plutôt irascible. Voici cette histoire. Dans la case à palabres, un homme explique à ses amis qu’il a croisé à la chasse un crocolion, bestiole extrêmement féroce. Un crocolion ? Oui, un animal à deux têtes : à un bout, une tête de lion, à l’autre une tête de crocodile. Remarque étonnée dans l’assistance : mais s’il a une tête à chaque bout, il ne peut pas « cabiner » ! Réponse du narrateur : exactement, c’est bien pour ça qu’il est très très méchant. Voilà sans doute pourquoi, dûment instruits par leur cabinet, président et premier ministre gardent à bonne distance sur la table du conseil leur redoutable crayon à deux têtes.

  18. 15/09/2012 at 16:28 ubu

    Le crayon bicolore : Le coté rouge pour rayer de la note-support ce qui n’est pas exprimé aux destinataires, ici les ministres. Le coté bleu pour rajouter à cette même note ce qui leur est mentionné.
    Le but est à fins de conformité entre ce qui est dit et ce qui ne l’est pas. Le document pourra ainsi partir aux archives et être ressorti le cas échéant pour faire foi de ce qui a été effectivement énoncé.
    Rappelons que le Conseil des Ministres est le lieu où les ministres prennent conseils, informations et directives.

    Le crayon à papier : Pour que les ministres prennent des notes sans avoir recours à un stylo à encre.
    Une note prise au crayon à papier a une valeur probatoire très restreinte et en cas de perte, ou si elle tombe dans des mains mal intentionnées, elle est inexploitable.

    La pendule enfin, simple et sans fioriture, rappelle le temps qu’il a été prévu de consacrer à chaque dossier. En outre, elle rappelle aux ministres qui l’auraient oublié (ça existe) que le temps de la République est précieux.

    NB. : On n’est pas surpris qu’un élève de la promotion Voltaire n’ait pas su répondre aux interrogations exprimées ici. La promotion portant le nom de l’auteur de Candide n’est peut-être pas la meilleure de l’histoire de l’ENA. On peut toutefois espérer quelques agréables surprises !

  19. 15/09/2012 at 20:06 alphonse

    Avant que ce blog ne passe à autre chose….
    Encore 2 choses auxquelles ces crayons m’ont fait penser.

    En 93/94, avec Balladur en face de LUI, et QUI, déjà, aux Affaires Etrangères?…j’aurais voulu être un de ces crayons, ou un micro stéréo, pour vivre les puissants échanges qui ont dû s’y produire, dans cette glorieuse salle de la continuité républicaine, pour retirer une mission du Rwanda, en renvoyer une autre et la retirer, puis finir par l’Opération Turquoise, en toute bonne Cohabitation…
    Polichinelle peut se trouver fort triste, parfois.

    Les barres de combustibles, dans les centrales nucléaires, ressemblent fort à de gros crayons. On vient d’arrêter deux centrales en Belgique, plus récentes que Flessenheim: les barres ont dû être retirées de la cuve où se concocte normalement leur soupe énergétique, parce qu’on vient de découvrir que l’acier de ladite cuve contient des bulles d’hydrogène. Petit défaut de fabrication (hollandaise, mais des Pays-Bas) connu mais minimisé longtemps: maintenant, on trouve qu’il y en a beaucoup. Beaucoup trop.
    Mais il n’y pas tout cela, en France, je suppose.

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