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Il fait beau. Les réfugiés se pressent dans les rues. Vélos, charrettes, mais aussi rutilantes Salmson et leur volant à droite, tractions avant inquiétantes, Hotchkiss nobles et altières. Les femmes sont assises sur des valises, les hommes font la queue à la porte d’un grand immeuble.

Un homme distingué en sort, abordé par un rabbin à longue barbe, la mine creuse. Ils mettent un peu de temps à se reconnaître et tombent dans les bras l’un de l’autre.

– « Je suis le rabbin Krügel.. »

– « Quelle surprise, cher ami. Entrez donc, nous parlerons. »

Il ne parlent pas longtemps. Le Consul comprend rapidement la situation, la fuite des émigrés qui n’avaient d’autre espoir que passer la frontière, gagner la côte portugaise et embarquer pour d’autres cieux, s’il en était encore temps.

Le Consul avait pris sa décision. Sans ordre de personne, et surtout pas de son gouvernement, celui du dictateur Salazar, il se met rapidement au travail: ouvrir largement sa porte et signer des visas, encore des visas, des milliers de visas.. Jour et nuit, entre le 17 et le 24 juin.

On l’a compris, ce Consul n’est plus en fonction. A son retour au Portugal, Salazar l’a destitué et il est mort dans l’absolue misère, seul, oublié.

Aristides de Sousa Mendes.

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