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Et même de pas grand chose, juste comme ça pour parler, pour arrêter la vie, fût-ce pour un instant. J’attends deux patients retardataires à ma consultation de l’Institut Bergonié. Parenthèse imprévue, qui pour une fois n’est trouée d’aucun coup de téléphone, d’aucun dossier en surnombre.

Devant moi, les toits de Bordeaux sud, sous des nuages charbonneux. Au ras des toits, une lame de soleil qui éclaire les cheminées de plein fouet. Autant dire que ce paysage qui n’a d’autre grâce que la hauteur de laquelle on l’examine devient beau par le heurt des couleurs et le silence apparent de l’ensemble.

Les paysages que l’on voit des fenêtres d’un hôpital ont une signification particulière : on sait que pendant des heures très nombreuses, des patients très nombreux les ont examinés, détaillés, quelquefois sans trop les voir tellement leurs soucis étaient ailleurs. Plus que partout ailleurs, ce sont les regards et non le paysage lui-même qui sont porteurs de signification.

J’aime beaucoup écrire comme ça, sans avoir la moindre idée en commençant d’où les mots vont m’amener. Avouons que c’est rare sur ce blog, car je suis une femme sérieuse, responsable, supposée parler sérieusement de politique. Saint Exupéry dirait que je suis une grande personne. Et les grandes personnes ne devraient parler sans savoir ce qu’elles vont dire, elle parlent déjà si souvent sans avoir rien à dire.

Un de mes malades que j’ai vu tout à l’heure, tient à venir consulter chaque année avant Noël. Tout simplement parce qu’il considère comme un cadeau d’être vivant (il n’a pas tout à fait tort) et il veut s’en réjouir avec moi, dans la mesure au moins où mon examen ne nous apprend, à l’un et à l’autre, rien de fâcheux. Peut-être est-ce son histoire que je vous raconterai pour commencer l’année, puisque je vous raconte chaque année une belle histoire pour franchir le pas avec un peu de merveilleux dans la tête.

Mais un de mes retardataires se manifeste…

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