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Trois convives hier, au repas du soir. Le repas du samedi soir est à la maison, le plus souvent, un moment de récréation et de discussion. Trois convives donc, autour d’un repas « simple mais savoureux » où M. Picard, surgélateur agréé, est toujours d’une aide avisée et appréciée.

Trois convives autour de la table, de nationalité différente, que l’on devinera bientôt. La discussion commence au moment du fromage (c’est de très loin le plat que je réussis le mieux). Qui a dit: « La France, ce pays aux 400 fromages … »?

La discussion enfle aussitôt : d’abord sur le nombre de fromages. Pas dans la réalité mais dans la citation : était-ce 300 , 400 ou 600 fromages ???

Plus gravement, le désaccord est total sur l’auteur de la citation. Premier courant : l’auteur est Churchill, qui aurait dit: « Un pays aux 400 fromages ne peut être défait « . Opposition frontale, qui se manifeste aussitôt : c’est de Gaulle, qui se serait exprimé dans les termes suivants : « Comment gouverner un pays qui produit 600 fromages ! »

Prise entre les deux courants, Bayrou occasionnelle de l’art fromager, j’ai été dans l’instant incapable d’arbitrer.. Je penchais pour de Gaulle, mais sans sécurité suffisante pour être dogmatique. Nous n’avons pas tranché. Quand on est trois, la majorité est difficile.

La discussion est vite montée en puissance ; sur des sujets reconnaisons-le moins décisifs que les fromages, mais un poil importants quand-même : qui a décidé de l’anéantissement de notre flotte à Mers-el-Kébir ? Qui a donné l’ordre de bombarder Dresde, Churchill ou le général Harris ? Jusqu’à quel point les alliés sont-ils responsables de l’inutile anéantissemnt de la « poche de Royan » et des milliers de morts allemands qu’il a causé ???

Voilà. Je ne suis pas une fanatique des confidences, mais j’adore quand les conversations de repas embrassent le monde. Une amie proche, mère d’une nombreuse famille, m’a dit un jour, évoquant son couple et son mari « Nous avons veillé à ce qu’aux repas, nos enfants apprennent à se dégager du quotidien, pour s’ouvrir au monde ».

Il n’y avait pas d’enfants à notre table de trois. Et pour être tout à fait honnêtes, nous n’avons pas définitivement résolus le problème du nombre de fromages « élevés » en France avec art et savoir. Pas vraiment davantage la part de responsabilité entre Harris et Churchill, mais nous étions tous les trois heureux d’avoir un instant partagé nos miettes d’histoire.

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