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Tout le monde se souvient du moment où il a appris l’attentat du 11 septembre contre les « twin towers ». Pour moi, j’étais à l’hôpital dans mon bureau, en train d’écluser ma ration du jour de courrier médical. Mon ami Jean Mandouze m’a téléphoné pour me dire ce qu’il avait vu, par hasard, à la télévision. J’ai cru qu’il s’agissait d’une fiction, un peu comme celle qui a annoncé la fin du monde il y a déjà de très nombreuses années, et j’ai essayé de lui démontrer que c’était impossible.

C’était possible. Deux avions, mus par une force que l’on peut qualifier de diabolique, cette part diabolique en l’homme et au sein de la société qu’il compose, avaient percutés les tours pour les réduire en un cimetière de gravats.

Il m’a semblé qu’à partir de ce jour, personne ne pourrait plus vivre comme avant. Que c’était une interrogation tellement forte faite à notre société que personne ne dormirait plus sans avoir essayé de comprendre ce qui se passait. Une masse d’hommes suffisamment érigés contre une autre pour provoquer ce choc matériel et moral, cet événement susceptible de marquer un tournant dans l’évolution de nos civilisations.

Un jour en Conseil Municipal, à propos de l’augmentation aberrante du nombre de machines à sous au casino, et de ce que cela traduit d’imbécillité de notre société (« imbécille : qui progresse sans bâton, sans appui, sans direction »), j’ai évoqué cette interrogation et les réponses que nous devions y faire. La majorité municipale a répondu par un brouhaha de pupitres et de moqueries. Cela m’a beaucoup raidie dans mon attitude ultérieure. Pourquoi ne peut-on pas se poser ensemble les questions les plus graves ?

Aujourd’hui, nous n’avons apporté aucune réponse, et tout simplement nous ne nous sommes pas vraiment posé les questions décisives. Les Américains et ce Président, mieux fait pour diriger un ranch, que l’Etat le plus puissant et le plus menacé de la planète. Les héros du 11 septembre sont oubliés, les pompiers volontaires qui sont allés de leur propre chef sur les lieux « parce que c’était le devoir d’un Américain » sont morts d’avoir inhalés trop de fumées et de produits toxiques, s’il ne sont pas morts sur le moment. Personne n’en parle. Le 11 septembre est devenu un enjeu électoral pour le maire de New York.

Les Américains tout d’abord, mais nous pas davantage, qui creusons les inégalités sociales, qui magnifions les Zoros de la finance, au lieu de nous mettre tous en face de l’Unicité de notre condition et des enjeux de l’humanité, ce groupuscule d’animaux fragiles au regard de la nature, et plus encore d’eux-mêmes qui font partie de cette nature violente, mais avec comme seule supériorité de pouvoir le comprendre.

Comments 17 comments

  1. 11/09/2007 at 18:41 Philippe V

    La question essentielle est peut-être : avec le mode de vie que nous suivons, et que beaucoup magnifient, c’est à dire le toujours plus ( plus de consommation, plus de croissance, plus d’argent,plus de dépenses, plus de pouvoir… ), n’allons-nous pas dans le mur, comme nous l’ont montrés au sens propre les deux avions du 11 septembre ?

  2. 11/09/2007 at 20:09 arad

    Si les Etats-Unis, durement frappés le 11 sept.2001, avaient mis pour retrouver les auteurs et l’organisation Al-Qaida, seulement le dixième des moyens qu’ils ont envoyés en Irak, aujourd’hui, on ne parlerait plus d’Al-Qaida. Seulement voilà, le gouvernement US a préféré instrumentaliser cet attentat pour servir ses intérets stratégiques pétroliers en Irak, car dans le capitalisme, c’est toujours l’argent qui décide. Que le peuple américain, pourtant pas idiot, se soit laisser manipuler dans ce que je considère la plus grosse escroquerie des 3 derniers siècles, continue de me laisser pantois.

  3. 11/09/2007 at 21:27 Nicolas D

    Et pendant ce temps là, JL Borloo s’est rendu au Groenland :
    " J’y suis allé pour voir et pour le croire" dit-il d’un ton grave et maintenant convaincu.

    Jusqu’à aujourd’hui, il pensait sans doute que ce n’était qu’allucinations, mirages, mensonges… Là, il a vu, il y croit désormais.

    En entendant cela, je me dis que c’est encore plus grave que ce que je pouvais imaginer d’un homme politique.
    Mais peut-être que je suis en plein cauchemard et demain je me réveillerai !!!

  4. 11/09/2007 at 22:00 eric

    arad, je ne suis pas d’accord. Al Qaida est une organisation multiforme, qui utilise les armes et les moyens de communication du XXIème siecle, au point qu’on peut se demander si ce sont bien des divisions et des chars qu’il faut mettre en face d’elle.
    Ces videos ont quelque chose d’irreel. Où sont les damnés de la terre dans tout ça ? on a l’impression de big brother, agissant pour tuer un autre big brother.

  5. 11/09/2007 at 22:16 Rosa et missie

    michele, la fin de votre billet nous va droit au coeur ; c’est le fond du problème. Qui le fera comprendre, qui est capable de l’entendre ?

  6. 12/09/2007 at 00:31 elsa

    Michèle, si les Popov sont expulsés, je ne pourrais plus vivre comme avant.
    J’ai écrit, téléphoné, c’est bien peu.
    Et vous, pouvez-vous faire quelque chose ?

  7. 12/09/2007 at 01:15 maïté

    Ce billet sur le 11 septembre et le précédent montrent la même indécence d’une certaine pratique de la politique. Celle des conservateurs de droite (il y a aussi, malheureusement des conservateurs de gauche). Dans la campagne électorale des primaires américaines, le maire de New-York se sert impunément de son attitude lors de l’attentat du 11 septembre. Il s’était rendu immédiatement sur le site, sans masque. Dans un reportage à la télé hier soir, un sapeur-pompier, pourtant républicain, qui a participé aux opérations de sauvetage et qui y a perdu son fils, également pompier, s’indignait de cette récupération.
    Le petit Nicolas récupère lui aussi tout ce qu’il peut. On l’a vu avec les citations de Jaurès ou Blum, puis Guy Moquet. Bernard Laporte, en bon élève, fait de même. Pauvre Poitrenaud, a-t-il réalisé, à ce moment-là, l’incroyable récupération politique à laquelle il se prêtait, en lisant ce texte à ses équipiers, lui seul arrière de l’équipe, même pas sélectionné comme remplaçant pour ce match d’entame. Comme Michèle , je pense que c’est très grave. Pourtant, je suis une fan de rugby, depuis toute petite. Mais comment comparer un jeu, car le rugby est un jeu, qui permet de libérer une réelle violence dans un cadre pacifique, durant 80 mn, sans mise à mort évidemment, à l’exécution d’un adolescent de 16 ans, otage et fusillé car communiste? Dans sa lettre à Odette Leclan, comme le fait justement remarqué dans Libération, Pierre SCHILL, il redit son engagement en parlant de ses 26 camarades avec qui il va mourir.
    Le petit Nicolas et Darcos se gardent bien de reprendre ce mot "camarade" qui nous est cher à nous aussi socialistes et parlent des compagnons de Guy Moquet. Effectivement, c’est "politiquement plus correct" et plus gaulliste. Comme si un communiste ne pouvait pas mourir pour la son pays. Cette droite se sert en dénaturant, en occultant sans vergongne.
    Ainsi, les lycéens, s’ils n’ont pas des enseignants aguerris et honnêtes, auront une vue tronquée de l’histoire, instrumentalisée.
    Il n’y a pas de vraie démocratie sans un travail historique honnête et sans tabou. Soyons vigilants.

  8. 12/09/2007 at 09:20 michele encore

    à Elsa. J’ai envoyé ce matin un mail à la préfete responsable de l’expulsion.

  9. 12/09/2007 at 10:08 M.V.

    Oui, Philippe v, c’est la question essentielle, et la rénovation du corpus d’idées du PS devrait en faire sa colonne vertébrale.

  10. 12/09/2007 at 10:08 M.V.

    Oui, Philippe v, c’est la question essentielle, et la rénovation du corpus d’idées du PS devrait en faire sa colonne vertébrale.

  11. 12/09/2007 at 18:21 Asse42

    Pour aller dans le sens de Philippe V: la gauche sera environnementale ou ne sera pas. le respect de l’environnement entraine un respect de la vie donc de l’être humain. On ne pourra échapper à ce cercle vertueux.
    Allez les verts.

    P.S: Merci Michéle d’avoir répondu à Elsa.

  12. 12/09/2007 at 18:51 James

    Mon rêve depuis vingt-cinq ans: un parti social-démocrate ouvert à l’Europe et au monde, intégrant l’écologie au sens large du terme (cf la définition de Michèle allant au delà du purement environnemental) dans son programme et dans sa pratique politique.
    J’espère que je vivrai encore ce moment, en France et ailleurs. Le PS a aujourd’hui l’occasion de faire son aggiornamento.

  13. 12/09/2007 at 18:51 James

    Mon rêve depuis vingt-cinq ans: un parti social-démocrate ouvert à l’Europe et au monde, intégrant l’écologie au sens large du terme (cf la définition de Michèle allant au delà du purement environnemental) dans son programme et dans sa pratique politique.
    J’espère que je vivrai encore ce moment, en France et ailleurs. Le PS a aujourd’hui l’occasion de faire son aggiornamento.

  14. 12/09/2007 at 20:54 michele

    à james. "Aggiornamento" est un mot que j’aime beaucoup. D’abord parce, comme beaucoup de mots italiens, il sonne bien. Mais surtout que c’est un mot simple qui veut dire "mise à jour". Et c’est de cela exactement dont nous avons besoin au PS : mettre à jour les valeurs fondamentales de la gauche, les éprouver au regard des enjeux de ce siècle.

  15. 12/09/2007 at 20:54 michele

    à james. "Aggiornamento" est un mot que j’aime beaucoup. D’abord parce, comme beaucoup de mots italiens, il sonne bien. Mais surtout que c’est un mot simple qui veut dire "mise à jour". Et c’est de cela exactement dont nous avons besoin au PS : mettre à jour les valeurs fondamentales de la gauche, les éprouver au regard des enjeux de ce siècle.

  16. 13/09/2007 at 05:05 James

    merci, Michèle: oui, c ‘est un beau mot mais qui a une origine pas tellement "républicaine": c’était le leitmotiv que donnait Jean XXIII au concile Vatican II destinè à "mettre à jour" l’église catholique.
    ( Aujourd’hui, sur certains plans, cette même église fait marche arrière par rapport au concile…Un "MJS" ou "lionceau" de l’époque était un certain Joseph Ratzinger!)

    était un ceertain Joseph Ratzinger

  17. 13/09/2007 at 05:05 James

    merci, Michèle: oui, c ‘est un beau mot mais qui a une origine pas tellement "républicaine": c’était le leitmotiv que donnait Jean XXIII au concile Vatican II destinè à "mettre à jour" l’église catholique.
    ( Aujourd’hui, sur certains plans, cette même église fait marche arrière par rapport au concile…Un "MJS" ou "lionceau" de l’époque était un certain Joseph Ratzinger!)

    était un ceertain Joseph Ratzinger

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