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Le 10 mai nous célébrons la loi Taubira, faisant de la traite des noirs un crime contre l’humanité. La mémoire de la traite des noirs est pleine de sens, et ce sens n’est pas la repentance ou la culpabilité des uns contre les autres, c’est d’exprimer que nous sommes tous les fils de ces quinze millions de noirs qui ont été déchiré de leurs terres, de leurs familles, dépossédés de tout et vendus comme esclaves.

Cette célébration, je me suis souvent exprimée dans ce sens, signifie profondément que nous sommes tous métis et désireux de savoir, de comprendre et de partager.

Depuis de nombreuses années, les élus de gauche oeuvrent pour que cette célébration devienne républicaine, et, à Bordeaux, municipale. Le chemin a été long, mais il est en voie d’aboutir.

Depuis de nombreuses années, l’association « diversCités » porte cette mémoire et le projet d’un mémorial.

Hier à Bordeaux, la célébration officielle a eu lieu en présence de Michaëlle Jean, la charismatique Gouverneure du Canada. Michaëlle Jean est haïtienne, née à Haïti, arrivée au Canada à 11 ans pour fuir la dictature de Duvalier. Elle est aussi arrière-arrière-petite-fille d’esclaves. Sa présence à la cérémonie est plus qu’un symbole, une réalité : que le Canada l’ait choisie pour le représenter et exercer la fonction de chef des Armées a une signification forte.

Cela valait, me semble-t-il, que nous soyons tous réunis, et que l’on donne à chacun une juste place.

Karfa Diallo a choisi de faire une manifestation séparée. Je le comprends si il ne lui a pas été donné, comme c’est à craindre, une place honorable dans la manifestation officielle au regard de toutes les années où il a essayé de convaincre la Mairie de s’emparer du projet. Mais aujourd’hui, la République s’en emparait avec la visite de Michaëlle Jean, qui a rang de chef d’Etat, et pas n’importe quel chef d’Etat. Je suis allée voir Karfa pour lui demander de donner ce signe d’union, il ne l’a pas souhaité et nous avons fait une première manifestation séparément. A l’issue de cette manifestation, je suis intervenue auprès de M Doutre, directeur de la police, pour que Karfa et son équipe puisse aller saluer Michaëlle Jean : refus absolu.

Manifestation officielle ensuite. La volonté de partage de la ville de Bordeaux n’est pas évidente en effet. Aucun élu de gauche, au premier rang desquels Alain Rousset, personnellement présent, n’a été invité à monter sur le podium aux côtés de Michaëlle Jean et du Préfet. Pas non plus convié à déposer une gerbe avec le Maire et le Préfet, il est demeuré dans le premier cercle de la foule, Alain Juppé n’a pas eu le geste, évident sur tous les plans, de le faire monter aux côtés de Michaëlle Jean.

Le Maire représente la Ville (et non les Bordelais, ce sont les députés qui représentent les citoyens), le Préfet représente l’Etat, ce qui signifie que cette cérémonie qui, plus que toute autre, devait manifester que tous les Bordelais étaient présents pour partager cette mémoire, passait à côté de sa signification principale.

Je m’en suis ouvert au Préfet Francis Idrac. Il ne m’en voudra pas de dire qu’il en a convenu.

Nous avons été nombreux à en être choqués et blessés. Alain Rousset avait invité plusieurs classes de lycée à participer : quelle leçon ont-ils reçu ?

Nous avons aussi été plusieurs à remarquer que Jacques Chaban-Delmas n’aurait jamais fait pareille erreur, à la fois protocolaire et humaine.

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