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« La géographie prime toujours sur l’histoire » disait mon père, prof’ de l’une et de l’autre et passionné des rapports adultères de ces deux belles maîtresses de notre avenir.

« Maîtresses », pas tout à fait bien sûr. Mais là aussi le précepte peut servir : nous n’avons de chance d’imprimer durablement l’histoire qu’en mettant la géographie à profit.

Les passionnantes rencontres de « La fabrique métropolitaine » initiées à Bordeaux par Vincent Feltesse viennent de s’achever. J’y ai participé chaque fois que possible avec cette idée toujours en tête. Nous devons parcourir le monde (ou le faire venir chez nous pour écouter ce qu’il nous apprend) mais c’est NOTRE métropole qu’il faut construire avec le soucis de sa spécificité qui fera que l’on viendra la voir de loin et qu’on aura envie d’y habiter.

Bordeaux, comme son nom l’indique, est bienheureusement dotée d’un fleuve, d’un estuaire, d’une côte très proche, d’un climat amicalement tempéré, ni trop pluvieux, ni heurté, bref ni trop atlantique ni continental, comme qui dirait parfait en ces temps de réchauffement climatique où bien d’autres s’inquiètent avec raison. La côte Aquitaine est la Californie de l’Atlantique : curieux comme nous sommes timides à le dire.

Dans ce contexte deux questions se posent : doit-on concevoir une métropole circulaire, rayonnant autour de son centre historique, ou doit-on la laisser s’évader ici vers le fleuve et l’estuaire, là vers la côte ? Je revois Vancouver, Los Angeles ou San Diego : oui, j’ai envie de voir les planches de surf, rangées comme des vélos, au pied des labos. Il y a un héliotropisme pour les pays, qui amènent les populations vers les côtes et vers le sud, doit-on interdire qu’il y en ait un pour les villes ?

Une autre question (qui n’est pas sans lien) est celle de la densification urbaine. Vertu écologique universellement reconnue car elle économise les déplacements, n’est-elle pas déjà un peu de l’écologie d’hier ? L’écologie de demain doit être d’abord une écologie humaine : à quoi bon sauver la planète, si l’on ne pense pas un peu aussi aux hommes qui l’habitent et qui sont guettés par pires maux ? Ceci surtout quand les déplacements « propres » se multiplient et se développent et que nous avons aussi un devoir d’aménagement du territoire. Non, je ne souffrirais pas de voir la LGV connectée à une ligne rapide desservant la côte, une autre longeant la Garonne, et permettant aux entreprises comme au développement urbain de prendre un peu leurs aises.

Ouaf ! Je vais me faire massacrer : n’est-ce pas le spectre du BAL (Bordeaux-Arcachon-Libourne) que je suis entrain de réveiller ?

La densification urbaine a un autre défaut, et nous en avions convenu lors d’un colloque à son unanime célébration : tous les orateurs étaient eux-mêmes possesseurs d’un jardin. Moi compris, mais justement je la bouclais.

Tout le monde, absolument tout le monde s’accorde sur les vertus d’un contact familier avec la nature (on dit maintenant : l’environnement, la nature est devenue ringarde comme un vieux clou) et certains qui ne perdent pas le nord et y voient une occasion de profit initient désormais des stages de « jardinothérapie ». Mais soyons plus simples : qui n’a envie que ses enfants tapent du balon dans leur jardin quand ça leur chante, y voient pousser les graines qu’ils y ont planté et aillent arracher une salade pour y découvrir le goût de manger des légumes ? Qui ne sait pas que ces modestes activités constituent sans doute la meilleure thérapeutique préventive au désarroi urbain, à la séparation des générations et à la perte des repères ? Pourquoi ceux qui s’exprimaient à ce colloque l’avaient-ils voulu pour leurs enfants et le refusaient-ils aux enfants futurs ?

J’entends, j’entends, qu’il y a des parcs publics, des jardins partagés dans les villes (à Bordeaux, plutôt dans les quartiers chics où les habitants ont déjà des jardins !) mais ce que j’exprime reste si vrai que des riverains soulèvent aujourd’hui le bitume qui borde leur maison pour y faire pousser des graines qu’ils glissent comme un secret dans l’interstice et vont surveiller tous les jours…

Non, je ne suis pas pour une ville pavillonnaire, ennuyeuse comme un bonnet de nuit, uniforme, étalée sur des kilomètres, chacun refermé sur sa petite propriété. Mais je veux que l’entreprise puisse se développer dans la métropole le long des voies et des fleuves, en direction des côtes, qu’on puisse s’installer à côté ou même y venir travailler en bénéficiant d’un transport collectif rapide. Bref, que la métropole amorce cette « biological valley » qu’à tous les sens du terme (des labos et des entreprises de biotechnologies et une qualité de vie « biologique » c’est à dire naturelle) que doit être notre région.

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