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J’ai laissé passer l’exact anniversaire de la mort de Camus. Non sans y penser comme je pense chaque mois de juillet à la mort plus tragique encore d’Hemingway. L’un (Camus), plus encore que l’autre, fait partie de mes compagnons de vie, ces écrivains devenus familiers autant par leur personne, par le tissu de leur vie que par leur oeuvre.

Ce n’était pas pour Camus un suicide. Il avait un roman en cours, dont le manuscrit l’accompagnait et fut retrouvé le 4 janvier à quelques dizaines de mètres de la Facel Vega, mais il avait une conscience du temps qui passe et du temps qui reste qui donne à la mort une signification, une acuité particulières.

Quelques mois plus tôt, mon père lui avait demandé de présider une sorte de haut conseil des programmes de ce que l’on appelait alors la « Radio Télévision Française ». On était loin à cette époque de la dictature de l’audimat.

Camus a pris la peine de venir le voir pour lui expliquer la raison qui le faisait refuser : il avait conscience de n’avoir plus le temps et il voulait consacrer ce temps qui reste à l’essentiel.

Je ne vois dans cette histoire aucune prémonition, même si son accident quelques mois plus tard nous l’a marquée davantage encore en mémoire. Elle exprime bien davantage, me semble-t-il, qu’ un certain nombre d’hommes, préoccupés de tout autre chose que du quotidien, vivent avec cette horloge intérieure et qu’elle leur donne à la fois beaucoup d’obligations et beaucoup d’indépendance.

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