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L’imagerie cérébrale et les neurosciences sont en passe de poser les problèmes les plus cruciaux de la bioéthique parce qu’ils touchent à la plus fascinante singularité de l’homme : la conscience.

Une travail récent publié dans le New England Journal of Medicine fait état d’une expérience qui remet en question la définition même du coma et des états végétatifs, les uns et les autres caractérisés par l’absence de toute réactivité.

Un homme dans le coma depuis plus de cinq années est invité à imaginer deux situations : dans l’une, il participe à un match de tennis, dans l’autre, il se promène dans sa maison. Son cerveau, enregistré par Imagerie à Résonance Magnétique, s’illumine successivement dans des zones identiques à celles qui réagiraient chez un homme normal.

On l’interroge ensuite sur le prénom de son père. « Votre père s’appelle-t-il Thomas ? » « Votre père s’appelle-t-il Alexandre ? ». Dans le premier cas, la réponse est « oui » et dans le deuxième, c’est « non », mais l’IRM ne sait pas à ce jour identifier les zones correspondant à « oui » ou à « non », sans doute trop complexes, trop infimes, ou peut-être variables selon la question.

On l’incite alors à imaginer le match de tennis pour « oui » et la promenade dans sa maison pour « non ».

Et l’homme, sans aucune réaction cliniquement décelable, donne la bonne réponse. Enfin, pas lui : son cerveau.

Cette expérience est à la fois fascinante et terriblement effrayante. Ce cerveau, depuis cinq ans, continue donc de fonctionner dans une sorte de noir et d’immobilité infinie qui ne manque pas d’évoquer une prison intérieure. Ce fonctionnement est-il assimilable à une « conscience », comme le laisse penser le fait de répondre ?

A l’hôpital, par une sorte de présomption qui s’avère presque une prémonition, j’ai toujours interdit que l’on prononce autour d’un malade dans le coma quelque parole que ce soit’ ‘qu’on ne voudrait pas qu’il entende » . Pas de « il est temps que ça finisse » ou autre variante. Au contraire, j’invitais les familles à ne pas se priver de paroles ou de gestes d’affection.

Pascal comparait le savoir à une chandelle et l’homme à un curieux explorateur qui s’enfonçait, chandelle à la main, marche après marche dans l’escalier sans fin de l’inconnu. Arriverons-nous un jour à demander à une personne en état végétatif « Voulez-vous que l’on vous débranche ? Pour oui, pensez au tennis… etc..

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