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Dans un précédent billet, j’évoquais ce que devrait/pourrait être le non cumul des mandats; ce qui sous-tend sa nécessité est une règle simple : celui qui fait un travail doit en avoir le salaire et le titre, celui qui ne peut matériellement pas l’assurer ne doit avoir ni l’un ni l’autre. Le « cumul » n’est acceptable que si l’on a, objectivement, honnêtement, la possibilité de les effectuer personnellement dans leur totalité.

Cela n’a jamais été aussi vrai que dans la situation actuelle de l’emploi : comment nos concitoyens, qui ne parviennent pas à avoir un emploi ou une fonction qui leur assure non seulement leur subsistance mais leur place dans la société pourraient-ils comprendre que l’on délègue un de ses deux mandats sous prétexte qu’il « suffit de s’organiser » ?

Ceci étant posé, parlons en absolue vérité des raisons de ma décision de me présenter aux prochaines cantonales.

Malgré mon attachement à ce canton dont je suis l’élue depuis 2004 et où j’habite depuis près de 40 ans, mon souhait était de ne pas me représenter par souci d’exemplarité : je pense que nous devons anticiper la loi que nous voterons, je l’espère, en 2012. En dépasser également les termes qui imposeront « seulement » le non cumul d’une fonction exécutive à un mandat parlementaire. Ce charabia n’est clair que pour une poignée de citoyens. Il signifie qu’on ne peut être ni président, ni vice-président d’un « exécutif » (conseil régional, conseil général…), ni maire en même temps que parlementaire. C’est pour cela que je suis favorable à l’appliquer au-delà de sa définition et ne pas cumuler du tout afin que le message soit lisible de tous.

Cela, cette stricte définition du non cumul, je ne l’applique pas en me représentant.

Pourquoi ?

Ce canton, ce n’est pas un secret, est difficile à conserver par la majorité départementale. Il « appartenait » à la droite depuis aussi longtemps (60 ans) que ma circonscription de députée. Des figures emblématiques de la majorité municipale (Simone Noailles, Chantal Bourragué) en ont été titulaires. Ce canton a voté à 59% pour Alain Juppé aux dernières élections municipales. De plus, le nouveau découpage des adjoints de quartier, les moyens importants mis à leur disposition par le Maire, qui sont sans commune mesure avec ceux dont dispose un Conseiller Général, ont permis à la candidate désignée de l’ump de tisser un réseau politique serré sur ce territoire.

Le canton est, de plus, emblématique de « la revanche » pour la majorité municipale ump/modem : à chacun des scrutins cantonaux précédents, le PS l’a emporté sur un canton de plus des 8 cantons bordelais, faisant en 2008 basculer la majorité vers la gauche (5 cantons sur 8). Alain Juppé ne cache pas son objectif d’inverser la tendance, faisant fi de l’incohérence qu’il y a à soutenir la disparition des conseillers généraux avec la réforme territoriale et à leur accorder une importance aussi décisive dans son fief.

Le canton est, de plus, réservé par le PS à une candidature féminine, ce qui, reconnaissons-le, a limité les candidatures, d’autant que nous voulions qu’il s’agisse d’une candidate implantée sur le territoire et non d’un parachutage.

Toutes ces considérations faites, tous, absolument tous, m’ont dit : il est de ton devoir d’y aller.

Ce devoir est difficile. Dans moins de deux ans, sonnera un autre scrutin : les élections législatives, si décisives, dans le sillage immédiat de l’élection présidentielle, pour éviter que, le cas échéant, notre pays touche définitivement le fond sans espoir de remonter. Paradoxe des dénominations : le deuxième canton (Grand Parc-Jardin public) n’est pas inclus dans la deuxième circonscription dont je suis l’élue. On devine l’importance qu’aura l’élection législative et l’importance qu’il y a de ne pas présenter aux électeurs une gauche en recul dans leur ville.

Je me présente pour cela : ce choix était difficile, le plus difficile, et il eût été plus confortable de ne pas le faire. Il relevait de mon devoir, ou de ce que je crois tel. J’ai mis, et je mettrai toute mon énergie, mon ambition pour ce territoire, ma capacité de travail qui m’a permis jusque-là à la fois d’être une élue cantonale assidue et une parlementaire classée en tête des députés girondins PS et ump sur le double critère d’activité et d’assiduité.

Voilà. Je tenais à dire, simplement, sincérement, pourquoi à la fois je transgresse le souci d’exemplarité qui me parait devoir s’imposer à un élu pour me conformer à ce que je crois mon devoir, et à la vertu que je crois être la première en politique: le courage.

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