m

La « journée de solidarité » instituée en 2004 par le Gouvernement de Jean-Pierre Raffarin pour contribuer à la prise en charge publique de la perte d’autonomie a perdu beaucoup de son sens au cours des années. Qui connait encore son origine ? Qui sait que la perte d’un jour de RTT ou la minute 52 secondes supplémentaires (…) qu’un salarié de la SNCF est supposé travailler chaque jour permet d’abonder le budget de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA) ? Ce budget de 2,4 milliards chaque année va pour 2/3 au grand âge et pour 1/3 au secteur du handicap : il contribue aux allocations de solidarité et permet de nombreuses réalisations en direction en particulier des établissements d’accueil des personnes concernées.

Cette « décoloration » apparait de plus en plus dommageable dans ce temps de « transition démographique » où chacun devrait s’imprégner du besoin de solidarité intergénérationnelle. Les écoles sont malheureusement fermées : la journée aurait pu être consacrée à un enseignement adapté à chaque niveau de classe sur le sujet. Des initiatives telles que repas en commun avec les résidents d’un EHPAD, projections de films, débats avec des âgés, activités communes.. auraient pu donner utilement corps à ce lundi de Pentecôte « férié travaillé ».

Il n’en est malheureusement rien. Soixante-dix pour cent des Français ne travaillent pas aujourd’hui et  ce lundi n’est qu’un pont de plus parmi tous ceux du mois de mai. De moins en moins d’allusions dans les médias (pas une ligne par exemple dans Libération ni dans Sud Ouest du jour), aucune manifestation particulière envers les âgés. Peut être aurait-on opportunément pu instituer une fête des grands parents correspondant à ce jour, je ne sais, mais cette indifférence générale est consternante.

Je peux le dire maintenant, j’étais (dans mon temps de Ministre) pour ma part favorable à une deuxième journée de solidarité permettant d’assumer un meilleur financement des établissements d’accueil et permettant d’étendre la loi que j’ai élaborée à ce secteur au lieu de la centrer sur le seul domicile. Cela supposait un très gros effort de pédagogie et l’appui soit des églises (si ce jour avait été une fête religieuse), soit des anciens combattants s’il s’était agi du 8 mai, dont on aurait pu décider qu’après le 70ième anniversaire, il pouvait devenir un jour férié travaillé. Cette perspective n’a pas été retenue mais nous savons qu’une prise en charge plus complète ne pourra se faire qu’au prix d’une recette supplémentaire ou d’un recours à l’assurance privée.

Chacun doit s’interroger sur son choix. Pour ma part, le mien est celui de la solidarité. Les données démographiques (augmentation de la population mondiale, longévité) sont claires : « le XXIe siècle sera celui de la fraternité ou ne sera pas ». Cette parodie d’une citation attribuée à Malraux n’est pas juste : le XXIe siècle sera, mais sans fraternité il sera d’une grande cruauté.

 

 

 

 

 

 

 

 

Comments 6 comments

  1. 25/05/2015 at 17:03 Marc Loraison

    Comment voulez vous que cette journée garde un sens quand 70% des Français ne travaillent pas. Vous avez raison de signaler le rôle de contre exemple des établissements scolaires. Les enfants ne travaillant pas, les parents ont obligatoirement tendance à vouloir bénéficier d’un jour de congé.

  2. 26/05/2015 at 21:54 Louis

    Le lundi de la Pentecôte était un jour férié comme les autres, jusqu’à ce que l’ineffable Monsieur Raffarin en décide autrement. Instaurer une journée de « solidarité » qui ne pèse que sur les épaules des salariés, en voilà une idée qu’elle est bonne ! Et puis faire travailler des gens sans les payer, c’est pas des gens de gauche qui auraient pu avoir une si brillante « idée ». Aussi, pour retrouver un peu de logique dans cette affaire, je suggère que la journée de « solidarité » soit transférée au 1er mai (même s’il tombe un dimanche), avec obligation de travailler à 100 % des salariés, de lourdes sanctions pénales étant prévues pour les contrevenants.

  3. 27/05/2015 at 09:26 Michèle Delaunay

    je suis surprise et déçue de votre commentaire Louis. Bien souvent vous prenez une position qui va dans le sens de l’église catholique. N’y a t il pas plus de sens à célébrer la Pentecôte en honorant le grand âge et en travaillant pour lui qu’en allant dans les super marchés ou en dormant sur une plage.
    Je suis persuadée au contraire que c’est ce type de signes que l’on attend d’une église incluse dans le siècle et dans les bouleversements du temps.

  4. 27/05/2015 at 12:23 Louis

    Pour résumer la position de l’Eglise catholique (mais pas seulement) sur la question du grand âge, je citerai une phrase des Ecritures : « Tes pères et mères honoreras, afin de vivre longuement ». Tout ça pour vous expliquer que la solidarité envers les personnes âgées, et la solidarité en général, ça se vit tous les jours et pas seulement une fois par an. En l’occurrence, la journée de solidarité instituée par ce bon Monsieur Raffarin consistait à faire fonctionner un peu plus la pompe à fric, tradition très bien enracinée chez les hommes (et femmes) politiques français, de droite et de gauche. Le plus judicieux serait de mener des politiques qui ramèneraient le taux de chômage à moins de 3 % et qui feraient monter la croissance économique à plus de 3 %, et le financement des diverses « solidarités » se ferait le plus naturellement du monde. Vous savez : la fameuse inversion des courbes dont on n’arrête pas de nous rebattre les oreilles.

  5. 27/05/2015 at 17:33 Louis

    J’ajoute que, si le jour de solidarité, tout le monde est au travail, il ne restera plus au personnel des supermarchés qu’à aller à la plage ! Avez-vous réfléchi à ça ?

  6. 28/05/2015 at 10:52 Louis

    Un autre jour conviendrait parfaitement pour manifester la cohésion nationale : le 14 juillet. Et en plus cela éviterait la pollution atmosphérique provoquée par le défilé des véhicules blindés. Un autre jour ne serait pas mal non plus : le 11 janvier.

Répondre à Michèle Delaunay Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Suivi et Infogérance par Axeinformatique/Freepixel