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Il y a un mois (26 mars), j’écrivais à Mme Rachida Dati, garde des sceaux, pour lui adresser un véritable cri d’alarme sur la situation à la prison de Gradignan. Depuis lors, la situation a empiré, et l’on est aujourd’hui au chiffre de 890 prisonniers pour 411 places.

Dans ce courrier, je proposais à Mme Dati, au lieu d’empiler les lois inutiles surchargeant les prisons (au premier rang desquelles la loi sur la récidive), d’envisager un texte stipulant que, dans des limites strictes de gravité des délits et de dangerosité des personnes, la première peine soit systématiquement une peine non carcérale, faisant appel aux peines de substitution et/ou au bracelet électronique. Pour mémoire, un primo incarcéré sur trois, récidive après sa sortie. A quoi à servi la peine ?

Je n’ai eu bien sûr aucune réponse à ma lettre. La tension monte à Gradignan. Nous sommes à la veille d’accidents, entre détenus ou à l’égard du personnel qui est épuisé. La Ministre n’écoute pas, n’entend pas, ne répond pas.

Faudra-t-il un drame pour que l’on comprenne que dans ces conditions d’inhumanité, la prison est une sorte de cocotte minute, qui n’enseigne que la récidive ?

(ci-après mon courrier à Rachida Dati)

Madame la Ministre,

Au cours de ces derniers mois, diverses lois, dont celle sur la récidive, ont été proposées par vos soins à notre examen. Nous avons, à plusieurs reprises, attiré votre attention sur l’impact fâcheux que ces lois auraient mathématiquement sur la population carcérale déjà dangereusement pléthorique.

Cette situation arrive à son comble à la Maison d’Arrêt de Gradignan, près Bordeaux, qui compte 850 détenus pour 411 places soit un taux d’occupation de 220 %. Soixante deux cellules de 9 m2 accueillent chacune 3 détenus. J’ai pu, en me rendant sur place, mesurer ce que cela suppose en termes d’inconfort, de promiscuité et d’inhumanité. Cette situation est explosive et le personnel de la prison redoute des incidents ou de véritables accidents.

En outre, il n’est bien sûr, plus question d’assurer la mission d’insertion qui devrait être la mission principale de la prison.

Notre responsabilité est engagée et en premier lieu, celle du Gouvernement. Il faut d’urgence envisager des mesures permettant de revenir à des chiffres plus décents et réfléchir également pour le moyen et long terme.

Deux axes de réflexion s’imposent :

• L’application beaucoup plus systématique de peines de substitution et de l’utilisation du bracelet électronique.

Vous savez combien la prison est génératrice de récidive. Nous devons donc réfléchir rapidement à la possibilité de l’utilisation systématique du bracelet électronique pour les premières condamnations. Ceci bien sûr, en excluant des crimes et délits particulièrement graves qu’il conviendrait de définir. Je vous demande de bien vouloir examiner cette proposition.

• Un très grand nombre de prisonniers sont des malades et ils doivent être soignés, non pas à leur sortie mais pendant la durée de leur peine. Les moyens mis en œuvre dans ce domaine sont très insuffisants et, en ma qualité de médecin, je vous alerte sur l’urgence de cette prise en charge médicale.

• En outre, les délais de séjour en Maison d’Arrêt avant jugement sont anormalement longs et là aussi, il faut revoir le fonctionnement et les moyens mis à disposition.

Permettez-moi, Madame la Ministre, d’insister sur la gravité de la situation bordelaise et de vous demander d’agir très rapidement pour que les semaines et les mois à venir ne voient pas un accident grave survenir à la Maison d’Arrêt de Gradignan.

Je vous prie de recevoir, Madame la Ministre, mes meilleures salutations.

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