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A-t-on vraiment besoin de livres pour enseigner et pour apprendre ? C’est le nouveau défi lancé à l’école publique. Très justement, un professeur a pris la parole sur ce blog. J’ai trouvé son texte si intéressant que j’ai demandé à son auteur(e) (Sandrine Doucet) d’être l’invitée du blog.

Elle nous demande des propositions… Son texte pose d’abord des questions : comme l’hôpital public, l’école publique n’est-elle pas mise très intentionnellement en difficulté pour que la « fongibilité asymétrique » du public vers le privé qu’affectionne ce gouvernement fonctionne d’autant plus rapidement ?

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« Voici quelques jours que je me heurte au problème du manque de livres pour les élèves de seconde. Comment faire ? Ne faut-il pas voir ici, chère Docteur(e ?) un symptôme des plus évidents de la décomposition voulue et effective du système scolaire. Programmes construits hâtivement dans le seul but de « rentrer » dans les restrictions horaires, éditeurs en « flux tendus » attendant les décisions prises dans les établissements, aboutissent à voir disparaître des cartables, ce qui est l’essence même de l’instruction, le livre. La solution du Ministre qui se veut moderne et des plus « pratico-pratiques » (se prendrait-il pour MacGyver ?) est un leurre total.

J’en veux pour preuve mes tentatives ce weekend pour préparer la rentrée (après les lectures estivales nécessaires pour aborder les nouveaux programmes…qui traitent la question des migrations européennes !!!). Les éditeurs proposent en ligne des extraits de leurs ouvrages, sur des sites qui saturent ces jours-ci ; je n’ose imaginer, quand, suivant la judicieuse idée du Ministre, 500 000 lycéens de seconde feront de même chaque soir, pour réaliser les exercices demandés par les professeurs. C’est sans compter sur les astucieuses excuses des adolescents, le lendemain, pour expliquer qu’ils n’ont pas pu faire le travail : chien qui a mangé le fil de connexion, petit frère qui a renversé son jus de fruit sur le clavier, père trop occupé sur un dossier pour céder l’appareil, etc etc… On peut leur faire confiance. C’est aussi penser que chacun possède chez lui une connexion et un ordinateur…Cette méthode est aussi proposée pour travailler en journée et , c’est bien entendu, ignorer que les établissements ne disposent pas de nombreuses salles équipées en ordinateurs.

Reste la photocopieuse. Cette solution se heurte à trois problèmes :
– Les droits d’auteur des éditeurs
– La consommation de papier pas très « développement durable »
– Le surcoût occasionné pour des établissements qui ont vu leur dotation de fonctionnement octroyée par l’Etat diminuer de 20 à 40
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Autre écueil : comment les fédérations de parents vont-elles organiser cette deuxième vague de vente de livres, dans des établissements qui n’auront plus de locaux à mettre à leur disposition, en gérant des commandes auxquelles il faudra répondre rapidement ? Encore de la haute voltige pour ces bénévoles ! Je rappelle aussi le coût de ces achats de nouveaux livres pour les familles : aux alentours de 250 euros ! Avec un SMIC à 8,80 euros/heure , brut, vous apprécierez le travail à fournir pour équiper son enfant rentrant en seconde !

Donc, une fois que j’aurais fait lever les élèves pour me saluer, chanter «la Marseille », rappeler les sanctions énoncées par le Ministre en cas de manquement au règlement, je fais quoi avec 35 élèves par classes sans un livre, le 2 septembre ? Je suis preneuse pour toute idée.

Et je n’ose imaginer la situation des milliers de jeunes collègues qui vont débarquer, sans formation aucune, dans de telles conditions !!! »

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