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Trop cher à nourrir vivant, pas assez à vendre mort, le cheval finit sa course aujourd’hui dans nos assiettes. Assez piteusement, c’est à dire sous un faux nom.

La Fontaine lui-même n’aurait pas imaginé que pour être moins mal vendu, le cheval, animal élégant et aristocratique, aurait à se faire passer pour le boeuf. La grenouille, à la rigueur, mais le cheval !

Les aristos britanniques eux-mêmes, victimes de la crise, les dirigent en rangs serrés vers l’abattoir. En Irlande, pays du cheval noble et libre, ils étaient 2000 hier à faire chaque année le chemin qui mène des vertes prairies aux couloirs gris des abattoirs, ils ont été l’année passée 25000.

Plus dramatique encore, la destinée du cheval roumain. Combien d’images nous ont montré les charrettes trainées par ces nobles serviteurs sur les chemins précaires de ce pays malmené par l’histoire autant que par lui-même. Des paysannes en fichu suivaient l’attelage et l’on devinait que l’âge de l’animal était en proportion de celle de la charrette. Malgré tout, le tableau d’ensemble avait quelque chose de bucolique et d’intemporel.

La charrette devenue trop encombrante sur les routes et source d’accidents vient d’y être interdite. Les nobles animaux qui en assuraient le trait les ont empruntées une dernière fois, destination viande.

Et le cours de ladite viande, maigre et roborative, a chuté plus bas encore que son étiage ordinaire. Une aubaine pour les traders de viande dont l’existence ne nous était pas connue jusqu’alors. Mis en charpie, les muscles longs, élégants et forts, des chevaux ont farci lasagnes, raviolis et autres moussakas, arborant comme une grâce le nom de l’animal qui leur est le plus opposé. Pesant, peu rapide, fort certes mais n’invitant ni à monte, ni à courre : le boeuf.

Paul Valéry disait à sa fille qui avait utilisé à des fins ménagères les droits d’un de ses poèmes les plus faneux: « Vous avez transformé « La Jeune Parque »en foie de veau ». La cupidité des marchands a fait de Pégase une farce indigeste et honteuse.

 

 

 

 

Comments 9 comments

  1. 17/02/2013 at 15:39 Marc

    Le titre du film de Sydney Pollack était purement allusif. Dans la période de dépression actuelle, il prend aussi un sens strictement littéral

    • 18/02/2013 at 17:48 Louis

      A l’origine de la répugnance pour la viande de cheval : l’Eglise avait interdit de la consommer. De nombreuses populations païennes (en particulier les Vikings) organisaient des banquets rituels à base de viande de cheval. La cause du tabou a été oubliée, mais la répugnance a persisté. Des laïcistes conséquents devraient donc manger de cheval sans la moindre arrière-pensée. D’autant plus que cette viande est bon marché, goûteuse et plus saine que la viande de boeuf.

  2. 17/02/2013 at 17:20 Leoh

    savez-vous ce que deviennent les chevaux de course, en France, lorsqu’ils loupent une épreuve (fut-elle la première) ? à l’abattoir aussi…et les chevaux de selle aussi, bien avant même avant d’être chenus, lorsque l’on ne leur assure pas une retraite paisible.
    je ne pense pas que les seuls traders soient à incriminer (il semble d’ailleurs, au vu des dernières informations, que ce ne soit pas le cas) : un secteur comme l’agroalimentaire concerne de tels volumes que les « dérapages » sont inévitablement nombreux.
    ce nouveau scandale, s’ajoutant aux précédents, devrait pouvoir remettre en cause la façon dont nous mangeons : ce ne sera pas le cas, et c’est bien dommage !

  3. 18/02/2013 at 00:18 Klaus Fuchs

    Le nouveau scandale de viande chevaline révèle une fois de plus une aberration caractéristique pour nos sociétés: pour faire des économies , les Etats réduisent les mécanismes de contrôle. Que ce soit dans la surveillance alimentaire, dans les système de contrôle des médicaments, dans le domaine de la fraude fiscale, dans celui de l’inspection du travail, des normes écologiques, etc etc: on diminue depuis des décennies les normes de contrôle et même lors que ces normes sont maintenues on réduit le personnel pour contrôler leur application, jusqu’à la justice censée de sanctionner les violations. C’est voulu, avec un cynisme qui dépasse l’entendement, malgré des sermons du dimanche des responsables de toute sorte qui prétendent main sur le coeur que tout est fait pour protéger la population et pour assurer l’application de la loi.

  4. 18/02/2013 at 00:51 Alain

    L’homme pressé et cupide du XXIe siècle ne prend hélas plus le temps de couper les chevaux en quatre, il les passe au hachoir électrique.

  5. 18/02/2013 at 00:54 Alain

    Analyse très pertinente, Klaus, du drame de la disparition du gendarme, sous toutes ses formes.

  6. 18/02/2013 at 09:36 Michel

    La réduction à la portion congrue des service de la douane a ce type de résultats. Ces services n’ont pas pr objet principal de récupérer des taxes mais de faire la chasse à toutes sortes de fraudes quelquefois très préjudiciables.
    Le coût de ces fausses économies est considérable. Le cheval le démontre là aussi : l’impact sur la filière agro alimentaire française risque d’être très lourd et très couteux.

  7. 20/02/2013 at 19:40 alphonse

    …Mais c’est très bon, la viande de cheval, vous savez…?!

    Surtout pour les vieux, justement….

    Et plus le cheval était vieux, meilleur il est, …bien plus tendre…dé-li-ci-eux….

    Mais évidemment, il faut un bon cheval…Un bon vieux cheval.

    Hermary-Vieille…dans son bouquin sur l’histoire de Joséphine, raconte qu’avant que d’être ainsi nommée par Bonaparte, elle s’appelait Rose…et qu’avec ses copines elle se faisait enteretenir par des hommes dont certains faisaient déjà fortune en achetant à l’Est des troupeaux de cannassons mal en point qu’ils revendaient à prix d’or aux faiseurs de guerres de l’époque, incertaine…

  8. 23/02/2013 at 01:32 Alain

    Tout à coup, je repense à ma mère qui détricotait de vieux pulls pour en faire des neufs. La laine était lavée puis repelotée à partir d’un écheveau qu’enfants nous avions charge de présenter entre nos poignets tendus bien parallèles, exercice que nous trouvions interminable : « on achève bien l’écheveau. »

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