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L’invité du blog est aujourd’hui, Allain Glykos, écrivain

« C’est l’histoire d’un mec qui croyait avoir gagné.. »

Lettre aux jeunes qui ont voté pour la première fois

Les comiques, quand ils ont du talent, sont comme les poètes, ils voient au-delà de la simple réalité.
En ce dimanche soir, je pense à Coluche, à ce qu’il aurait dit à l’annonce des résultats. A toutes les formules qu’il aurait trouvées pour nous faire rire de tout cela. Il me revient cette phrase incroyable qu’il avait prononcée : « le sport a perverti l’argent. »

Cela ne semblait être qu’un bon mot, cela ne semblait être qu’une pirouette de clown pour nous faire rire. Mais il y avait autre chose et plus. Il y avait une prémonition. Aujourd’hui, je l’entends dire : « le sport a perverti la politique ». C’est ce que nous ont enseigné les médias et pour en finir Sarkozy lui-même. Ils ont emprunté au vocabulaire du sport les > expressions habituellement entendues dans les stades, lues > dans L’équipe. Il > y a eu les finalistes, les qualifiés, les éliminés, etc. Ils > ont transformé > l’espace démocratique en un combat singulier avec des > supporters et des > parieurs. Voilà pourquoi, il y a eu autant de monde le soir du débat. La > France a retenu son souffle. Qui allait gagner : les roses ou les bleus. Les > oranges avaient été éliminés. Société du spectacle, spectaclede sport. Le > sport qui lui-même puise dans le vocabulaire guerrier. La > guerre de tous > contre tous, la loi du plus fort, l’écrasement des plus > faibles, la conquête > du titre et des honneurs à n’importe quel prix. > Il me revient que je fus pris d’une colère saine au lendemain > de la défaite > de l’équipe de France contre l’Italie lors de la dernière > coupe du monde de football. Ce jour-là, Raymond Domenech déclara : « Seule la victoire est > belle. » La formule, reprise par les journalistes, sonne bien, > au point > qu’on pourrait se laisser aller quelques instants à épouser sa > musique. Mais > les phrases que l’on prononce ne peuvent pas valoir que pour > la musique > qu’elles émettent. Elles ont aussi un sens.

Seule la victoire est belle ! La formule qui sonne comme un vers de tragédie, nous ferait oublier l’idéologie détestable et dangereuse qu’elle porte. Si seule la victoire est belle, alors tous les moyens sont bons pour > l’obtenir. Sur le terrain, l’antijeu qui favorise la défense > fermée au > dépend d’un jeu ouvert et offensif, les tacles assassins, les > tirages de > maillot au moment des corners, les insultes racistes, les > agressions en tout > genre, les tricheries dans la surface de réparation pour > obtenir des > penalties imaginaires, les fausses blessures pour gagner > quelques minutes > sur le chrono. Qu’importe la morale pourvu qu’on ait la > victoire. En dehors > du terrain aussi, tout est bon pour gagner. La victoire > justifie les moyens, > puisqu’elle seule est belle et qu’elle fera oublier les > transgressions, les > corruptions, le dopage, les détournements de fonds, les > intimidations, le > marché scandaleux des jeunes joueurs d’Afrique qui finiront > errants dans les > banlieues de nos mégalopoles si la chance ne leur a pas ouvert > les portes > des grands clubs. Que nous enseigne pareille formule, que tous > les coups > sont permis. Il faut dire que les enjeux financiers sont tels > que la > panoplie complète des comportements les plus détestables est > mise au service > de la victoire. Gagner à tout prix, au péril du code d’honneur > le plus élémentaire.

> > Peut-être que Coluche aurait à juste titre comparé certains > politiciens et > gens du show biseness, ééà ces mercenaires du ballon rond qui se > vendent au > plus offrant pour un poste, une ardoise fiscale effacée, pour > jouer avec > l’équipe la plus riche, la plus puissante. Peu importe les > idées, les > valeurs, qu’elles soient nôtres ou étrangères, pourvu que l’on > partage une > partie du banquet. Et si l’on parvient à désigner avant le > match celui qui a > va gagner, alors les pauvres miseront pour lui, avec le secret > espoir de > partager quelques miettes du banquet. Seule la victoire est > belle. On l’a vu > ce soir sur la place de la concorde. Les médias avaient de > quoi alimenter > leurs micros et leurs caméras, des déclarations des vainqueurs > et des > vaincus comme à la fin d’un match. > Mais la politique ne peut pas se résumer, comme on nous l’a > trop fait > croire, à l’affrontement de deux équipes, de deux combattants, > à des joutes > oratoires, à un combat de boxe où tous les coups seraient > permis et où les > faux politologues nous feraient croire qu’ils comptent > objectivement les > points. Non, la politique ce n’est pas que cela. Et je > voudrais dire à tous > ceux, et surtout les jeunes qui ont voté pour la première > fois, qui se sont > engagés pour la première fois, qu’ils ne sont pas les > supporters d’une > équipe qui aurait perdu une finale, ils sont les acteurs de la vie > démocratique, de la politique dans ce qu’elle peut avoir de > plus noble et de > plus terrible et qu’il est des moments dans la vie où la > défaite peut être > belle. Quand l’idée que l’on défend est plus grande que nous, > elle peut nous > porter au-delà de nous-mêmes, elle nous invite à lui être > fidèles.
Soyez plus fiers que tristes. Apprenons à ne pas aimer que la > victoire. Ceux qui > autour de nous sont en échec méritent et attendent de nous que > nous les > sortions de leur nuit, quand les autres voudraient les > maintenir. Je pense à Coluche, et l’entend dire :
« C’est l’histoire d’un mec… qui croyait avoir gagné. »

Allain Glykos

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