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Dans les années 80, le SIDA a bouleversé la pratique de la médecine ; d’abord parce qu’elle s’attendait bien peu à ce qu’une maladie infectieuse lui éclate au nez et à la barbe ; ensuite parce qu’elle s’affrontait à une nouvelle génération de malades.

Ces malades savaient tout, le pourquoi, le comment, les moyens, la fin et de plus, très rapidement, ils se sont constitués en une force motrice pour la recherche, les soins et les traitements. En Europe, en occident, le SIDA a fait franchir un pas de géant au « colloque singulier » malade-médecin, à la démocratie médicale et à la responsabilisation des Etats.

L’Afrique expérimente aujourd’hui ces bouleversements. Ce ne sont pas tout à fait les mêmes : le SIDA africain n’est pas le SIDA européen. Les enjeux, le contexte, les moyens, le virus lui-même, tous jouent ensemble pour fomenter une deuxième révolution. Elle est dramatique, elle est comme tous les drames, porteuse de leçons et, j’ose dire, d’espoirs.

Trente-trois millions de personnes infectées dans le monde ; 22 en Afrique sub-saharienne (par comparaison, 1,6 dans l’ensemble de l’Europe).

L’Afrique d’où je viens, est majoritairement l’Afrique de l’ouest, moins spectaculairement atteinte. J’étais en effet, à peine plus de deux jours, à la VIème réunion des parlementaires francophones du réseau SIDA. On peut d’emblée faire la sourde oreille : il meurt au Mali (et dans la plupart des pays participants) moins de personnes du SIDA que du paludisme, ou de tant d’autres maladies infectieuses (tuberculose, diarrhées infectieuses..). Le taux de prévalance est en baisse (1,3 /000 au Mali), reconnaissons-le à la fois du fait des efforts consentis que de l’affinement du recueil statistique.

Or le paludisme, c’est à peine si on en parle encore…

Pourquoi cette différence d’enjeux, d’importance, d’impact social et politique ? Un journaliste, très opportunément, m’a posé la question par téléphone au moment même où j’embarquais dans l’avion « qu’est-ce qu’un parlementaire peut faire contre le SIDA ? »

La réponse, très inhabituelle dans nos climats, est : TOUT, ou presque tout. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, tant que ce vaccin ne sera pas largement accessible (ce n’est pas demain matin), c’est le politique qui tient les clefs dans ses mains. Le conducteur d’autobus dont je parlais dans un billet de précédent, ce n’est pas le médecin, c’est le législateur.

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