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Bonne nouvelle : la mobilité sociale s’accroit. Très mauvaise nouvelle et véritable interrogation : elle le fait surtout en raison de l’accroissement de plus du double de la « mobilité descendante ».

On ne résume pas un rapport de l’INSEE en quelques lignes, en piochant ici ou là quelques chiffres marquants. D’autant que je ne connais moi-même de ce rapport que le compte-rendu qui en a été fait dans nos quotidiens nationaux les plus nourris. Quelques lignes pourtant pour donner matière à la réflexion.

Le pourcentage des « déclassements sociaux » a plus que doublé depuis 1985. Ils pouvaient être considérés comme rares, voire accidentels depuis des décennies ; ils touchent actuellement 8% des cadres (9% si ce sont des femmes). Même doublement au sein des professions intermédiaires et chez ouvriers et employés où le chômage et l’inactivité pèsent lourd.

En un mot le descenseur social marche plus vite que l’ascenceur social. Non, celui-ci n’est pas totalement en panne mais il n’a que très rarement (presque accidentellement là-aussi) le caractère radical qu’il pouvait avoir dans les deux premiers tiers du siècle dernier. Les énarques, chefs d’entreprises, dirigeants de tous poils, issus de milieux modestes sont en pourcentage beaucoup plus rares qu’il y a cinquante ans.

L’ascenseur social fonctionne encore mais à petite vitesse, faisant gravir un niveau ou un portion de niveau et il s’explique d’abord par l’élévation générale des qualifications ; Un tiers des hommes ouvriers non qualifiés ont connu une promotion entre 98 et 2003 alors qu’ils n’étaient qu’un cinquième entre 1980 et 85. Là encore les chiffres féminins sont en retard.

C’est pour moi une interrogation fondamentale : pourquoi ce qui s’était continuellement élevé et accéléré au cours des deux siècles précédents, est-il aujourd’hui, partiellement au moins, en panne ? Les raisons « structurelles » , comme on dit, existent (nous sommes plus nombreux, nous vivons plus longtemps) mais elles ne suffisent certainement pas. Les raisons sont sans doute, dans un certain nombre de choix sociétaux aberrants qui ont dissocié, au moins en partie, le travail et la réussite.

Le rapport de l’INSEE ne concerne pas un autre aspect qui, lui aussi, me pose profondément question : celui de la mobilité sociale intergénérationnelle. Les gens de la génération de mes parents (ceux que je connaissais au moins) aidaient tous leurs parents à vivre, car leur situation était meilleure. Beaucoup de personnes de ma génération aident leurs enfants, parce qu’au contraire ceux-ci sont dans une situation plus difficile.

Là aussi, je n’ai que des morceaux de réponses, et des morceaux plus petits encore de solutions. L’enjeu est pourtant l’élan de nos sociétés.

Redevenir des pionniers : l’époque le justifie mais, très simplement, nous ne sommes pas à la hauteur des difficultés qu’elle nous oppose.

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