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Le vieil Emmanuel Kant, que l’on croit à tort très éloigné de la question de Charlie Hebdo assurait que « la liberté d’expression est indispensable à la liberté de pensée ».

J’approuve. Et c’est ainsi, interpellée par LA question que se posent ce soir des milliers de personnes, je vais vers mon blog pour y trouver le fil d’une réflexion sinon d’une réponse.

Ce qui n’est pas interdit est-il obligatoire ? Autrement dit, la liberté d’expression que nous chérissons et tenons, comme le vieil Emmanuel, pour conditionnelle de la Liberté, doit-elle être utilisée à tout moment et pour tout objet, comme un devoir républicain ?

Ce pourquoi tant d’hommes sont morts, et les derniers, il y a quelques jours à peine, vaut-il la vie d’autres encore, fût-ce parce qu’on s’en prive ou qu’on s’y contraint soi même ?

Ce qui nous unit doit-il nous diviser ? Ce qui est intangible connaît-il des limites ? Ce qu’exprime le grand rabbin de France Haïm Korsia « Dès que l’on dit « liberté d’expression, MAIS… signifie qu’on la limite » est-il plus fort que ce que dit le pape François « la liberté d’expression trouve sa limite dans ce qui blesse l’Autre ». Dans les deux cas, les citations ne sont pas littérales et, très probablement, affaiblies. Que chacun veuille bien leur rendre, dans sa tête, toute leur force.

A Cenon aujourd’hui, ville de la rive droite de la Garonne à très forte population immigrée, le Maire s’interrogeait ; en écoutant les informations venues du Mali ou du Sénégal, comme lui, je ne savais rien faire d’autre et découvrais qu’un de mes adages favoris « quand on s’interroge, c’est qu’on s’est déjà répondu » n’est pas juste à tous les coups. D’où l’intervention d’Emmanuel Kant et  de ce petit média qu’est le blog. Pas si petit : il y a quelques jours, un jeune blogueur a été menacé à cause de ce qu’il écrivait  de 1000 coups de fouet en place publique.

La Une de Charlie Hebdo que chacun aujourd’hui se dispute est un message d’apaisement. « Tout est pardonné », peut-on dire mieux ? Mais nombre de musulmans n’en ont retenu que la caricature du prophète, ce qui n’est au demeurant pas exprimé formellement mais que la logique de l’histoire des caricatures attachées à ce journal, suggère.

Plusieurs morts, des églises incendiées et, dans l’hexagone, des visages fermés qui n’ont pas rejoint l’exceptionnelle et grande en tous points manifestation du 11 janvier.

Ces visages fermés sont ceux de citoyens français. Issus de l’immigration, récente ou lointaine, mais en majorité français. Que faut-il penser ? S’ils sont Français, c’est qu’ils adhèrent aux lois et valeurs de la République, où la liberté d’expression a une haute place et chèrement acquise. Ou au contraire : s’ils sont immigrés, nous devons les considérer comme des invités, et comme nous le ferions pour des invités, nous mettrions tout en oeuvre pour ne pas les froisser dans leurs convictions comme dans leurs traditions.

La logique « ils sont Français » l’emporte, et pourtant nous ne restons pas en repos. Certes, les religions chrétiennes, majoritaires sur notre territoire, sont choquées du blasphème mais ne le vivent pas comme une coupure ou un rejet de la République. Oui, mais, mais encore, faut-il exiger, qu’une minorité plus récente ici, plus exposée aux vents venus d’ailleurs, partage ce que je me permets d’appeler une maturité dans la foi.

Faut-il placer l’apaisement avant toute chose ? Se dire : dans la période actuelle, seule la main tendue a des chances d’être entendue. Mais une autre voix répond : des Français, en parfaite concordance avec notre vivre ensemble et nos valeurs républicaines, viennent d’être tués, pris en otage, devons-nous d’aucune façon plier le genou et paraître tendre l’autre joue ?

Je n’ai que des questions, pas la moindre réponse de même taille que l’interrogation. Je sais ce que, dans le vécu quotidien, je ferais : trouver les mots, expliquer, mettre le partagé  bien avant le séparant et l’excluant. Mais même de cela, je ne suis pas autrement fière.

Nos mondes qui s’opposent, s’affrontent et quelquefois font connaissance en direct, ne sont pas en même stade de maturité. Aucun jugement ici, mais le constat que l’imprégnation par la culture universelle n’est pas la même ici et ailleurs. Du temps de l’inquisition, on brûlait les femmes quand en dessinant une croix sur leur peau, la peau se gonflait et s’irritait : le diable les dénonçait.

Ces femmes avaient un terrain allergique et urticarien. Les hommes au demeurant n’était jamais soumis à ce test qui ne faisait que trahir le taux de libération d’histamine dans les tissus.

C’était alors un des visages du diable. Blasphématoire j’aurais été si quelque génie scientifique m’avait révélé la simple réalité. Les religions évoluent avec la conscience humaine. Ce qui n’est en aucun cas une manière de les nier, mais qui peut être, au choix de chacun, une manière de les violenter et de les presser de se mettre à l’heure, ou de les respecter.

La seule chose dont je sois sûre, c’est qu’il n’y en a qu’Une et qu’elle a selon les siècles, les climats, les cultures, les traditions, des visages changeants et quelquefois opposés. Serais-je née juive, musulmane ou bouddhiste, j’écrirais sans doute autrement, je penserais sans doute autrement et c’est pour cela que j’incline au respect et à la concorde.

 

Comments 11 comments

  1. 17/01/2015 at 20:20 Klaus Fuchs

    Ecrit sur mon FB au même moment, mais totalement indépendamment du billet de Michèle:

    « C’est en mon for intérieur comme un malaise qui grandit.. J’observe avec une très grande attention et une tension croissante ce qui se passe en France et ailleurs, en Europe et dans les pays musulmans depuis les attentats de la semaine dernière. J’ai participé avec 4 millions d’autres au grand rassemblement et me sentais à ce moment-là en totale harmonie avec les participants à cette manifestation de solidarité. Oui, il fallait défendre la liberté d’expression; non, personne n’a le droit de tuer et d’être violent en réaction à ce que pensent et expriment d’autres. – Depuis, Charlie hebdo, avec cette Une montrant le prophète en larmes, a été tiré (ou sera tiré) à 7 millions d’exemplaires diffusés en France et dans le monde entier. En même temps, dans les écoles, collèges et lycées un grand nombre de jeunes musulmans (français ou pas) déclarent qu’ils « ne sont pas Charlie », que « les journalistes de Charlie n’ont eu que ce qu’ils méritaient », qu’on « peut tuer quand on porte atteinte au prophète ». Dans de nombreux endroits des pays musulmans des manifestations violentes éclatent, des églises sont incendiées, il y a des morts. Quelle différence avec les déclarations des plus hauts représentants de l’islam en France et en Allemagne! Et le pape (je ne suis pas catholique) dit qu’il ne faut pas insulter la foi des croyants des diverses religions. Et François Hollande insiste à Tulle sur la liberté d’expression. Et des rumeurs sur une grande conspiration anti-musulmane, sur un complot de services secrets se répandent à la vitesse de lumière. Le monde est devenu fou. — J’ai discuté, j’ai lu, j’ai réfléchi et de plus en plus j’arrive à m’interroger sur un point central que j’essaie d’expliquer: le fait de reconnaître comme liberté fondamentale,comme base de la démocratie, de penser et de croire (ou ne pas croire) ce qu’on veut, avec comme seule limite ce qui est interdit par la loi (en particulier le code pénal), le fait donc que ce que publie Charlie hebdo est LEGAL, donne-t-il, sur le plan moral, le droit de porter atteinte à ce que pour d’autres est sacré? Est-ce responsable de le faire en acceptant que cela mène à des réactions furieuses et violentes dans des pays pour qui la « liberté d’expression » est un concept qu’il ne connaissent pas, qui n’existe pas dans leur pays? La RESPONSABILITE, et j’utilise un mot d’une autre catégorie, la SAGESSE, n’imposent-elles pas de renoncer à faire usage de cette liberté d’expression? Faut-il continuer de provoquer même si c’est « légal » en France? Un de mes chefs m’a dit il y’a longtemps, pour caricaturer les Allemands, qu’en Allemagne tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire. Je ne voudrais pas appliquer ce « principe » sur la liberté d’expression. Je pense que le respect des autres suggère plutôt la modération, la retenue, et je répète, la responsabilité. »

  2. 17/01/2015 at 21:15 Phil-1789

    Votre réflexion est sincère et honnête et sera lu avec respect

    Effectivement, il est bien d’évoquer les « invités » , à cela

    + les invités bien élevés savent partir comme il est céans sans s’incruster dans votre
    chambre à coucher
    + la cour Européenne de justice à mis fin au « tourisme social »

    Le Pdt F Hollande a dit dans LA tribune en janvier 2012 qu’il fallait limiter l’émigration
    Ce sujet était connu par le Gl de Gaulle en 1959 R Barre par une loi en 1980

    1975, des documents officiels font état de la nécessité de gérer l’immigration suite à la survenue de la crise économique

    Le Haut comité à l’intégration dans son rapport de 2011, énonce
    + qu’il faut revoir la politique
    + que le mariage est la voie royale pour venir en France
    + que ces personnes ne parlent pas le Francais et sont illettrés
    + comment une femme peut-elle intellectuellement « accepter »
    la polygamie, les certificats médicaux de virginité, les excisions du clitoris des petites filles, etc …
    + Comment se fait il que la Loi sur le port de la burka ne soit pas appliquée ?
    + Comment se fait-il que la Marseillaise ne soit pas chanté à l’école Loi de 2005
    En France pays des Lumières des Droits de l’Homme
    + Comment peut -on demander appeler à auto-censure sans remplir tous les articles de la déclaration des droits de l’Homme « et » du Citoyen de 1789 en Préambule à notre
    Constitution

    Reste juste à se demander si le PS ayant désindustrialiser la France à partir des années
    1981 n’a pas perdu ses « ouvriers » et se trouve à chercher une autre clientèle.

    Les prochaines élections diront ce qu’en pensent le Peuple Souverain (Art 2 constitution)
    et qui attend avec impatience à reprendre sa Nation en main par des référendums populaires (Art 11 de la const)

    Les Citoyens ne confondent pas « terroriste » , « voyous » , « immigré » et « islam », « assistanat » et « solidarité »

    LA loi de 1905 ne permet pas de payer avec des deniers publics des mosquées à travers des circuits Association loi 1901 et sous couvert de maison de la « culture ».

    Mes impôts, ma libre contribution (sic) art 14 de DDHC ne sont pas à disposition de l’assistanat que je ne confonds pas avec « Fraternité »

    Au nom de tout cela, vos propos m’ont blessé !
    et je crains que la marche du 11 Janvier était un pèlerinage de la Bastille de 1789
    pour rappeler au personnel politique que il ne faut pas parler mais agir.

    Ce soir nous en sommes à 7 Millions de CharlieHebdo
    un journal de « jeunes » et gentils « anar » devenus un symbole de la FR
    Les Représentants du Peuple devraient avoir honte et en bloc démissionner
    pour avoir failli aux valeurs de la République de 1789 à 1958 !

  3. 17/01/2015 at 21:32 Eric

    Autres temps, autres lieux, autres moeurs. Et notre monde mondialisé fait coexister tous ces « autres ». C’est peut être la meilleure réponse même si elle n’autorise aucune attitude pratique

  4. 18/01/2015 at 09:17 Michèle Delaunay

    Une approche rationnelle incline à ne limiter en rien la liberté d’expression mais à souligner la responsabilité de son usage (sans que cet usage, hors appel au racisme, à l’antisémisme, au terrorisme .. , soit pénalisé ni pénalisable.

  5. 18/01/2015 at 10:44 Charlotte

    Les questions, nous nous les posons beaucoup ces derniers temps.
    Quelques réflexions sont apparues à mon esprit en vous lisant :
    Déjà, l’insulte publique est déjà interdite. Je n’ai pas le droit de vous traiter de conne par médias interposés. Sauf si cela rentre dans le cadre de la parodie. Enfin, si mes souvenirs sont bons.
    Ensuite, il y a moult français qui n’appartiennent pas au même « peuple » que nous. Quid des fascistes, les « vrais », ceux qui trouvent que le FN sont des tapettes infinies, qui voudraient mettre au bûcher tous les juifs de France et les franc-maçons. Qui voudraient voir le pouvoir blanc et chrétien absolu. Ils sont souvent français depuis moult générations, blancs, chrétiens. Mais ils refusent l’idée de faire partie du même peuple que nous, complice du pouvoir juif blablablablabla…
    Ceux là cracheraient dans la main que nous pourrions leur tendre.
    En cela, ils sont bien plus « irrécupérable » que les gamins de 2è ou 3è génération que nous avons laissé grandir seuls, au milieu des français que nous trouvions infréquentables.

    L’idée de Peuple, elle est floue. Je viens de finir ‘Qu’est-ce qu’un Peuple ?’ (éd. La Fabrique), fait de plusieurs articles différents sur cette définition.
    Ce que j’en retiens est 2 choses différentes : 1) le Peuple uni n’existe pas puisque lorsqu’on parle de « peuple » en général on s’en extrait pour défendre les plus faibles que nous… aka le peuple, c’est les autres et puis 2) « nous, le peuple » c’est un rassemblement de corps dans l’espace public qui en se rassemblant adhère à sa définition et valide l’idée qu’il est lui, le Peuple, dans son ensemble, incluant les réfractaires toujours dans leurs canapés.

    Maintenant, il va falloir que nos élus en place aujourd’hui comprennent une chose : c’est le Peuple qui les a élu, ils ont notre pouvoir pour faire ce que veut « le peuple » et non ce que veut « la finance » (désolée, je n’ai pas encore regardé les débats de la nuit sur le travail du dimanche… mais votre idée de partage, elle est importante et si souvent

  6. 18/01/2015 at 17:58 Eric

    Il semble que cette interrogation gagne de plus en plus de Français. Les « survivants » de Charlie hebdo ont une lourde responsabilité sur le dos et je comprends qu’ils n’aient pas envie de plier le genou après ce qu’ils ont subi. Difficile d’abord pour eux.

  7. 19/01/2015 at 09:33 BB

    Ma chère Michèle, Mon cher Klaus,

    Je réagis içi comme ailleurs à vos propres réactions, à la fin d’une semaine qui à mon sens incarne (malheureusement) le début d’un monde nouveau. Tout d’abord je suis surpris que dans de nombreuses réactions, la discussion se limite à la France et aux français, comme si ces attentats ne concernaient que notre pays et sa façon de vivre en relation avec le monde, et en particulier les religions. Il s’agit (après d’autres) d’une attaque contre des valeurs fondamentales que notre pays partage avec de nombreux autres pays de part le monde et en particulier en Europe : démocratie, liberté, égalité fraternité, vivre-ensemble, laïcité (sous quelque forme que ce soit). Ceux qui ont commandité et exécuté ces actes barbares, qui ont tué des journalistes parce qu’ils étaient journalistes , des policiers parce qu’ils représentaient l’ordre républicains et des Juifs parce qu’ils étaient Juifs, ceux-là parmi lesquels des français, refusent de toutes leurs forces ce qui fait l’essence même de nos sociétés et de notre mode de vie. Que certains cercles religieux sincères de toutes obédiences soient choqués, voire indignés par l’esprit Charlie Hebdo, je le comprends, même si je ne le partage pas. Etre « Charlie Hebdo » ce n’est en rien accepter la vision du monde Charlie Hebdo ni ses outrances, c’est défendre une vison du monde à laquelle l’immense majorité des européens est attachée viscéralement. A ce titre je comprends et respecte la réserve qu’ont eu certains pays et institutions officielles vis-à vis des manifesations ( Maroc, Algérie,…), mais c’est la loi d’une vie en démocratie. Les barbares qui appellent aujourd’hui à faire disparaitre CH et son expression sont les ennemis de cette démocratie et sont les moins fondés, c’est le moins que l’on puisse dire à défendre la liberté d’expression, qu’elle soit religieuse, ou autre (droit des femmes, droits de l’homme, etc…) en France ou dans le monde.
    Dans ce contexte, appeler à la responsabilité pour donner raison à ceux là même qui ont utiliser la violence la plus extrème pour tuer journalistes, policiers et juifs, c’est contribuer à accorder crédit à leurs revendications et à leur vision du monde, et ouvrir la voie à une surenchère mortifère (plus de reportage, plus de contestation), dans ce domaine comme dans d’autres. Aurait-on idée d’appeler à la responsabilité contre ceux qui tuent ceux qui pratiquent des IVG aux EU ?

    Ce qui vient de se passer nous obligent toutes et tous et à exprimer et défendre nos valeurs républicaines dans un monde ou celles ci sont menacées à une échelle complètement nouvelle.

  8. 19/01/2015 at 18:52 Klaus Fuchs

    Très cher Bertrand, ton commentaire me montre combien il est compliqué de trouver la balance entre plusieurs principes qui devraient déterminer notre « vivre ensemble » (un néologisme qui commence aussi à être galvaudé). Liberté (d’expression, de croyance, de conscience) vs. tolérance, respect et responsabilité? C’est la première fois que je vis ce dilemme dans notre société. Sans doute le fait que je n’ai pas été « formaté » en France contribue à mon désarroi devant les divergences que manifestent mes amis parmi je suis même en minorité sur ce point. Mais, un peu comme Luther qui devant Charles Quint qui lui demandait d’abjurer ses thèses iconoclastes, dit: »Me voici, je ne puis faire autrement, que Dieu m’assiste, amen! », je défends ma position qui consiste à renoncer à exercer mon droit plutôt qu’à ne pas respecter la foi d’autrui. Et cela ne veut pas dire que je lui ‘donne raison », que je me soumets, comme tu l’interprètes. Mais la sagesse me suggère de penser: cela me coûte moins cher de ne pas défendre A TOUT PRIX ma liberté de m’exprimer que d’offenser un autre dans le plus profond de SA conscience qui vaut autant que la mienne; ou , très concrètement, sachant que vivre ma liberté jusqu’au bout, peut coûter la vie à des gens et causer d’autres dommages que la responsabilité m’impose d’éviter. Je ne sais pas si cette explication rend ma position plus compréhensible, mais je la ressens comme la mienne, sachant et admettant que d’autres peuvent avoir d’autres convictions.

  9. 19/01/2015 at 23:30 BB

    Cher Klaus

    Je ne doute pas bien sur un instant que nous ne soyons du même coté de la barrière. Pour ajouter à nos échanges, je ne suis pas sur que ce soient les musulmans les plus pieux et les plus au fait du sacré qui soient le plus choqués voire outragés par l’esprit CH et tu sais comme moi qu’un certain nombre de ces réactions sont orchestrées voire préparées minutieusement pour des motifs bien autres. De toute façon, RIEN ne peut justifier , un millimètre, cette violence physique et barbare face à la dérision. Comment imaginer qu’en reculant, on va fournir une once de marge de manoeuvre à nos pays et nos démocraties face à ces mouvements. Que sais-je les victimes de Merah, de Menouche et de Coulibally n’avaient rien à voir avec CH. Les Etats-Unis qui -Dieu sait -(si je peut encore me permettre cette expression) n’ont jamais manqué de respect aux religions dont l’islam font néanmoins largement partie des grands Satans depuis des années.

  10. 27/01/2015 at 20:01 Laurent

    Aux lecteurs et participants à ce blog de Michèle Delaunay.
    Que dire du chevalier de la Barre qui fut tué pour avoir refusé d’enlever son chapeau devant une procession de moines capucins? Chaque cas est particulier mais le cas de Charlie Hebdo me semble être un point de départ qui peut prendre deux chemins: soit la pérennisation de ce qui appelle à la « responsabilité » (je cite) et donc une sorte de soumission à la barbarie et à une forme de fascisme totalitaire tel que le nomme l’éminent et médiatique psychiatre B. Cyrulnik. Dit autrement, faut-il ne pas entrer dans une forme de résistance, ou de guerre plus active que résistante? Je crois que nous n’imaginerions pas une fraction de seconde que le sort réservé au chevalier de la Barre se reproduise en 2014 et plus… Et c’est même assez terrifiant (pour dire le pouvoir du terrorisme) d’avoir à trancher sur cette question, comme sur celle des caricatures de CH. Comme si la question se posait? À mon sens ça ne va pas dans le sens de l’Histoire (ou le moindre obscurantisme, même au nom de la responsabilité, de morts potentiels), d’où le deuxième chemin possible. Dans un sens ce fut celui des héros ou martyrs de la résistance durant la 2ième guerre mondiale morts pour anéantir le nazisme, certes à une autre échelle mais quand même. Qu’en serait-il si tous, ils avaient opté pour la collaboration et pas la résistance. L’Histoire n’a jamais été et ne sera jamais un fleuve tranquille, un espace-temps où tout n’est que luxe, calme et volupté, il faut bien se faire une raison. Quant à la sagesse, je trouve qu’elle a toute sa place dans le monde religieux et quand même pas dans un journal satyrique. D’autant la une: « tout est pardonné » fait référence au prophète dans le coran qui pardonne a ceux qui l’ont offensé, torturé… Clin d’oeil à une devise coranique qui montre le chemin du pardon pour de tels actes, à fortiori pour des caricatures qui BIEN comprises ne sont pas diffamatoires: Cabu bien qu’athé n’avait rien contre les croyants et écrire: « c’est dur d’être aimés par des cons (=les intégristes écrit blanc sur noir) » c’est montrer à quel point il respectait le prophète Mahomet qu’il montrait en larmes…
    Je crois qu’il faut mettre le paquet sur les renseignements, la surveillance des 3000 plus dangereux et mieux encadrer les évènements dans les mosquées (on ne sait pas ce qui s’y passe actuellement; les services de renseignements n’y mettent pas leur nez, ou leurs oreilles) avec le concours des rares figures du culte musulman en France. Il est évident que ces lâchent ont été endoctrinés et qu’il y a une influence et l’aide financière des islamistes radicaux et antisémites à l’étranger (Yémen, syrie, Etc…). Je place les assassinés de CH au même rang que le chevalier de la Barre. La suite à donner va de soi…

  11. 28/01/2015 at 00:00 Klaus Fuchs

    @ Laurent. Félicitations sincères pour ce commentaire qui montre très bien le clivage (ou dilemme) entre les deux « chemins » à prendre. Mais je le dis tout de suite: opposer héroïsme des « résistants » aux « sages » et « responsables » me met très mal à l’aise. Il faut dire que mon malaise se nourrit de mon histoire familiale : je suis né en 1939 et vivais avec mon père, ma mère et mon petit frère à Berlin. Mon père, né en 1911, est originaire de Nuremberg et a quitté cette ville en 1936 pour échapper au risques politiques auxquels il s’était exposé en affichant un peu trop son aversion par rapport aux nazis dont un des pires, Julius Streicher, était le « gauleiter » omnipotent de cette ville. Il a saisi l’occasion qu’un ami lui a offert de joindre comme spécialiste de statistiques économiques un établissement rattaché à ce que devint plus tard le ministère responsable de l’économie de guerre sous Albert Speer (« l’architecte du Führer »). Arriva la guerre et dès 1940/41, et il fut de plus en plus mis sous pression d’adhérer au NSDAP, le parti nazi. Lui a considéré que sa principale responsabilité était de protéger sa famille, qui aurait pu être menacée dans un système qui ne faisait pas dans la dentelle avec ceux qui n’étaient pas « pour » et n’hésitaient pas de pratiquer la « sippenhaft », la responsabilité collective de tous les membres de la famille. Tout en sachant comme « initié » que Hitler ne pouvait pas gagner la guerre et que le nazisme était condamné à brève échéance, il a donc pris sa carte du parti nazi, sans la moindre activité militante, mais ce qui lui valait tout de même dans le cadre de la dénazification d’après-guerre un an d’interdiction de travailler. Aurait-il mieux fait de refuser la carte du parti quitte à exposer sa famille et lui-même aux représailles nazies, voire aurait il dû aller plus loin et essayer témérairement (on est en pleine guerre dans l’Allemagne de la Gestapo!) de joindre la résistance allemande (oui, il en existait)? Je ne sais pas ce que j’aurais fait à sa place devant le choix « responsabilité » vs. « résistance », et je trouve que, comme moi, personne ne peut condamner celui qui choisit dans une telle situation la première voie. Et peu savent comment ils réagiraient eux-mêmes « au pied du mur ».
    J’ai choisi un exemple de la vie de mon père, mais je pense que personne n’a le droit d’exiger de quelqu’un d’autre de devenir héroïque plutôt que de choisir ce qu’il considère comme son devoir responsable. Venons maintenant à la situation actuelle, celle de CH ou d’autres publications: ceux qui publient aujourd’hui des caricatures savent que certaines provoquent des réactions violentes viscérales chez des croyants dont le système de valeurs n’est pas le nôtre et qui peuvent, en France ou dans d’autres pays, causer jusqu’à la mort de nombreuses personnes. Bien sûr, ils ont le DROIT, la totale liberté juridique de le faire, et personne ne doit les leur contester dans la République française, mais tout de même: le prix qu’eux-mêmes et de tierces personnes peuvent devoir payer ne suggère-t- il pas de la modération par sagesse et par responsabilité? La population française semble être divisée sure cette question en deux camps presque identiques. Moi je plaide pour ce que j’appelle la responsabilité, d’autres pour l’attitude de vivre leur liberté quel que soit éventuellement le prix à payer. A chacun de se déterminer.
    Un dernier mot: classer la responsabilité , la sagesse dans le domaine de la « morale » et du « religieux » est un peu léger si on veut en déduire un choix de moindre légitimité. Cela ne me semble pas correct, car notre société ne peut pas se passer de morale, d’humanisme, avec ou sans dieu.

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