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Députée PS de la Gironde et ancienne ministre du gouvernement Ayrault, Michèle Delaunay revient sur le sens de la transition démographique.

Interview réalisée par Aquisuds

Aquisuds : Comment définir la transition démographique ?

Delaunay : En parallèle à la transition énergétique et à la transition écologique, il y a aussi la transition démographique, qui s’impose sous l’effet de plusieurs constats : 30% de la population a plus de 60 ans ; l’espérance moyenne de vie, à partir de la retraite, est de 30 ans. Le nombre des grands âgés (85 ans et plus) est en constante augmentation mais il s’accompagne aussi d’un accroissement de personnes atteintes d’Alzheimer, de démence ou en état de dépendance. Tout cela implique une véritable gestion politique et sociétale de ces phénomènes, c’est-à-dire la mise en place d’une transition démographique. Il faut anticiper cette transition, afin de rendre le vieillissement moins douloureux, moins dangereux et moins coûteux.

Quelles sont les mesures envisagées pour faire face à la transition démographique ?

Citons quelques unes : Il faut envisager de retarder le départ en retraite, en tenant compte de la pénibilité des métiers. On doit aussi lutter contre l’isolement des personnes âgées, en favorisant des actions de solidarité entre les générations. Pour ce qui est du logement, il faut qu’il soit un élément de l’autonomie de la personne âgée, par sa situation géographique, son adaptation et son aménagement. Cette autonomie se construit aussi avec l’utilisation de véhicules électriques autres que la voiture.

                                 « Jeunes Âgés » et « Grands Âgés »

Quand on parle de personnes âgées, de quel âge parle-t-on ?

Il faut distinguer les « Jeunes âgés », de 60 à 80 ans, des « Grands âgés », dont l’âge va de 80 à 110 ans. Aujourd’hui il y a environ 25 000 centenaires en France. C’est une forme d’exploit biologique qui se généralise de plus en plus. Dans les maisons de retraite, on trouve principalement les Grands âgés. Une grande partie vit chez eux, en meilleure forme qu’autrefois. Il y a donc deux générations de retraités. Les Jeunes âgés qui sont les plus nombreux constituent les partenaires importants dans la politique de cohésion sociale. Les Grands âgés, qui sont les plus fragilisés par la perte d’autonomie. Ils méritent davantage l’effort de solidarité nationale.

                                             Le prix du grand âge

Les personnes âgées coûtent-elles cher à la société ?

Il y a une augmentation des personnes âgées et de leur durée de vie, donc les maladies chroniques coûtent plus cher, sans oublier que des maladies qui tuaient rapidement autrefois sont devenues aujourd’hui des maladies chroniques. Avec l’allongement de la durée de vie, la mort survient beaucoup plus tard aujourd’hui, après un long temps de bonne forme relative et une période de 2 à 10 ans de perte d’autonomie. Cette période est très coûteuse pour la société. Pour nos sociétés actuelles, cette non-mort des personnes âgées dépendantes devient plus gênante que leur mort. Le nombre et le coût des soins palliatifs ont augmenté. Il faut donc une politique de prévention beaucoup plus énergique.

Si les personnes âgées coûtent cher, est-ce qu’elles ne suscitent pas aussi une certaine dynamique économique ?

En effet, il y a plusieurs secteurs d’activité économique autour des personnes âgées. Citons le domaine de la domotique, du numérique et des objets connectés. Il faut rappeler également le tourisme culturel et celui du bien-être. L’impact du vieillissement s’exerce aussi sur les achats, notamment de produits simples et solides qu’on n’a pas à changer. Parallèlement à ces secteurs, un nouveau domaine se développe : celui des services à la personne, qui recrute de plus en plus, et est donc créateur d’emplois. Je me suis battue, entre autres aux cotés de Marie-Arlette Carloty, pour le lancement du  Plan EDEC, c’est-à-dire : Engagement pour le Développement de l’Emploi et des Compétences autonomie, avec la signature de Michel Sapin, prévue pour le 27 mars 1914. Il sera présenté le 9 avril au Conseil des Ministres. Ce Plan contient trois volets principaux : il favorise le développement des métiers de l’autonomie, il contribue à la création d’emplois dans ce domaine, il vise à la professionnalisation des travailleurs de ce secteur, afin d’éviter la précarité des gens qui y travaillent.

                Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle

L’écrivain et philosophe africain Amadou Hampaté Ba disait qu’en Afrique « un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». N’y a-t-il pas ici aussi un précieux capital d’expérience et de connaissances chez les personnes âgées en France ?

Nous avons pris conscience de cela, et de la nécessité de capitaliser ces connaissances. C’est pour cela que nous favorisons des ateliers-mémoire mais également un travail pour recueillir les souvenirs de personnes âgées, notamment, pour reconstituer la mémoire d’un quartier, comme cela a été fait pour le quartier du Grand Parc à Bordeaux.

En ce qui concerne les personnes âgées, le cadre de vie est-il le même et a-t-il le même résultat dans les populations locales et dans les populations migrantes ?

Chez les migrants, on constate moins de problèmes d’Alzheimer, du fait que les personnes âgées restent plus longtemps dans leur famille et qu’ils bénéficient davantage de la solidarité familiale. Dans le cas des Marocains par exemple, le poids du clan familial est très présent et assure un rôle protecteur de la personne âgée.

                          Le bon et le mauvais communautarisme

Ce constat ne devrait-il pas nous amener à voir autrement le communautarisme qui est perçu comme un épouvantail de la part des élites politiques de droite et de gauche ?

Le communautarisme a plusieurs sens. Il faut distinguer un communautarisme qui est une sorte de repli sur soi d’un groupe, pour la défense d’avantages. En ce sens on peut parler de  communautarisme breton, africain, ou musulman, et autres. Ce type de communautarisme mène à l’intégrisme politique ou religieux. Il faut le distinguer d’une communauté familiale qui maintient des liens de solidarité entre ses membres. Pour ce qui est des communautarismes régionaux, il convient de rappeler que les Régions sont aussi des entités économiques intégrées dans un ensemble national.

Les 3 A de La loi d’adaptation au vieillissement : Anticiper, Adapter, Accompagner

Vous avez élaboré une loi d’adaptation au vieillissement, qui a été votée à l’Assemblée Nationale. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous partons d’un constat : les plus de 60 ans sont au nombre de 15 millions aujourd’hui ; ils seront 19 millions en 2025. Il faut donc s’adapter à ce vieillissement de la population et développer une culture de l’autonomie. Il s’agit d’un projet de loi adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, par une large majorité (302 voix contre 181) le 17 septembre 2014. C’est une loi importante qui contient une centaine de mesures. Elle repose sur trois piliers qui en constituent le triple A : Anticipation, Adaptation, Accompagnement. Il faut anticiper la perte d’autonomie des personnes âgées, adapter les politiques publiques au vieillissement de la population et accompagner leur prise en charge. La lutte contre l’isolement prend forme dans le projet MONALISA, c’est-à-dire : la Mobilisation Nationale contre L’Isolement Social des âgés. Le projet de loi tient compte de l’adaptation du logement des gens âgés et du transport les concernant. Il clarifie le fonctionnement des Etablissements d’Hébergement des Personnes Âgées  Dépendantes, ou EPHAD. Le projet de loi inclut une revalorisation de 15 à 60 % de l’Allocation personnalisée aux Personnes Âgées (APA) ainsi que l’accès aux technologies de l’autonomie. L’une des mesures phare de ce projet consiste à faciliter l’acquisition de la nationalité française pour les immigrés âgés de 65 ans  au moins, résidant en France depuis 25 ans et qui ont un enfant français. Rappelons que l’UMP a voté contre cette mesure. Par ailleurs cette loi propose aussi de professionnaliser les aidants qui s’occupent des personnes âgées. La loi que je résume ici sera appliquée dans l’Outre-Mer et fera l’objet d’un rapport d’évaluation entre septembre 2016 et septembre 2017.

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