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J’ai failli écrire : éduquer et élever le peuple. Le mot est devenu inutilisable. Jules (pas Luc !) Ferry l’utilisait volontiers. On aurait dit alors que nous étions « une gauche décomplexée ». Malheureusement, aujourd’hui seule la droite peut prétendre l’être.

Le peuple, c’est nous, vous, moi, qui en avons ralbol d’être traités en veaux, pas élevés du tout, ni sous la mère, ni devant les écrans, ni nulle part ailleurs.

A quelques jours de notre Université d’été du PS, ça ne fait jamais de mal de s’interroger sur les enjeux du socialisme-humanisme auquel nous (je et sans doute nombre des lecteurs de ce blog) prétendons appartenir.

Elever et éduquer. Ou l’inverse : éduquer et élever. Ces deux-là sont et doivent être indissociables. Eduquer tout court est trop rigide. J’ai toujours dans le coin de l’oreille, en écoutant le mot isolément, les camps de rééducation et autres joyeusetés dont un esprit libertaire en même temps que républicain ne veut pour rien au monde.

Nous ne devons pas avoir honte de vouloir enseigner, donner des modèles, ouvrir l’accès à la connaissance, plus encore ouvrir l’accès au désir de connaissance. Quand on dit aujourd’hui qu’on aime le travail et l’étude (relisez ce début de phrase, rien qu’avec cela, je prends cinquante ans dans la figure !), on a l’air ringard. Je persiste et je signe : je voudrais que nos écoliers, nos collégiens, nos étudiants aient l’obsession d’apprendre. En langage moderne, cela s’appelle aussi : miser sur « l’économie de la connaissance ».

« Lernen, lernen, lernen » (« apprendre, apprendre, apprendre »), c’est cette obsession que l’on disait caractéristique des juifs ashkénases. Alors, comme avec Kennedy nous sommes tous Berlinois, je voudrais que nous soyons tous juifs, et plus encore juifs berlinois !

Patrice Leleu, Président ou Directeur de TF1, je ne sais, s’est fait un nom dans l’histoire de la pensée universelle en disant « nous (les médias télévisés) sommes là pour vendre de l’espace de cerveau disponible pour Coca Cola ». Il a eu du courage au moins de l’exprimer. Ceux qui le pensent et qui le font sont chaque jour plus nombreux. Et le cachent.

Je voudrais que le CSA engage un José Bové de la mal-bouffe intellectuelle (modestement, je me propose pour le poste) et condamne les programmes trop indigents. Hélas, il y aura toujours alors, même (surtout) dans nos rangs pour crier à l’attentat contre la liberté d’expression.

Il y a pourtant une sorte d’état d’urgence. Les révolutionnaires de 89 et suivantes disaient: « La nation est en danger ». C’est vrai aujourd’hui, mais de toute autre manière. Tout abaisse, tout avilit, tout contente sans satisfaire.

Pas tout, bien sûr, mais trop.

J’appelais de mes voeux, il y a quelques billets de là (17 août), une déclaration de principes des socialistes limpide comme la déclaration des droits de l’homme ou le poème de Rudyard Kipling « Tu seras un homme, mon fils » (Rudyard Kipling n’était pas un socialiste fanatique, mais enfin, au moins savait-il écrire !). « Eduquer et élever », refuser, éloigner tout ce qui avilit et ne sert qu’une consommation imbécile ou des intérêts financiers fondamentalement délétères, devrait faire partie de cette déclaration.

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