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Dans son intervention télévisée du 24 avril, le Président de la République a affirmé que le taux de chômage des immigrés réguliers était de 22% et il y a trouvé raison à ne pas régulariser les sans papiers qui travaillent.

Le 7 mai, interpellant le ministre Brice Hortefeux lors des questions d’actualité, j’ai évoqué ce chiffre en insistant sur le fait qu’il ne m’avait été confirmé par aucun institut statistique, le dernier chiffre paru étant 15,5%.

« Le point » a relayé cette divergence. Cette semaine, le secrétaire général de la Présidence de la République, a exigé que soit publiée un courrier d’une page pour justifier le chiffre du Président. L’insee, certainement soumis à une interrogation soutenue de la part de la Présidence a, en effet corrigé en disant que 22% ne concernait que les immigrés non issus de l’Union Européenne.

Ainsi, pour le Président de la République, il y a de bons et de mauvais immigrés.

Ci-après ma réponse à la lettre de Claude Guéant.

Réponse à la lettre de Claude Guant, parue dans « le Point » en date du 5 juin 2008

Il est assez divertissant de voir M. Claude Guéant, secrétaire général de la Présidence de la République, venir à la rescousse de M. Brice Hortefeux à qui pourtant était destinée la question que j’ai posée au gouvernement le 7 mai dernier et qui évoquait le chiffre de 22% de chômeurs parmi les immigrés en situation régulière. Il n’est décidément de pensée juste qu’à l’Elysée et même sur un sujet où, bonne ou mauvaise, M. Hortefeux a quelque réputation, c’est bien à la Présidence qu’il revient de définir qui sont les bons et les mauvais immigrés.

Le commentaire de M. Guéant aggrave, à mon sens, le fond du problème. J’ai pour ma part stigmatisé le fait que l’on bâtissait la politique d’immigration sur des peurs supposées. En voilà une preuve supplémentaire : les immigrés dont parlait Nicolas Sarkozy dans son intervention télévisée du 24 avril dernier, l’étaient au sens où « l’entendait le Président de la République et telle qu’elle est d’usage dans l’Europe d’aujourd’hui ». Traduisez : Africains, Asiatiques à la rigueur ; mais de préférence de couleur. C’est le sens où l’on entend habituellement le mot d’immigré à l’Elysée.

L’Insee que j’avais interrogée avant mon interpellation (comme d’ailleurs plusieurs journalistes qui s’en sont fait l’écho), avait répondu que le seul chiffre dont on disposait était celui de 15,5% de chômeurs dans la population immigrée étrangère, et que l’on ne disposait d’aucune autre statistique.

Pourtant si, une interrogation soutenue par le cabinet présidentiel a montré que l’on distinguait des immigrés issus de l’Union européenne et d’autres hors de l’Union. En un mot, il y en a qui sont plus immigrés que d’autres : les Moldaves plus que les roms, les Bosniaques plus que les slovènes…

Bien sûr, il y a les Suédois, les Allemands, les Luxembourgeois et les Danois : ceux là sont de bons immigrés, ne serait-ce que parce qu’ils n’immigrent pas.

Pour moi, pour le groupe socialiste, radical et citoyen, disons-le, la définition d’un immigré est celle adoptée par le Haut Conseil à l’intégration : « une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France », et il me semble que le devoir d’un homme politique, s’adressant officiellement au pays, est de s’en tenir à cette définition, et non pas d’introduire des discriminations entre ces étrangers résidant chez nous.

La réponse longuement élaborée du Secrétaire général de l’Elysée va en effet dans le sens de ce qui était le cœur même de mon interpellation : ce gouvernement bâtit sa politique de l’immigration sur des « peurs supposées » qu’il favorise en distinguant les uns des autres et en les opposant. Qu’ils soient Bulgares ou Marocains, Slovènes ou Vietnamiens, ceux qui travaillent en France n’en ont pas moins droit à la considération d’un Président qui rappelait dans cette même intervention du 24 avril, qu’il voulait être le « Président de la valeur travail ». Ces étrangers se lèvent tôt, se couchent souvent tard, et leurs gains, dont un grande partie va dans l’aide à leur famille restée sur place sont aujourd’hui supérieurs à l’aide de la France au co-développement que ce même Président s’est empressé de réduire à l’occasion de son premier budget. Rappelons en effet qu’alors que la France assurera la présidence de l’UE au second semestre 2008, l’aide française est l’une de celle qui a le plus fortement chuté en 2007 au sein de l’UE, en passant de 0,47% de son Revenu national brut en 2006 à 0,39% en 2007. Avec 7,2 milliards d’euros alloués en 2007, l’APD française a ainsi diminué de 16% en termes réels, alors que, la même année, l’Espagne a accru son aide de près de 34%. Les travailleurs immigrés contribuent ainsi à notre place au co-développement.

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