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« La génération du baby-boom s’approche du grand âge. Elle va y apporter deux beaux défis : les « non-parents » ou « solos-séniors » et la question des Ehpad-LGBTfriendly ». Cette phrase, prononcée aux assises des EHPAD » et devenue un tweet, a peu bousculé à la fois les particiipants aux assises et les abonnés de mon compte twitter ; non pas tant la première assertion, concernant les « non-parents » qui représentent pourtant plus de 10% de la population adulte, mais par la seconde évoquant la possibilité d’ « Ehpad affinitaires ».

Etrange, car depuis la création du mot EHPAD et celle des « maisons de retraite » ou des « hospices » qui l’ont précédée, les établissements affinitaires ont toujours existé. Avouons qu’il s’agissait alors quasi-exclusivement d’établissements à « affinités » religieuses.

La loi, depuis toujours, le permet. Elle exige seulement que nul ne puisse être exclu de ces établissements en raison de sa non appartenance à l’affinité en question. Tout cela est parfaitement républicain et désormais compris de tous.

Le mot « affinité », ne convient pas à la pratique d’une religion mais il convient parfaitement à la proximité que l’on ressent envers quelqu’un qui partage la même foi ou la même expérience de vie. J’ai été reçue, dans mon temps de ministre, dans un EHPAD de l’association « casip-cojasor » où résidaient très majoritairement des juifs rescapés du ghetto de Lotz. On imagine la force du mot « affinité » pour ce qui les liait et, quand ils ont entonné en mon honneur des chants Yidish dont ils n’avaient oublié aucun mot, ni aucune note, une véritable transfiguration était lisible sur tous les visages. Ces personnes très âgées, infiniment fragiles ne constituaient plus qu’un seul corps.

Je n’oublierai jamais ce moment ; il a fini de me convaincre du droit absolu à vouloir finir sa vie au milieu de ceux avec qui l’on a vécu.

De la même manière, même si la force de l’émotion n’avait pas la même densité tragique, cette certitude a été confirmée lors d’un colloque que j’avais organisé, réunissant des personnes LGBT vieillissantes * qui a été suivi d’un rapport sur le sujet Elles avaient toutes connu un « outing » qui n’allait pas de soi et traversé le drame du SIDA. Toutes aussi exprimaient le désir de vieillir au sein ou à proximité de leur communauté. Aujourd’hui beaucoup plaident pour des résidences-autonomies affinitaires et le grand âge aidant, pour des EHPAD « LGBT friendly » où elles pourraient vivre sans avoir jamais à avoir à se justifier.

La génération Boomer s’approche de l’âge d’entrée en EHPAD, institution qu’elle connaît aujourd’hui surtout en tant qu’aidant. Elle est celle des grands combats pour l’identité sexuelle  et il est probable que l’interrogation qui est la mienne doive trouver prochainement des réponses, d’autant qu’une part importante des « non-parents » est constituée de personnes LGBT, ce qui accentue leur sentiment de solitude.

Je serais très heureuse d’un débat à ce sujet. Les équipes des EHPAD sont de plus en plus attentives à ne pas discriminer un, ou une, résidente LGBT et à savoir ce que représente le traitement du SIDA. Pour ma part, je n’aurais cependant aucune réserve à ce qu’un établissement reconnaisse son caractère affinitaire et que des grands-âgés souhaitent lui donner la préférence.

  • https://www.autrecercle.org/sites/default/files/2013_11_rapport_vieillissement_lgbt_et_pvvih.pdf

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