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Mon Papa est mort dans cette maison où je suis maintenant il y a neuf ans exactement. La chaleur, le vide, le silence étaient les mêmes, et c’est eux que j’écoute en ce moment, effrayée de la rapidité du temps.

C’est d’une banalité écrasante, mais ce n’est bien sûr pas le temps qui passe, mais la vie elle-même. Dans une émission de France-culture faite uniquement de témoignages de cubains, il y a quelques soirs de là, j’ai entendu revenir à plusieurs reprises ce que je dis et répète sans cesse : chacun n’a qu’une seule vie. Et c’était cela qu’exprimaient les Cubains : voir leur vie passer, avec d’un côté l’absence d’avenir, et de l’autre, s’ils s’exilent, l’impossibilité de revenir dans un endroit dont ils aiment eux-aussi chaque bruit et chaque couleur. Après onze mois d’absence, un Cubain est déclaré déserteur de son pays, perd ses biens et le droit d’y revenir.

Chacun qu’une seule vie, si vite gâchée, si vite passée.

Comments 3 comments

  1. 05/08/2007 at 16:49 M.V.

    "De toute façon, la question est bouclée, mon génome est déchiffré, le ver ELEGANS est dans ma lignée, la vie est absurde, la mort n’a plus de sens, le néant est sans imprtance, l’Eternel Féminin est remisé au musée, la guerre des sexes a tourné à l’ennui, le Surhomme a enfanté le Sous-Homme, on est en plein reflux millénaire.
    Ou bien, le contraire: la Terre est enfin libérée, elle danse; mon génome est un passeport; la vie s’allonge en tout sens; Dieu ressuscite à chaque seconde; le Diable le sert; l’Eternel féminin est plus amusant que jamais; la guerre des sexes n’a jamais été aussi excitante; la mort s’incline; le Surhomme plane; c’est la grande marée des siècles.
    Vous avez droit, chaque matin, à ces deux visions du monde.
    Choisissez".
    ( in "Une vie divine" de Phlippe Sollers, qui relit Nietzsche ; Nietzsche qui a adressé des livres brûlots à une Europe cynique, frivole et décadente, celle de Robert Musil- "l’homme sans condition")
    Mais la politique autant que les livres peut sauver la vie.

  2. 05/08/2007 at 17:02 M.V.

    Toutes mes excuses pour le lapsus: le livre de Robert Musil, c’est "l’homme sans qualités", bien sûr.

  3. 05/08/2007 at 23:20 Lucas Clermont

    Mais d’être hanté ainsi par cette question rend maintes préoccupations dérisoires. Ce qui libère l’esprit pour mieux s’imprégner de l’évanescence de la vie. Un cercle, en somme.

    De cet écoulement j’ai également une perception indirecte. J’achète mes livres d’occasion. De ces livres dont on ne se sépare pas. Sauf à mourir. J’y lis parfois une dédicace qui est une trace archéologique de bonheur : anniversaire, manifestation qu’on s’est aimé… Mais ce temps s’en est allé.

    Et les honneurs n’y peuvent rien. Hier pour trois fois rien j’acquiers une splendide monographie de la cathédrale de Strasbourg. Dans la jaquette, un article plus que jauni célébrait les 70 ans de l’auteur le vénérable Hans Reinhardt… Il y a 35 ans.

    Poisseuse ou insouciante nostalgie. Et bien que les Klaus, Alice… fassent leur office : allons nous blottir pour oublier tout cela !

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