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Journée pour la plus grande part consacrée à la campagne municipale et à mon travail au Conseil Général. Je rentre tard et un peu lasse, de cette lassitude des petites contrariétés de trop quand la fatigue est déjà là : les trajets abscons imposés par le plan de circulation de la mairie qui font que, pour aller d’un point à un autre, il faut faire cinq fois la distance prévisible. La pluie qui a éclaté sur la ville au moment où je rentrais, me donnant l’allure et l’humeur d’un ballet O’cedar après un grand ménage de printemps. Au demeurant, ça va mieux rien que de le dire, l’écriture a la vertu magique de remettre en ordre l’importance des choses.

Campagne donc, dont un long moment au Grand Parc, qui s’est prolongé, très opportunément on va le voir, par un débat sur le logement à Bacalan. J’emmenais Jacques Respaud rencontrer les parents d’élèves à la sortie de l’école Condorcet, puis faire le tour des commerçants. Nous marchons dans le centre commercial. A cette heure (17 h environ), l’animation ne bat pas son plein, et d’ailleurs le fait-elle jamais ? L’entretien « à la petite semaine » de ce quartier par la municipalité le fait vivre bien au dessous de l’ambition qui a présidé à sa construction. Les commerces y sont excellents et pour plusieurs mériteraient que les Bordelais s’y pressent. Mais rien n’est fait pour cela et même la réhabilitation prévue parait plus cosmétique que structurelle.

Atmosphère donc : un parvis commercial tristounet, peu de chalands, une morosité certaine. Nous échangeons des paroles cordiales avec des habitants qui viennent spontanément vers nous en me reconnaissant. Une jeune femme d’une trentaine d’année, accompagnée d’une poussette et d’une petite fille en vêtement rose, prend volontiers notre document et entame la conversation sur sa difficulté à trouver un logement en accession à la propriété. Elle attend un deuxième enfant et elle parle avec une gravité triste qui me va au coeur: « nous avons deux salaires, peut-être pas des gros salaires, mais des salaires corrects… A Bordeaux, c’est impossible : nous avons tout examiné, aucune chance de trouver quelque chose qui ne soit ni trop petit, ni trop triste (c’est le mot qu’elle a utilisé). Peut-être que nous allons essayer de partir dans une autre ville, mais on est d’ici .. ».

La conversation a duré tout un moment. Je ne la rapporte pas dans son entier, elle contenait pourtant une des clefs du blocage de notre société. Cette jeune femme, enceinte, dans un moment qui devrait être heureux et ouvert sur l’avenir, faisait l’expérience de l’impossibilité de franchir une barrière, quels que soient ses efforts. Il y a dix ou 20 ans, le logement social était le plus souvent un passage ; il apparait maintenant même aux couples qui ont deux mêtiers comme un horizon fermé. Le hiatus avec ce qu’on appelle « le parc privé » est trop grand, le prix de la moindre maison affichée dans les vitrines des agences permet de calculer qu’il faudrait toute une vie pour payer la plus petite d’entre elles.

Je disais dans un billet récent « nous n’avons chacun qu’une seule vie ». Cette jeune femme voit la sienne déjà bien entamée et celle de ses deux enfants qui commence et elle bute sur un mur. Je sais qu’il n’y a pas de solutions simples , mais je sais qu’il y a urgence.

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