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Quatre-vingt dixième anniversaire du 11 novembre, à Bordeaux comme dans toutes les villes et villages de France. Le dernier poilu français est mort cette année, mais le macabre décompte est maintenant touché par la globalisation : il reste un Américain et quatre Européens. Quand j’entends cela dans le poste, il me semble écouter une cloche fatale, rythmant les heures et les minutes.

A propos, quiconque s’est-il jamais enquis de savoir s’il restait un tirailleur sénégalais, ou un « Annamite » ? Mon grand-père maternel est mort à Dunkerque à la tête d’un régiment d’ « Annamites », parce qu’il parlait cette langue, ayant fait au Tonkin un service militaire de 7 ans (7 ans…). Mort, sans doute avec beaucoup d’entre eux, dont plus personne ne sait rien, et dont je ne sais si « là-bas », on conserve le souvenir. Pour ma part, j’ai conservé sa plaque d’identité « en Annamite », très belle, énigmatique, symbolique. Ma jeune grand-mêre (jeune alors) est partie là-bas, au loin, dans le nord, mais n’a jamais su ni retrouvé où il était enterré. Sans doute, pas plus que ses Annamites, n’a-t-il jamais été enterré, poussière de chair et d’os pulvérisée par un obus.

Je mets « Annamite » entre guillemets : c’était le vocabulaire de l’époque, et je n’en connais pas l’exacte traduction dans la géopolitique d’aujourd’hui.

Je parlais tout à l’heure avec François Dubet, récipiendaire la médaille de la légion d’honneur et pour cela invité à l’hôtel préfectoral où il a reçu un beau document dont le contenu n’a pas été révélé. Tous les deux, nous nous sommes demandés : avons-nous la moindre idée de ce qu’aurait été notre attitude, notre courage ? Nul ne le sait avant de le mettre à l’épreuve. La génération de François Dubet, qui est plus ou moins la mienne, n’a pas eu l’occasion d’éprouver, de s’éprouver.

Quelques-uns pourtant. Je dis souvent que les malades de maladies graves sont les héros de notre siècle. Mourir, ou le risquer, n’a jamais été une promenade agréable, mais aujourd’hui les maladies telles que le cancer, si elles offrent beaucoup de chances de survie, peuvent conduire également à des traitements longs et éprouvants, des examens à répétition, tout cela sur un espace de temps beaucoup plus long qu’autrefois. Bref, le « chemin des dames » existe toujours, mais autrefois l’enjeu était de risquer de mourir à chaque instant ; aujourd’hui, il est d’avoir une chance de vivre.

Très belle cérémonie ce matin, où les enfants et les très jeunes ont été associés par des lectures de textes et surtout par une interprétation chantée de la Marseillaise, très vigoureuse, très enthousiaste. Merci au collège Emile Combes et à la professeure Mme Barbier.

Un vrai merci : les paroles de la Marseillaise ne sont pas, à proprement parler, du gâteau. « Le sang impur », « les féroces soldats », « l’égorgement de nos fils et de nos femmes » demandent une longue explication. Et le contexte historique des soldats de l’an II et de Valmy, première victoire militaire de la République, demande lui-même un fort talent pédagogique.

Au passage, le ministre Hortefeux a proposé la semaine dernière que les candidats à l’immigration en France ou au regroupement familial, apprennent et connaissent les paroles de la Marseillaise. N’a-t-il aucune crainte que, même parmi la minorité de celles et de ceux qui comprendront les mots (le « mugissement » des-dits féroces soldats..), « le sang impur » ne puisse être un tantinet mal interprété. Espérons que cette proposition, avec les médailles en chocolat de Darcos pour récompenser les bacheliers, rejoigne bien vite la brocante des couacs gouvernementaux.

Je regrette presque ces dernières lignes, détournant l’attention de mon objet en écrivant ce soir : avons-nous la moindre idée de notre part d’héroïsme ?

Pour cela aussi, je ne trouve pas insignifiant de se souvenir de ceux qui furent héroïques.

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