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Article publié sur Slate.fr le 25 octobre 2014.

Parlementaire à 60 ans, membre du gouvernement à 65, l’ancienne ministre déléguée aux Personnes âgées est entrée tardivement en politique et critique ses confrères qui, élus très jeunes, ont passé leur vie dans un «tunnel».

Forcément, quand on débute la politique à 60 ans, on ne pense pas tout à fait comme les autres. Les autres: derrière cette catégorie grossière se cachent ceux qui empruntent le «tunnel». Les énarques hautains, les hiérarques des partis, les apparatchiks, tous déconnectés de la «vraie vie», celle où l’on est obligé de payer ses factures et son loyer sous peine d’être chassé de chez soi.

«Je ne suis pas du tout du sérail politique», entame Michèle Delaunay, comme une profession de foi.

Pour ceux qui l’avaient oublié, Michèle Delaunay fut la ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie du gouvernement Ayrault. C’était entre le 16 mai 2012 et le 31 mars 2014. C’était il y a six mois. C’était il y a déjà si longtemps. Le temps politique s’est incroyablement raccourci. Et aujourd’hui, c’est presque avec un certain recul –celui qui demandait autrefois des années à des élus dont les traversées du désert ne duraient pas seulement deux ans– qu’elle parle de cette époque pas tout à fait révolue.

«On est venu me chercher pour faire de la politique»

En 2001, Michèle Delaunay est élue pour la première fois au conseil municipal de Bordeaux. Un an plus tard, elle prend sa carte au PS. Puis conquiert, en 2004, un canton qui appartenait à la droite depuis 45 ans. Enfin, en 2007, c’est à cause d’elle qu’Alain Juppé, battu aux législatives, doit céder sa place au gouvernement.

Une affaire qui fit grand bruit et permet encore au futur candidat à la primaire UMP de répéter qu’il se concentre sur son mandat de maire…

«On est vraiment venu me chercher pour que je fasse de la politique. Je n’étais pas encartée du tout. C’était la parité: on est allé chercher des femmes qui n’étaient pas trop bêtes», explique simplement Michèle Delaunay. «C’est un engrenage, mais pas du tout du fait de l’appareil politique: comme beaucoup de femmes, on m’a d’abord envoyée dans des coins où c’était a priori impossible de gagner.» Elle en parle comme au passé: «Je n’ai pas du tout regretté…»

Depuis quelques semaines, si les médias se souviennent d’elle, c’est pour sa note de blog sur l’affaire Thévenoud, du nom de ce parlementaire qui souffrait, dit-il, d’une «phobie administrative». La seule phobie qui n’est pas diagnostiquée chez les pauvres.

«Ah, cet atroce blog… J’ai fait 3.000 billets», se lamente la députée PS de Gironde, qui fonctionne en «autonomie», entendez sans assistant parlementaire pour fixer ses rendez-vous, et donc un peu en freestyle. Le jour où nous l’avons rencontrée, elle recevait d’ailleurs des candidats au poste: un défilé d’aspirants, rouge à lèvre strict, CV aussi impeccable que les chaussures cirées dans lesquelles se reflète leur récent diplôme de Sciences Po, master AP (Affaires publiques).

Michèle Delaunay, elle, ne sait plus trop où donner de la tête. Alors elle blague:«L’humour, on l’a perdu, et c’est bien dommage, dit-elle dans un léger sourire. Regardez Hollande, il en a beaucoup de l’humour mais on le lui a interdit. Maintenant, il est tout crispé», regrette-t-elle.

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