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La transition oubliée

Je fondais de grands espoirs sur le vent nouveau qui souffle sur notre pays pour que sorte de la léthargie où la tiennent nombre de politiques, la plus humaine des transitions : la transition démographique. Allemagne, Angleterre, Japon, Chine  y consacrent colloques et congrès, réunissent des experts du monde entier…  La France en proie à un vent de jeunisme, tourne les yeux et regarde ailleurs.

Et pourtant, ce n’est pas des « vieux » qu’il s’agit mais de tous ! Trente pour cent bientôt de notre population aura demain matin plus de 60 ans (c’est déjà le cas en Nouvelle Aquitaine) ; une femme partant à la retraite connait aujourd’hui 30 ans d’espérance de vie moyenne (souvent bien davantage) et l’immense majorité de tous ceux-là vont bien, sont actifs, autonomes et veulent le demeurer. Leur rôle et leur place dans la société est le trou noir de la pensée politique. Et pourtant..

Et pourtant, toutes les générations sont bien évidemment concernées, ainsi que tous les secteurs. Quelques exemples…

La fiscalité : est-il raisonnable de ne rien changer aux donations et au droits de succession, quand un héritier va avoir bientôt 70 ans quand ses parents mourront? Il est un peu tard pour mettre l’héritage à contribution pour s’installer dans la vie.. . Ne serait-il pas opportun de défiscaliser plus largement les donations précoces aux enfants ?

La famille : 4 et souvent 5 générations dans une même famille ; famille qui est d’ailleurs bien souvent multi-recomposée, avec des effets curieux ; les oncles sont plus jeunes que les neveux, les petits enfants ont pléthore de grands-parents, grands-parents d’ailleurs qui n’ont  aucune existence juridique dans le code de la famille. Qui peut se substituer à qui en cas de carence d’un ascendant ? Qui est le descendant en devoir d’apporter si besoin aide morale et financière à son aïeul? Sur tout cela, motus…

Le pape est plus aguerri en matière de transition démographique que nos édiles : il a compris que si il n’ouvrait pas les portes pour réintégrer dans l’église, les divorcés, sans prendre en compte leur attitude à l’égard de l’ex-conjoint et des enfants, il n’y aurait bientôt plus personne pour se compter parmi les catholiques. Reconnaissons-le, se marier pour une durée de 70 ans, c’est long, et beaucoup de nos concitoyens les font… En 3 fois !

Est-il besoin de parler de notre système de santé qui sans mesures majeures de prévention, sera mis en défaut par l’abondance et la durée des maladies chroniques. Mieux encore, on comprend  la fragilité de notre système de retraite si l’on n’envisage pas des évolutions de carrière et la prise en compte de la pénibilité pour accompagner l’allongement des durées de cotisations. Emmanuel Macron avait envisagé une baisse du temps de travail en fin de carrière, compensée par une non augmentation du salaire, voire une diminution suivant le temps de travail choisi. Cela mérite conditions et encadrement, mais c’était enfin une idée nouvelle… Communicants ou jeunes technocrates le lui ont fait abandonner sans se rendre compte que c’est d’eux aussi qu’il s’agissait.

Un mot sur le grand âge. Nous augmentons les bourses des étudiants, voulons leur assurer un patrimoine de départ, mais quand le coût de l’EHPAD de la grand-mêre est à la charge de ses enfants si elle ne peut elle-même l’assurer, pensez-vous que les petits enfants n’en font pas les frais ? Que l’équilibre de la famille n’en est pas gravement modifié ?Je n’ai rien pu obtenir de ce point de vue pendant mes deux ans de Ministre. J’ai plaidé et plaide encore pour un ministère de la transition démographique, attaché au premier ministre, tellement le sujet est transversal et déborde très largement le seul domaine du social. Résultat des courses pour ce nouveau quinquennat : disparition complète du sujet, pas même de ministère des personnes âgées. Incompréhensible..

Sans prise en compte de ces mille aspects (je passe sur les aspects économiques, politiques et bien d’autres), nous avancerons vers une guerre des générations alors que c’est une alliance des générations qu’il faut penser et mettre en place.

 

 

 

Le plaisir délicat du programme électoral

Légère comme un papillon depuis que j’ai mis le dernier point virgule à mon Programme législatif et que je l’ai dépêché chez l’imprimeur pour que les Bordelais le trouvent en temps utile dans leur boîte aux lettres.

Exercice éminemment difficile, pesé, réfléchi, poli à la pierre de l’expérience pour ceux qui ne le confient pas à un communicant ou qui ne le reçoivent pas, tout prêt, identique pour tous, de leur Mouvement ou de leur Parti. Député est un mandat éminemment individuel, où chaque candidat s’engage en fonction de son expertise personnelle, de ses engagements antérieurs et de son expérience professionnelle dans la vraie vie ; et s’il doit être loyal à la bannière sous lequel il  se présente, c’est tout seul qu’il sera dans l’hémicycle au moment de défendre ou de contrer un projet de loi, de porter un amendement, de déjouer un vice de forme, d’avancer des chiffres, de solliciter des données scientifiques .. Chaque député doit vous dire dans quelle commission il siégera et pourquoi. Pour moi, ce sera la commission des affaires sociales, la plus chargée en textes puisqu’elle a pour mission de gérer tout ce qui concerne le quotidien des Français, de l’enfance à la retraite.

Pourquoi, une fois encore ce choix : parce que cette commission sera en première ligne pour défendre les Français, grands ou petits, vulnérables, fragiles, malades ou en bonne santé et désirant le rester… Ce qui ne m’empêchera pas d’aller voir ailleurs : environnement, moralisation de la vie politique, etc…

Tout cela doit être présent de manière à la fois simple et synthétique, porté par des exemples concrets et compréhensibles de tous. Ne méprisons jamais l’électeur en promettant le plein emploi dès la prochaine rentrée, l’extinction du paupérisme ou en jurant de marcher en direction de l’avenir et du progrès.. Non seulement un programme législatif n’est pas un programme présidentiel, mais surtout les Français savent et comprennent que le champ du possible est seul à pouvoir susciter la confiance.

Tout cela pourtant serait presque facile, si comme l’a fait le nouveau Ministre Bruno Le Maire à l’occasion de la présidentielle, nous pouvions décliner notre programme en mille pages. Plus un programme est gros, moins il sera lu, mais s’il est trop mince, on comprendra sans difficulté qu’il est vide et que les engagements n’en sont pas, qu’ils sont simplement des mots.

Bref, le programme législatif que l’on écrit soi-même, est une sorte d’abrégé du supplice chinois; il vous réveille la nuit, à 4 h du matin précisément en ce qui me concerne, vous fait sans cesse regarder le calendrier dans l’inquiétude qu’il soit prêt à temps, et vous scotche à votre montre, pour finir la dernière relecture avant l’envoi. Et quand il est envoyé (ouf !), quelque vieux démon vous précipite sur la page 4 pour vous assurer qu’ « entre-soi » a bien son trait d’union, que les accents aigus comme les graves se baladent en bon ordre au-dessus du mot « délétère » et que … Des lecteurs attentifs l’examineront sans a priori pour décider de leur vote.

 

 

 

 

 

 

L’inexcusable erreur

C’est avec une totale incompréhension et un très grand regret que je constate aujourd’hui la disparition du Ministère des « Personnes Agées et de l’Autonomie ».

Ce ministère eût mérité pour le moins de rejoindre le sort de celui des personnes handicapées comme ministère transversal auprès du Premier Ministre, ce qui fut toujours ma demande.

J’ai soutenu également, lors de ma période ministérielle, auprès d’Emmanuel Macron lui-même à l’occasion d’un long entretien, de faire évoluer le nom de ce ministère vers celui de Ministère de la Transition démographique, en symétrie avec la transition énergétique. Le nouveau Président, alors Conseiller, avait paru y être sensible. Le sujet est au moins aussi important, à la fois dans les chiffres (30 % de Français de plus de 60 ans et une espérance de vie à la retraite de 30 ans) et dans le caractère profondément humain et intergénérationnel de cette transition.

Cette erreur doit être réparée. Ce sont aujourd’hui près de 15 millions de Français qui se trouvent sans représentation, sans porte-parole, sans référence,  pour faire évoluer notre société au regard du beau défi de la longévité et de toutes les questions qu’elle pose : santé, retraites, fiscalité, logement, familles, économie, grand-âge…

Les ex « baby-boomers » qui entrent aujourd’hui dans le champ de l’âge, dessinent aujourd’hui un spectaculaire dos d’âne dans les courbes démographiques et accusent toutes les questions précédemment soulevées.

Qui, dans ce Gouvernement, y apportera les réponses que tous les pays européens et au-delà se posent simultanément à nous ?

(Communiqué de presse après la nomination du Gouvernement Philippe)

 

Les émancipés de l’âge

Nous sommes au bas mot 15 millions, sans doute 16, nés après guerre dans les années dites du « baby boom » et constituant la génération la plus forte de notre histoire. Forte non seulement par le nombre, mais par la révolution qu’elle a porté avant, pendant et après 1968. Révolution des moeurs et des modes, affirmation des droits et libertés des femmes,  présence pour elles dans la presse bien au-delà de « modes et travaux », exigence culturelle…  , c’est nous les ex -baby boomers qui avons commencé de changer le visage de la France et de l’Europe.

Nous aussi, qui continuons. Nous qui faisons faire un dos d’âne aux courbes démographiques,  nous sommes la première génération à accompagner massivement ses parents dans le grand âge, et cette expérience nous fait exiger d’y parvenir nous-mêmes dans un maximum d’autonomie.

Bref, nous sommes et nous serons les premiers « émancipés de l’âge », ceux qui l’assument avec liberté et s’interrogent sur le retour du vent de « jeunisme » d’il y a une dizaine d’années. Les femmes, une fois encore, sont en première ligne de cette émancipation. Bien plus aisément que les hommes, elles affichent sans complexe leur date de naissance, soutiennent leurs congénères qui refusent d’être d’éternelles « collaboratrices » dont on loue la discrétion et le zèle. Elles « assurent ».

Un vent mauvais de « jeunisme » souffle comme une réaction tardive à ce que nous avons acquis. Le « rajeunissement », la baisse de la moyenne d’âge au Parlement sont présentés comme des objectifs chiffrés, comme la réduction du nombre de fonctionnaires ou du montant de la dette ; ceci, alors que le renouvellement politique n’est pas lié à l’âge, mais au nombre de mandats et d’années passées dans le tunnel d’une carrière politique.

Pendant mes deux années de ministère, mal nommé « Ministère des personnes âgées », alors que son caractère transversal justifierait de l’appeler « Ministère de la transition démographique », j’ai voulu installer l’idée d’un « AgePride » sans suffisant effet, mais sans l’avoir abandonnée : l’âge a ce mérite qu’on devient chaque jour plus expert ..

 

Une forte odeur de stratégie politique

Très gênée par la forte odeur de stratégie politique du casting législatif de ces derniers jours ; les contorsions, les revirements, le dégagisme par l’âge au lieu d’examiner la durée de service dans le tunnel politique ; le parachutage de l’un qui l’a pourtant si souvent dénoncé, les lancements de mouvements aussi inopportuns qu’un vieux cassoulet à l’aube d’un monde nouveau, incertain, certes mais en tout cas nouveau …

Jamais je ne me suis sentie aussi solide dans ma liberté. J’ai adoré l’idée d’un rassemblement d’identités politiques, professionnelles, sociales, variées, d’un creuset de ferveurs, d’un appétit de futur, je cale aujourd’hui sur la logique d’un Parti unique ; d’une France politique qui ne serait plus en tous points métissée mais intellectuellement décolorée, uniformisée, « WHASPisée » , où la défense de la vulnérabilité serait un gros mot mais que pour autant celle du travail comme premier outil d’émancipation et de partage serait rangée aux oubliettes de l’histoire du socialisme comme de celle de l’émancipation des femmes.

Ni moi, ni ma complice et suppléante Emmanuelle Ajon n’avons modifié ces derniers mois, ni nos motifs d’engagements, quelquefois assez vifs et je dirais presque « virils », non plus que la couleur de notre dossard. Et aujourd’hui, c’est ce mélange de liberté, de loyauté et de solidité qui nous fait nous présenter ensemble au suffrage des Bordelais.