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PS (29)

Le parti socialiste sort grandi de ce premier débat de nos trois candidats. Quelle initiative scabreuse pourtant que d’ouvrir largement les portes d’un débat prioritairement interne, même s’il est en réalité celui du pays. Voilà des prises de parole où chacun a pu s’exprimer sans invective, sans interruption, sans effet de manche inutile. Comme je regrette que cette chance ne nous ait pas été donnée en temps utile pour les municipales de Bordeaux !

Je ne suis pas une donneuse de note. J’apprécie et je l’ai manifesté les positions de Ségolène sur des domaines qui me sont chers. Un des piliers de ma campagne législative (gaussé à droite) a été en novembre 2004 : « le travail, une valeur de gauche ». Nous devons nous battre sur les conditions de travail, et tout faire pour que cette valeur de gauche soit perçue, défendue, partagée comme telle. Nous reparlerons de ces enjeux nationaux.

J’ai mis en titre de ce court billet, les initiales du parti socialiste. Il m’a toujours amusé que ce soit aussi celles des deux mots latins que l’on met comme un repentir en bas des lettres. En réalité, c’est souvent le plus important que l’on dit dans ces post scriptum ! Le nom de notre parti est un des seuls qui a un sens. « Socialiste » est un mot qui a une signification interne, une sorte de noyau intérieur, même si la périphérie de l’atome doit être en permanence redéfinie avec l’évolution du monde. Les suites d’initiales qui se sont succédées pour désigner les partis de droite : MRP, UMP, UDR, RPF, UDF.. ont toujours sonné creux. On ne sait même plus en les alignant où mettre les lettres et peut-être me suis-je trompée et en ai-je oublié quelques uns. Ce soir, le parti socialiste sonnait plein.

Faire bouger les lignes

Je reviens à ma préoccupation principale (en dehors de mon métier qui chaque jour me ramène radicalement à un autre « ordre » au sens pascalien de ce terme) : réfléchir à ce qui peut faire bouger la gauche à Bordeaux. Plusieurs billets y ont été consacrés depuis le soir du scrutin (« être un laboratoire d’idées », « être plus visible et plus lisible.. »)*. De nombreux commentaires y ont été apportés qui font avancer le débat. Ce soir encore, un long coup de téléphone m’a fait part de la même préoccupation et j’ai prié mon interlocuteur de faire cet exercice de mise en forme que constitue l’écrit et de nous faire partager ses remarques sur le blog.

Un des axes majeurs est de mettre en place un partenariat véritable avec les verts. J’en parle ici de manière très préalable : par définition un partenariat est une démarche commune, et je souhaite que la pensée des uns et des autres chemine ensemble.

L’essentiel, est qu’ensemble nous sentons le besoin et nous avons l’ambition d’un nouveau modèle de société. Les uns comme les autres, nous sentons que notre monde occidental fait face à une interrogation essentielle qui est celle de son mode de développement, ainsi que des risques qu’encourrent l’homme tout autant que la planète.

Cette communauté d’interrogation, nous la retrouvons à maintes reprises sur les dossiers municipaux ou communautaires. Espaces verts, propreté, transports, machines à sous, logement, piscines… Nous renchérissons bien souvent les uns sur les autres dans un même soucis : les verts l’appellent « haute qualité environnementale » et moi « haute qualité de vie ». Les deux se complètent et selon les dossiers, nous défendons soit le label HQE, soit le label HQV ! J’aurais volontiers proposé ce dernier sigle concernant le cruel besoin de Bordeaux en équipements de proximité si j’avais porté la campagne municipale. Juste en passant pour dire la faible épaisseur de nos différences sur ce type de dossier, les piscines en l’occurence : Pierre Hurmic veut un bassin d’été à la Bastide, j’en réclame au Grand Parc. En réalité : c’est bien de deux que nous avons besoin à Bordeaux !

Bien sûr, il y a des différences plus lourdes : le grand contournement en est l’exemple. Je pense qu’il est indispensable pour que le couloir rhodanien ne continue pas à drainer l’économie européenne, pour rééquilibrer l’Europe au profit de l’Ouest et du Sud, ambition plus que jamais nécessaire quand nos amis allemands se tournent au contraire vers l’est. Je ne veux pas que l’occident de notre Occident soit une réserve d’indiens dans cinquante ans, Pierre s’insurge pour que ce ne soit pas un musée des ponts et chaussées !

Nous nous retrouvons entièrement sur le transport maritime et fluvial. Avenir de Bordeaux que nous avons le devoir de repositionner au centre de l’arc atlantique, Avenir tout court, quand on songe à l’enchérissement inéluctable des énergies.

Un des commentateurs de ce blog disait : l’écologie n’est pas la cerise sur le gâteau. Au sens où je l’entends (c’est à dire ne concernant pas seulement l’environnement de l’homme, mais l’homme lui même), elle est la matière même du gâteau et l’épine dorsale de la politique.

C’est autour de cette épine dorsale que nous devons faire bouger les lignes de la gauche à Bordeaux.

  • voir aussi billets 13 à 17,19, 21 et 23 de ce mois d’octobre, ainsi que leurs commentaires

Un mot juste comme ça (27)

Toute mon énergie de ce soir investie dans une entreprise homérique en même temps qu’héroïque : apprendre à dominer les cookies, les UMRL et tout un tas de trucs épatants qui sont supposés me permettre d’un doigt de glisser la bonne photo au bon moment dans ce fichu blog. Un enfant de quatre ans y aurait sans doute réussi depuis une demie-heure, mais ce modèle manque momentanément à la maison et je rame comme une grande que je suis malheureusement. Un ami chercheur avait ramené d’un laboratoire américain cette jolie pancarte « Unfortunately, your mother is not working in the lab, so you have to manage by yourself  » (votre mère ne travaille malheureusement pas au labo, débrouillez-vous vous même !). Reste qu’avec l’informatique, il va falloir repeindre le panneau : « votre petit dernier est à la crèche, tirez-vous tout seul de ces fichues indications incompréhensibles ! »

Dans la foulée, je tente une numérotation des billets par mois, pour pouvoir renvoyer à l’un ou à l’autre et permettre à ceux qui font des commentaires de s’y référer. Habitude de publication médicale sans doute.

C’était juste un mot pour me faire plaindre un tantinet.

En ce moment précis (25)

Il y a peu de phrases, peu parmi les petits textes de la littérature, qui m’aient marqué autant qu’une grosse poignée de lignes de l’écrivain Dino Buzzati. Un petit texte extrait du moins connu de ses ouvrages (« En ce moment précis »), composé pour l’essentiel de fragments de son journal et d’ébauches de nouvelles.

« Nous sommes déjà le 28 et je n’ai encore rien fait. (…) Mais alors que nous sommes arrêtés sur le bord du chemin, les heures, les jours, les mois et les années nous rejoignent un à un, et avec une abominable lenteur il nous dépassent, disparaissent au coin de la rue. Et puis le matin nous nous apercevons que nous sommes restés en arrière et nous nous lançons à leur poursuite.
A ce moment précis, pour parler simplement, finit la jeunesse ».

Rien qu’à écrire après lui ces quelques phrases, j’ai le coeur serré. Buzzati avait (probablement) une quarantaine d’années quand il a écrit ce petit texte. Combien de fois, depuis un âge beaucoup plus jeune, y ai-je repensé ? Quand une journée approche de sa fin et que je l’ai occupée de mille choses qui en fait ne sont rien, quand une année finit, s’ajoute en même temps que se retranche, quand les feuilles de mon marronier tombent à terre, quand les jours raccourcissent… La jeunesse, de ce point de vue a fini tôt pour moi. Buzzati m’est devenu un frère d’inquiétude. Qu’on prenne cette phrase avec simplicité : je ne saurais le dire autrement.

La journée justement approche de sa fin, incitant aux confidences. Peu après la mort de Buzzati, j’ai fait le voyage jusqu’à Belluno dans les Dolomites (dont il parle souvent, il était grand amateur de montagne et d’escalade). Lui n’était plus là, mais sa porte m’a été ouverte familièrement par sa famille. Son chien à la fois aboyait dans le jardin et trônait sur les murs dans un grand dessin dont il était l’auteur. Nous avons parlé avec sa soeur du texte que je viens de citer. Elle m’a dit qu’il était la clef de toute sa vie et bien évidemment, de ses écrits.

La maison de Buzzati lui ressemble étonnamment : une maison basse, pas très grande, aux murs couverts de fresque très aristocratiques, le tout dans l’écrin des Alpes. Elle est située en dehors de la petite ville. En y allant, je n’en connaissais pas l’adresse. J’ai demandé à plusieurs reprises aux habitants. Tous m’ont dirigé vers le centre ville, ne comprenant pas bien pour quoi je demandais où se situait la « maison » de Buzzati puisqu’il s’agissait d’un garage. Et en effet, le commerce le plus imposant de Bellluno est le « garage Buzzati ». J’ai eu un peu de mal à faire comprendre que ce n’était pas le Buzzati que je cherchais.

De très nombreuses années plus tôt, ma mère s’était mise dans l’idée de rendre visite au Maine Giraud. Elle était grande passionnée d’Alfred de Vigny et voulait, elle aussi, faire pélerinage en sa demeure. Nous avons interrogé tous les agriculteurs des environs « nous cherchons la maison d’Alfred de Vigny », pour ne recevoir que des « Devigny, ou Alfred, pour sûr, sont point de par là! », prononcés avec un accent charentais bien tassé. Plus tard, Le Maine Giraud a été vendu, morcelé, et « Alfred » je pense plus oublié encore dans les environs !

Je crois que j’ai raconté cette histoire pour me désserrer un peu le coeur. Ce beau dimanche après-midi, je l’ai passé dans les trois volumes de Buzzati qui viennent d’être réédités et que je signale en « notes de lecture ». Les amis de nos amis sont nos amis, et c’est pourquoi je parle ce soir de Dino.

Samedi soir (24)

Juste un point d’ordonnancement de ce blog après tout un après-midi occupé des « choses de la vie ». On appelait cela autrefois « jouer son rôle de maîtresse de maison » ou simplement de femme « qui tient sa maison ». Je pense que c’est tout autant un rôle de « servante » que de « maîtresse » de maison, et pour autant aussi, que c’est un rôle que j’aime bien et dont je suis très privée dans la densité de mon quotidien. Aller à Ikea pour chercher des objets qui aident à vivre, qui sont jolis, que nous sommes quelques millions sur terre à partager, c’est plutôt sympa !

Mais je reviens à l’objet de ce court billet : des commentaires très intéressants ont été donnés au cours des jours précédents sur tous les billets qui ont trait à notre désir de voir la gauche bouger à Bordeaux. Je renvois à plusieurs : « soir d’élection », « question de notoriété », « être un laboratoire d’idées », « visible et lisible »… . Il me semble que cela fait la matière de base d’un forum thématique sur ce sujet décisif pour les mois à venir. Dans l’immédiat, il me semble aussi qu’il pourrait être commode de numéroter les billets chaque mois* et de les référencer par thême. Mon habitude sans doute de la « biblio » dans les articles de médecine, et mon goût surtout des idées en ordre.

Merci de contribuer à cette base de forum. Je suis sûre qu’elle peut nous faire faire un pas en avant qui ne soit pas ce célébre pas « nous étions au bord du précipice et depuis, nous avons fait un pas en avant ! »

  • ainsi ce billet est le 24ème du mois d’octobre (ce que je note par le chiffre 24 , entre parenthèses après le titre)