m

« Une » après-midi de dimanche

Je viens de répondre en hâte au commentaire fait par Marie au billet précédent. « Que le temps est court » disais-je en la quittant. Que le temps est court en effet, que les dimanches sont brefs ! Ce matin, tractage de notre programme municipal au marché du Colbert sous un soleil amical mais déjà marqué par l’automne. Beaucoup de contacts, une conversation fort intéressante sur la comptabilité du vote blanc, évoquée à plusieurs reprises dans ce blog.

Cet après-midi, avalé par « les choses de la vie ». J’aurais dû écrire au féminin « cette après-midi » car ce fut une après-midi de femme, dans sa concrétude, qu’au demeurant j’aime bien et que je fais avec plaisir, avec ces qualités multi-séculaires des femmes qui m’interrogent chaque fois, mais je me retrouve très bête, presque en fin de journée, et la semaine qui attend et « mon cartable qui n’est pas prêt »…

Je l’ai dit déjà souvent : la vie des femmes est multiple et c’est leur force. Mais, de temps en temps, il arrive que les héroines soient fatiguées !

Arrêt sur parole

Journée pour la plus grande part consacrée à la campagne municipale et à mon travail au Conseil Général. Je rentre tard et un peu lasse, de cette lassitude des petites contrariétés de trop quand la fatigue est déjà là : les trajets abscons imposés par le plan de circulation de la mairie qui font que, pour aller d’un point à un autre, il faut faire cinq fois la distance prévisible. La pluie qui a éclaté sur la ville au moment où je rentrais, me donnant l’allure et l’humeur d’un ballet O’cedar après un grand ménage de printemps. Au demeurant, ça va mieux rien que de le dire, l’écriture a la vertu magique de remettre en ordre l’importance des choses.

Campagne donc, dont un long moment au Grand Parc, qui s’est prolongé, très opportunément on va le voir, par un débat sur le logement à Bacalan. J’emmenais Jacques Respaud rencontrer les parents d’élèves à la sortie de l’école Condorcet, puis faire le tour des commerçants. Nous marchons dans le centre commercial. A cette heure (17 h environ), l’animation ne bat pas son plein, et d’ailleurs le fait-elle jamais ? L’entretien « à la petite semaine » de ce quartier par la municipalité le fait vivre bien au dessous de l’ambition qui a présidé à sa construction. Les commerces y sont excellents et pour plusieurs mériteraient que les Bordelais s’y pressent. Mais rien n’est fait pour cela et même la réhabilitation prévue parait plus cosmétique que structurelle.

Atmosphère donc : un parvis commercial tristounet, peu de chalands, une morosité certaine. Nous échangeons des paroles cordiales avec des habitants qui viennent spontanément vers nous en me reconnaissant. Une jeune femme d’une trentaine d’année, accompagnée d’une poussette et d’une petite fille en vêtement rose, prend volontiers notre document et entame la conversation sur sa difficulté à trouver un logement en accession à la propriété. Elle attend un deuxième enfant et elle parle avec une gravité triste qui me va au coeur: « nous avons deux salaires, peut-être pas des gros salaires, mais des salaires corrects… A Bordeaux, c’est impossible : nous avons tout examiné, aucune chance de trouver quelque chose qui ne soit ni trop petit, ni trop triste (c’est le mot qu’elle a utilisé). Peut-être que nous allons essayer de partir dans une autre ville, mais on est d’ici .. ».

La conversation a duré tout un moment. Je ne la rapporte pas dans son entier, elle contenait pourtant une des clefs du blocage de notre société. Cette jeune femme, enceinte, dans un moment qui devrait être heureux et ouvert sur l’avenir, faisait l’expérience de l’impossibilité de franchir une barrière, quels que soient ses efforts. Il y a dix ou 20 ans, le logement social était le plus souvent un passage ; il apparait maintenant même aux couples qui ont deux mêtiers comme un horizon fermé. Le hiatus avec ce qu’on appelle « le parc privé » est trop grand, le prix de la moindre maison affichée dans les vitrines des agences permet de calculer qu’il faudrait toute une vie pour payer la plus petite d’entre elles.

Je disais dans un billet récent « nous n’avons chacun qu’une seule vie ». Cette jeune femme voit la sienne déjà bien entamée et celle de ses deux enfants qui commence et elle bute sur un mur. Je sais qu’il n’y a pas de solutions simples , mais je sais qu’il y a urgence.

Carte scolaire

Que la carte scolaire (l’affectation des élèves dans les établissements scolaires en fonction de leur lieu de résidence, sans autre distinction) soit un facteur de mixité sociale, pesonne n’en doute. Ou du moins : qu’elle l’ait été. François Dubet, sociologue expert en ce domaine, reconnaissait lui-même que s’il n’avait pas cherché à la contourner pour ses enfants, il comprendrait ceux qui auraient la tentation de le faire aujourd’hui.

Des études, comme celles dont rend compte Eric Maurin dans son petit livre « le ghetto français » montrent qu’elle est aussi un facteur de ghettoisation. Le mot n’est pas plaisant, la chose l’est encore moins. L’enchérissement du foncier dans les quartiers que déssert un collège ou un lycée de renom est un facteur de sélection sociale : le prix des loyers en écarte toujours davantage les enfants de modestes milieux.

Je veux seulement verser au dossier un exemple bordelais ahurissant. Le quartier des Aubiers, en majorité habité par des familles issues de l’immigration (et le plus souvent en plein dedans !), d’ethnies d’ailleurs très variées n’a pas, au sens territorial , de collège. Quatre autobus partent chaque matin des Aubiers pour emmener les élèves. Toute personne sensée aurait l’idée d’envoyer chacun des quatre autobus en direction d’un collège différent pour favoriser le mélange des enfants des Aubiers à tous les autres enfants bordelais.

« Elémentaire, mon cher Watson ! » Mais « élémentaire » n’est pas « scolaire » : les quatre autobus se rendent au collège Edouard Vaillant, qui concentre chaque année davantage les enfants immigrés et où les familles du quartier refusent, chaque année davantage, d’envoyer leurs enfants. Ils contournent la carte scolaire du mieux qu’ils peuvent en les destinant à l’étude du russe, du chinois de pékin ou du javanais… Le chien se mord la queue, le processus s’entretient, la ghettoisation scolaire s’aggrave.

Même chose dans nos quartiers : on ne met à Bordeaux de logement social que là où il y en a déjà. Leur taux selon les quartiers s’échelonne de O%(Saint Genès) à 80 (Grand Parc) ou même 100% (Aubiers). Ecoles, lycées et collèges selon le saint principe de la carte scolaire se remplissent en conséquence. Le processus s’aggrave et s’entretient sans fin.

Je ne sais qui disait « fini le temps des mesurettes ». Ou bien nous allons éffectivement à l’explosion. Qui aura la force de faire comprendre aux Français que personne ne se sauvera seul et que nous sommes liés par un destin commun ?

Cervantes candidat !

Pêché à l’instant à la radio, dans ma voiture. Un écrivain, Xavier Cercas, a cette parole qui en dit long sur le rôle à la fois d’exutoire mais aussi de limitation de la littérature : « Si Cervantès n’avait pas écrit, il aurait été Don Quichotte »

Je laisse la phrase comme ça sans commentaire, parce que je la trouve très forte. C’est le genre de celles qui orne mes cahiers et que j’hésite à mettre sur le blog. Je le fais finallement, car cela un rapport avec la politique : on peut pas écrire vraiment et avoir une action publique.