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Bordeaux à coeur

L’intelligence n’est qu’un outil et je ne suis même pas sûre que ce soit le meilleur. Mais c’est une sorte de dénominateur nécessaire, de condition d’existence à des tas d’autres qualités, plus importantes humainement : le courage, la générosité.. . Courageux et idiot, c’est quelquefois presque dangereux, mais intelligent et pleutre, ce n’est rien.

Ce petit couplet sur l’intelligence m’est venu en voyant un article du Sud-Ouest du jour « Capucins : la halle aux candidats », illustré d’une photo d’Hugues Martin engoncé dans un T shirt « Bordeaux à cœur » discutant avec Pierre Hurmic.

Ni Pierre, ni Hugues Martin ne sont en cause. Mais qu’Alain Juppé, dont il est de bon ton de louer l’intelligence ait accepté de choisir ce slogan à la limite de la stupidité (Bordeaux à cœur : on pense immanquablement au camembert), qu’il en décore ses ex-coéquipiers démissionnaires, au point de leur donner l’allure de vieux nounours grisonnants et de soixante huitards très attardés dans le sentiment, est clairement la preuve que l’intelligence ne fonctionne quelquefois qu’à temps partiel, comme au demeurant une bonne part des travailleurs de ce pays, condamnés à ce statut peu valorisant.

« Bordeaux à cœur »… Sommes-nous devenus assez stupides pour gober un slogan aussi creux que mensonger ? Si Alain Juppé avait eu la moindre chance de devenir maire de Paris, croit-on qu’il n’aurait pas eu « Paris à cœur » ? Hugues Martin, auquel on demandait, à l’occasion d’un débat que nous avons mené l’un en face de l’autre sur TV7, « quelle était selon lui la meilleure raison de voter Martin : « Je suis le candidat de l’amour…. ». Apercevant en fond de studio, la mine soudainement déconfite de Michel Duchène, il s’était repris « de l’amour…des Bordelais ! ».

Aux Capucins donc, le juppéisme militant se porte avec T-shirt et gros cœur sur la poitrine.. J’essaye de le jouer plutôt gai, mais ça me rend terriblement triste.

Blog à part

Le convenu de certains blogs politiques me sidère. Un blog n’est pas un site électoral. Bien que le mot ne soit pas (encore) dans le dictionnaire, essayons de le définir : c’est un mélange de journal et de forum de réflexion ; ceci sur un ton libre, quelque part entre le parlé et l’écrit pur et dur (celui des livres). Un échange proche de la conversation mais avec ce « plus », ce petit recul que donne la distance temporelle et spatiale, et le simple fait de transcrire la pensée en mots et en lettres. Cette situation intermédiaire entre l’écrit imprimé et la parole sont un des génies de la correspondance informatique : elle a la fluidité et la rapidité de la parole, sa liberté aussi, et pourtant ce début de gravité qu’a l’écrit, celui des lettres rares que l’on s’adressait, que l’on attendait jour après jour et que l’on gardait sur soi, quelquefois pendant des mois..

Pour tout dire, ce blog est pour moi un plaisir, une récréation, une respiration. J’ai la chance d’écrire facilement, comme il vient, et de dactylographier comme une vraie bonne secrétaire d’autrefois, au temps où les machines faisaient un bruit saccadé et non le doux cliquetis, presque primesautier, de mon clavier d’ordinateur. Ce fut un de mes acquis de jeune fille : j’étais partie tout un mois seule en vacances, avec un précis de dactylographie et la machine à écrire familiale. Après des jours entiers d’ « azertyuiop » au soleil, devant cet océan où j’écrivais encore cet été, mes doigts se sont mis à avoir de la mémoire et à travailler avec moi en vraie partenariat : chacun fait son boulot de son côté sans embêter l’autre. Azertyuiop est resté dans mon inconscient comme un petit personnage de bandes dessinées qui en fait voir aux grandes personnes et j’ai été contente de parler de lui à l’instant.

Retour au blog et à mon désir de le voir s’animer comme une maison amie où l’on s’arrête volontiers le temps d’un échange, d’un verre, d’une halte. Je n’y ai mis aucun filtre. Tarde seulement un peu le message d’accueil avec lequel je voudrais saluer les commentateurs. Il y a quelques mois, lisant une page d’Alain Juppé où il s’offusquait du salaire scandaleux des patrons d’entreprises, j’y étais allée d’un petit commentaire, rappelant qu’Hugues Martin au temps des législatives avait glosé ma profession de foi qui déplorait la dévalorisation du travail qu’entraine ce différentiel de salaire. Quand le salaire d’un patron équivaut à 500 smic (voire davantage), comment celui qui gagne justement le smic peut-il croire en la valeur de ce qu’il fait ? Le commentaire était on ne peut plus poli et bon genre mais je me suis méfiée : j’en ai envoyé copie à une journaliste de Sud Ouest.

Bien sûr, il n’y eut ni réponse, ni même apparition dans le blog de Juppé. Comme dans l’élection d’aujourd’hui : les dés étaient pipés, et les commentateurs sélectionnés, sinon commandités. Ce que nous devons apprendre, plus que jamais, à nos enfants et à tous les citoyens : l’esprit critique. Le cerveau, comme le parachute, ne marche que s’il est ouvert.

Deux histoires anglaises

Jean Mandouze inaugure la rubrique « l’invité du blog », ouverte à tous ceux qui voudront bien m’adresser sur le mail michele.delaunay2@wanadoo.fr une sorte de carte blanche à insérer dans le blog. Je souhaite beaucoup que ce blog où vous êtes déjà nombreux à avoir plaisir à vous retrouver devienne un véritable forum de réflexion et de propositions.

Merci de votre concours sous cette forme, comme de vos très nombreux commentaires.

(suite…)

samedi matin 9 septembre

Tractage et boitage sont les deux mamelles des campagnes électorales. En réalité, le premier n’est pas le mot juste. C’est d’abord une rencontre et un échange, la remise du tract ne fait que faciliter la parole.

De cette multiple rencontre avec tracts, en duo avec Jacques Respaud et avec une équipe particulièrement dynamique et amicale, je rapporte une série de photos, quelques-unes un peu facétieuses. Le moment le plus gai, a été la présentation à Alain Juppé d’un gigantesque chèque de 600 000 euros (façon téléthon) correspondant au coût de cette campagne « abracadabrantesque ». De nombreux Bordelais l’avaient endossé en signifiant l’usage qu’ils préfèreraient faire de cette somme. Une responsable d’association, très motivée, enregistrée par FR3 a signifié combien elle trouverait infiniment plus opportun que la municipalité , comme l’Etat, qui laisse dépérir les petites associations, véritable moteur de la démocratie, leur attribuent ces 600 000 euros.


L’accueil du chèque par AJ a été plutôt frais. Avenant, Hugues Martin a tenté d’éloigner nos jeunes gens d’un tonitruant « foutez le camp » !

douce nuit (nuit du 24 au 25 aout)

Même le big bang se féminise. Umberto Eco dans son dernier livre se fait l’ écho d’une « cosmologie féministe », sans doute assez facétieuse, qui remplace « la métaphore machiste et éjaculatoire » du big bang par la théorie du « Gentle Nurturing », selon laquelle la naissance de l’univers fait suite à une longue et douce gestation..

Rassurant, finalement, sur tous les points ! Imaginons un Sarkozy adouci, qui ne parlerait pas de « racaille » mais de « petits sauvageons » comme le fit Chevènement en son temps, un Juppé qui ne serait plus « droit dans ses bottes » mais, comme moi, « bien dans ses ballerines » (malheureusement, il n’est plus l’un et il ne sera jamais l’autre) …

C’est encore l’été, il fait nuit. On peut rêver...