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L’égalité républicaine

L’invitée du blog est aujourd’hui Naïma Charai, conseillère régionale Elle s’exprime sur les discriminations, domaine où elle est engagée, auprès d’Alain Rousset

Merci à tous de participer à ce blog, non seulement par vos commentaires, mais sous la forme de cette « carte blanche » , consacrée à un sujet de votre choix un sujet de votre choix. Texte à envoyer à l’adresse du webmaster, ou directement à michele.delaunay2@wanadoo.fr

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Dimanche pré-électoral

Retour très tardif du marché du Colbert où nous êtions nombreux, dans l’air doré et tiède, à vouloir expliquer aux Bordelais que, non, malgré le titre de Sud-Ouest d’hier (j’y reviendrai) les élections n’étaient pas passées et qu’elles avaient bien lieu la semaine prochaine ! Repas « municipal » avec une grande partie de notre liste autour d’huitres, de saucisses chaudes et de fromage artisanal. Moment sympathique : beaucoup venaient nous parler, prenaient une chaise et partageaient un coup de vin blanc. La conversation tournait beaucoup autour du sondage publié hier.

J’ai hésité à en parler dans ce blog de dimanche. J’ai envie davantage de me réjouir de l’harmonie entre le bleu de Delft du ciel, la lumière douce, presque poudrée, et cette chaleur d’automne si particulière, si fragile qui donne envie de ne pas en laisser perdre un instant. Le journal d’hier est à côté de moi : au-dessus d’une grande photo d’Alain Juppé, un grand titre « Juppé à 54% » (sous entendu : Juppé passe à 54%). Plusieurs personnes nous ont dit, qu’un instant, elle s’étaient interrogées « est-ce que les élections sont passées ? ». Ces personnes étaient éclairées, mais combien d’autres, plus incertaines sur les jours de scrutin, voyant de loin les piles de Sud-Ouest et les vitrines des buralistes, ont dû le penser vraiment ? La petite photo des autres candidats en cartouche confirme l’impression : c’est bien une première page de lendemain de scrutin.

Le chiffre qui interpelle, c’est que deux Bordelais sur trois pensent que la démission du conseil municipal n’était pas justifiée et que Juppé aurait du attendre la date normale du scrutin. On est réconforté, pour douter tout de suite après de la minceur de la sanction politique. J’écoutais ce matin citer à France-Culture cette belle phrase du Marquis de Sade « Français, encore un effort si vous voulez être républicains ! ». Je l’applique volontiers aux Bordelais. Puissent-ils faire cet effort dans les huit jours qui restent !

Je ne commenterai bien sûr pas l’ensemble du sondage, qui comprend en particulier l’indice de popularité et de bonne opinion des personnalités politiques bordelaises. Comment 25% des personnes interrogées peuvent-ils ne pas savoir qui est Alain Rousset, quand il s’exprime régulièrement à la télévision et que sa photo est largement dans notre quotidien régional ? J’ai des ébauches de réponse mais qui m’améneraient à trop de digressions, en particulier sur un de mes sujets favoris : la télé.

Dans les commentaires de Sud-Ouest (Dominique de Laage), je retiens un point très curieux. Comparant le résultat de notre liste tel que le donnent les 600 personnes sondées, aux résultats des élections municipales de 2001, il note notre probable progression par rapport au score de Gilles Savary. Mais curieusement, il n’attribue la concurrence des listes Teisseire et Karfa Diallo qu’à celle d’Hurmic ! En réalité six listes étaient présentes à gauche en 2001, et non trois comme aujourd’hui, et Savary a payé l’éparpillement des voix de gauche. Ce que 2002 a répété en pire. Nous avons péché de ne pas savoir l’interpréter dès 2001.

Voilà typiquement un billet de dimanche pré-électoral ! Pourtant l’air est si doux entre les fenêtres grandes ouvertes. La journée n’est pas très loin de finir alors que je voudrais qu’elle commence à peine. Qui, qui mettra à son programme un doublement de la durée des journées de dimanche, et des journées gratuites pour l’achat de trois barils de n’importe quoi. Qui en aura l’audace, en même temps que le pouvoir ?

Qui pourra répondre, à la demande, en apparence pas très socialiste, mais en réalité universelle, de Madame du Barry « s’il vous plait, encore une minute, Monsieur le Bourreau ! » ?

« Une » après-midi de dimanche

Je viens de répondre en hâte au commentaire fait par Marie au billet précédent. « Que le temps est court » disais-je en la quittant. Que le temps est court en effet, que les dimanches sont brefs ! Ce matin, tractage de notre programme municipal au marché du Colbert sous un soleil amical mais déjà marqué par l’automne. Beaucoup de contacts, une conversation fort intéressante sur la comptabilité du vote blanc, évoquée à plusieurs reprises dans ce blog.

Cet après-midi, avalé par « les choses de la vie ». J’aurais dû écrire au féminin « cette après-midi » car ce fut une après-midi de femme, dans sa concrétude, qu’au demeurant j’aime bien et que je fais avec plaisir, avec ces qualités multi-séculaires des femmes qui m’interrogent chaque fois, mais je me retrouve très bête, presque en fin de journée, et la semaine qui attend et « mon cartable qui n’est pas prêt »…

Je l’ai dit déjà souvent : la vie des femmes est multiple et c’est leur force. Mais, de temps en temps, il arrive que les héroines soient fatiguées !

Arrêt sur parole

Journée pour la plus grande part consacrée à la campagne municipale et à mon travail au Conseil Général. Je rentre tard et un peu lasse, de cette lassitude des petites contrariétés de trop quand la fatigue est déjà là : les trajets abscons imposés par le plan de circulation de la mairie qui font que, pour aller d’un point à un autre, il faut faire cinq fois la distance prévisible. La pluie qui a éclaté sur la ville au moment où je rentrais, me donnant l’allure et l’humeur d’un ballet O’cedar après un grand ménage de printemps. Au demeurant, ça va mieux rien que de le dire, l’écriture a la vertu magique de remettre en ordre l’importance des choses.

Campagne donc, dont un long moment au Grand Parc, qui s’est prolongé, très opportunément on va le voir, par un débat sur le logement à Bacalan. J’emmenais Jacques Respaud rencontrer les parents d’élèves à la sortie de l’école Condorcet, puis faire le tour des commerçants. Nous marchons dans le centre commercial. A cette heure (17 h environ), l’animation ne bat pas son plein, et d’ailleurs le fait-elle jamais ? L’entretien « à la petite semaine » de ce quartier par la municipalité le fait vivre bien au dessous de l’ambition qui a présidé à sa construction. Les commerces y sont excellents et pour plusieurs mériteraient que les Bordelais s’y pressent. Mais rien n’est fait pour cela et même la réhabilitation prévue parait plus cosmétique que structurelle.

Atmosphère donc : un parvis commercial tristounet, peu de chalands, une morosité certaine. Nous échangeons des paroles cordiales avec des habitants qui viennent spontanément vers nous en me reconnaissant. Une jeune femme d’une trentaine d’année, accompagnée d’une poussette et d’une petite fille en vêtement rose, prend volontiers notre document et entame la conversation sur sa difficulté à trouver un logement en accession à la propriété. Elle attend un deuxième enfant et elle parle avec une gravité triste qui me va au coeur: « nous avons deux salaires, peut-être pas des gros salaires, mais des salaires corrects… A Bordeaux, c’est impossible : nous avons tout examiné, aucune chance de trouver quelque chose qui ne soit ni trop petit, ni trop triste (c’est le mot qu’elle a utilisé). Peut-être que nous allons essayer de partir dans une autre ville, mais on est d’ici .. ».

La conversation a duré tout un moment. Je ne la rapporte pas dans son entier, elle contenait pourtant une des clefs du blocage de notre société. Cette jeune femme, enceinte, dans un moment qui devrait être heureux et ouvert sur l’avenir, faisait l’expérience de l’impossibilité de franchir une barrière, quels que soient ses efforts. Il y a dix ou 20 ans, le logement social était le plus souvent un passage ; il apparait maintenant même aux couples qui ont deux mêtiers comme un horizon fermé. Le hiatus avec ce qu’on appelle « le parc privé » est trop grand, le prix de la moindre maison affichée dans les vitrines des agences permet de calculer qu’il faudrait toute une vie pour payer la plus petite d’entre elles.

Je disais dans un billet récent « nous n’avons chacun qu’une seule vie ». Cette jeune femme voit la sienne déjà bien entamée et celle de ses deux enfants qui commence et elle bute sur un mur. Je sais qu’il n’y a pas de solutions simples , mais je sais qu’il y a urgence.