m

Suffisants et communiants

Messe du souvenir de l’abbé Pierre. D’où j’arrive, gelée jusqu’aux moëlles, ce qui n’est rien au regard de l’hiver 54. Et il n’est pas mauvais que les faits bousculent jusqu’aux expressions toutes faites : le froid de la cathédrale de Bordeaux, après une longue journée et à l’issue du Conseil municipal, n’avait rien à voir avec celui qui a fait dire à l’Abbé « Mes amis, au secours, une femme est morte gelée cette nuit… »

Cette phrase a été citée de multiples fois ces derniers jours. Elle a été redite ce soir et je la trouve exemplaire. Seule une sincérité totale peut trouver des mots aussi justes. « Mes amis…  » . C’est à la communauté des humains qu’il est fait appel, personne n’est culpabilisé d’avoir chaud, d’être chez soi. « Mes amis… »

Plusieurs textes de l’Abbé Pierre ont été lus par des compagnons d’Emmaüs. L’un m’a frappé, que je cite de mémoire et donc très imparfaitement  » Le monde n’est pas séparé entre croyants et incroyants, mais entre « suffisants » et « communiants ». « Suffisants », ceux qui se suffisent d’eux-mêmes, qui s’intéressent et ne croient qu’à eux-mêmes, ceux qui détournent le regard du malheur des autres. « Communiants », ceux qui partagent les joies et les malheurs des autres. Il y des suffisants parmis ceux qui croient, et des communiants parmi ceux qui ne croient pas ».

Ma citation est maladroite, imparfaite et ne rend certainement pas la force du propos. Elle est exacte dans son sens, mais je serais heureuse que l’on m’apporte la version authentique, certainement beaucoup plus percutante. Le double sens du mot « suffisant » (« qui se suffit », mais aussi « qui est imbu de soi ») est décisif ici. Cet abbé savait que « la langue ne ment pas ».

Je me suis promis de n’avoir pas de langue de bois dans ce blog. J’aurais préféré une messe plus oecuménique, où tout homme de tout horizon se serait senti en « communion » (le même mot encore) avec l’Abbé.

Je rentre et je sens encore ce froid : cette cérémonie était une cérémonie catholique trop traditionnelle, où l’on s’est pressé à la table de communion, où je n’ai pas senti suffisamment l’universalité du message .

Inégalités devant la santé : encore une fois, du simple au double (21)

Deux fois plus de petits mongoliens chez les femmes « sans profession » que chez les femmes informées et pour tout dire « de catégorie sociale supérieure ».

Le fait brut est celui-là et rejoint, à point nommé si l’on peut dire, le billet consacré récemment aux « inégalités sociales de santé » (billet 16 de janvier). Cette proportion extrèmement frappante, choquante, est retrouvée : l’inégalité sociale devant la santé ne se chiffre pas en décimale, l’écart entre une personne pauvre et une personne « favorisée » va du simple au double. Le chiffre le plus frappant, le plus formidablement injuste est celui de l’espérance de vie d’un bout à l’autre du monde : 40 ans ici, 80 là. Serions-nous nés au Burundi, combien parmi les lecteurs de ce blog seraient déjà morts?

Mais restons dans notre pays. Notre rayon d’action n’est pas si grand, même si notre conscience doit avoir de larges horizons.

Un rapport publié dans l’ « American Journal of Public Health », du à une équipe française de l’INSERM, montre en chiffres « sonnants et trébuchants », l’inégalité entre les femmes pour le dépistage des enfants mongoliens. La « trisomie 21 » qui est responsable de ce retard mental du développement de l’enfant, assorti d’anomalies physiques et d’un risque vital particulier, est dépistée et prévenue de manière très différente dans les divers milieux sociaux.

La loi est bien faite : un dépistage est proposé en France à toutes les femmes enceintes (dosage de marqueurs biologiques et échographie). En cas d’anomalies, une « amniocentèse » (ponction utérine de liquide amniotique) est proposée. Cette même amniocentèse est proposée systématiquement en cas de grossesse après 38 ans. Le risque de naissance d’un enfant trisomique est en effet plus élevé après cet âge, et l’amniocentèse permet le dépistage.

Regardons les chiffres avec un peu de précision ; 70% des foetus porteurs de l’anomalie sont dépistés avant la naissance. Ce bon chiffre est une moyenne : 84% chez les femmes cadres, 57% chez les femmes sans emploi. Même importante variation selon l’origine ethnique : 73 % des cas dépistés chez les femmes françaises d’origine, 55% chez les femmes originaires d’Afrique du nord.

Dans la période 83-2002, il y eu deux fois plus d’enfants trisomiques chez les femmes sans profession que chez les femmes de niveau social élevé.

Un point très frappant : lorsque le diagnostic de trisomie a été fait 5,5% des femmes poursuivent leur grossesse. Ce chiffre monte à 11% chez les femmes sans emploi, et entre 15 et 21% chez les femmes originaires d’Afrique du nord.

Une démonstration supplémentaire de l’enjeu qui est le nôtre : réduire les inégalités devant la santé, l’information, la prévention. Ce ne sont pas les médecins qui sont en cause (le dépistage est de qualité, les examens sont fiables..), c’est à l’action politique de se mettre en place.

Une fois encore : la maladie relève des médecins, la santé relève de la politique. Et si bien sûr la politique doit intervenir dans la maladie (remboursements, accès aux soins, hôpital..), la santé est d’abord un problème politique. Et une condition de pouvoir assumer les formidables coûts de maladie.

Une autre conclusion à ce rapport austère : l’importance de la responsabilité sociale des citoyens, chercheurs, scientifiques y compris. Avec ce raport, elle est parfaitement assumée.

L’Ecologie centrée sur l’Homme : débat participatif le 31 janvier à 20h00, Athénée municipal de Bordeaux

L’Ecologie centrée sur l’Homme : débat participatif le 31 janvier à 20h00, Athénée municipal de Bordeaux

Stress Drogues Abus de télévision Jeux video Dépression Troubles alimentaires Hyperactivité Violences Troubles du comportement

PS PRG MRC

Le Parti socialiste, le Parti Radical de Gauche, le Mouvement Républicain et Citoyen, Désirs d’avenir Gironde vous invitent à participer au projet présidentiel de Ségolène Royal

Mercredi 31 janvier 20h00

Athénée municipal de Bordeaux

La santé de l’Homme au coeur du projet écologique :
un enjeu pour 2007 !

L’activité humaine, nos choix de société ne menacent pas que la planète. Le devenir de nos enfants, notre qualité de vie, notre santé, sont mis en danger par des comportements excessifs et par leur exploitation commerciale. Réfléchissons et réagissons ensemble !

——————–

ENTREE LIBRE ET GRATUITE

——————–

Avec Michèle Delaunay, Médecin des Hôpitaux, Conseillère municipale socialiste, Conseillère générale de Bordeaux

Etienne Parin, Urbaniste

Anthony Peyron, Responsable de l’Union nationale lycéenne

O vous souhaitez obtenir des informations sur cette thématique ?
vous souhaitez rejoindre la campagne socialiste ?
Retournez ce courriel à l’adresse campagne@michele-delaunay.net avec vos coordonnées.

Sur l’Ecologie centrée sur l’Homme et sur bien d’autres sujets : www.michele-delaunay.net !

La parabole des trois sauvages

Un forum mondial a lieu à Paris. Scientifiques, politiques, écologues, sociologues, etho-ethnologues arrivent du monde entier. Les caméras sont braquées dans les entrées, CNN, France 24 émettent en direct sans interruption. Le service d’ordre a été doublé après l’annonce de la visite d’une star du football. Organisateurs, intervenants, tout le monde vit depuis des jours le téléphone portable vissé à l’oreille. Le public admis se déverse par tous les modes de communication imaginables. La ville est bloquée, les télés en alerte. Deux Pédégés qui viennent d’être élus par « world capital » « Plus gros revenus horaire du monde » sont attendus …

L’éffervescence est à son comble. Dans les rues bloquées, les klaxons hurlent, des hélicoptères survolent la ville…

Tout d’un coup, sortis d’une bouche de métro apparaissent trois sauvages, habillés de peaux d’animaux, des colliers autour du cou comme dans les histoires de notre enfance, mais chacun avec un gros carnet et un crayon à la main…

– « Mais qu’est-ce que vous venez faire là ? Enfin, c’est pas possible, est-ce que vous vous rendez compte ? »

– « Ben, à vrai dire, c’est pas tellement qu’on y tenait. Déjà que c’est pas marrant tous les jours chez vous…Mais on a pensé qu’il fallait qu’on se dépèche si on ne voulait pas qu’il soit trop tard. Parce qu’avec la manière dont vous vivez, vous allez pas tarder à disparaître !

Alors on est venus pour prendre des notes, garder une trace… »

Bien sûr que j’ai une arrière-pensée en vous racontant cette histoire…

Espérance de vie

D’une longue journée qui finit à l’instant avec le forum participatif du Grand Parc « logement, développement solidaire », autour de Beatrice Desaigues, que retenir ? Tout est matière à développement, tout pourrait être l’objet de cette conversation du soir ou de la nuit qu’est pour moi le plus souvent le blog.

C’est ma longue visite à la maison de retraite terre-nègre que je vais essayer de déposer sur ces pages immatérielles dont je ne sais pas vraiment où elles logent entre mon écran et le vôtre. Essayer, car il y tellement d’éclairages possibles de ces deux heures, que déjà en choisir un est réduire la multiplicité de ce que j’éprouve toujours dans ces lieux, et peut-être d’autant plus que je m’y rends dans ma fonction publique.

La visite elle-même à Terre-nègre a quelque chose d’assez formel. Elle a lieu chaque année à l’occasion du « repas du Conseil Général » , un repas amélioré et de qualité offert par le Conseil Général. A cette occasion, le Conseiller Général du canton (Michel Duchène, qu’aujourd’hui nous avons attendu en vain) et moi « visitons » les résidents, le personnel et bien sûr les lieux que nous faisons de grands efforts pour réhabiliter.

C’est un exercice d’une grande délicatesse. Délicatesse intérieure d’abord, car dans la pratique, il est extrèmement simple : les personnes âgées sont toujours accueillantes, ont toujours quelque chose à dire, acceptent avec courtoisie même quand on leur dit des fadaises. Mais, justement… La difficulté vient du fait que j’aimerais passer le repas à une seule table, voire à côté d’une seule personne, parler vraiment, écouter vraiment ou du moins écouter longtemps. Il y a quatre cent résidents, plusieurs pavillons, on se doute que les échanges sont trop courts, même si bien évidemment je ne cherche pas à aller à toutes les tables pour souhaiter bon appétit ou demander si les huitres sont bonnes !

Des bribes de conversation s’amorcent : avec cette dame qui a travaillé trente-deux ans à Terre-nègre et qui finallement vient d’entrer pour y finir sa vie, avec cette autre que j’ai soignée il y 20 ans et qui est toute émerveillée que je la reconnaisse, avec ce collègue médecin qui se souvient de mon nom mais qui ne sait plus très bien pourquoi, avec, avec, avec…

Avec ce monsieur d’apparence très grognon, que je parviens à « entr’ouvrir ». Il a eu une attaque, les pompiers l’ont amené là (sans doute a-t-il oublié les étapes intermédiaires), il me dit qu’il n’est pas fait pour être commandé, qu’il a toujours vécu à sa guise et qu’il espère qu’il va mourir bientôt. Avec cette dame très élégante qui me dit qu’elle est venue-là « pour arranger ses enfants ». Elle n’en dit pas plus, mais on devine beaucoup.

Terre-nègre est une très grande maison, O combien nécessaire à Bordeaux, où les structures d’accueil manquent lourdement. Des niveaux très différents de condition physique et mentale s’y cotoyent. Moyenne d’âge 83 ans, proche de la moyenne générale des résidents de maison de retraite. Deux hectares au coeur de Bordeaux (à quelques mètres de FR3) et pourtant l’impression d’un univers déjà clos, dont on ne sortira plus.

Un résident, d’une sénilité étrangement lucide a répété trois fois en me regardant : « on y viendra tous, on y viendra tous.. » . Il était seul à sa table : sans doute, ses sombres présages n’invitent pas à la convivialité.

L’âge, je veux dire la politique de l’âge, est ma préoccupation majeure. Nous n’avons toujours pas pris la dimension de l’ampleur des problèmes posés par l’augmentation continue de l’espérance de vie. Toutes les familles, toutes sans exception affrontent pourtant un aspect ou un autre de ces problèmes.

Je vais ne dire qu’un tout petit point que je voudrais apporter à Terre-nègre : un cyber café ! Il n’y a pas un ordinateur à disposition des résidents. Ils sont âgés, mais je suis sûre que beaucoup sont bien capables d’apprendre le minimum de gestes pour se connecter, avoir une adresse mail où ils pourront recevoir des messages et les photos de leurs petits enfants. Bien sûr il faut quelqu’un pour venir leur enseigner, leur montrer, les guider si nécessaire. Mais ce n’est pas plus bête qu’une animation autour des chansons de Pascal Sevran. Et avec le temps, de plus en plus de nouveaux résidents sauront se servir d’un ordinateur.

Nous devons inventer et investir très fort pour que l’espérance de vie reste une espérance de vie.